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L'Unesco, la France et les Arabes

Lundi, 03 juillet 2017

Au Sénat français à l’intérieur du Palais de Luxembourg à Paris, j’ai rencontré Joëlle Garriaud-Maylam qui a annoncé son refus face à la décision de l’ex-pré­sident, François Hollande, de déposer la candidature de sa ministre de la Culture, Audrey Azoulay, au poste de directeur général de l’Unesco. Dans un communiqué officiel, la sénatrice a décrit ce pas comme étant « une humiliation » des Arabes, puisqu’il avait été conclu que le poste cette fois-ci leur reviendrait.

Le jour de cette rencontre, le ciel était clair au-des­sus de Paris après quelques jours de nuages lourds et d’une pluie très fine tombée en plein été. Je suis passé près du parc de Luxembourg et j’ai résisté à y entrer à cause de mon rendez-vous avec la sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam.

Elle m’a accueilli dans son bureau, dont les fenêtres étaient grand ouvertes laissant pénétrer un énorme jet de lumière. Je lui ai offert la traduction française de mon roman Les Ailes de papillons avec une dédicace exprimant mon estime suite à sa posi­tion défendant le droit des Arabes d’occuper le poste de directeur général de l’Unesco. Dès qu’elle a lu la dédicace, elle a abordé le sujet pour lequel j’ai effec­tué cette visite. Elle m’a dit : Croyez-moi, avant tout je défendais la France ainsi que son droit de voir ses dirigeants adopter des positions éthiques. Un accord avait été conclu, approuvé par la France, et selon lequel il était au tour des Arabes d’occuper ce poste, alors qu’il a été obtenu 6 fois par des Européens, et des personnalités originaires de l’Amérique latine et de l’Asie l’ont aussi obtenu. Mais ce poste n’a jamais été occupé par une personnalité arabe depuis la création de l’organisation, il y a près de 75 ans.

La sénatrice française née en Algérie en 1955 a ajouté : Les Arabes possèdent un grand patrimoine culturel et littéraire, et l’Egypte fait partie des Etats qui ont fondé l’Unesco, comment donc empêcher qu’elle ait accès à sa direction ? Il est vrai qu’il n’existe pas un accord écrit stipulant que la pro­chaine présidence sera octroyée aux Arabes, mais est-ce que les éthiques de la politique française se sont détériorées au point que les Etats doivent obte­nir la signature de la France pour garantir que le président ne manque pas à ses engagements pour déposer lui-même la candidature d’une autre per­sonne au même poste ? Puis Garriaud a déclaré avec fermeté : Quand la France fait une promesse, elle doit la tenir.

Joëlle Garriaud, qui a ajouté à son nom celui de son mari anglais Antony Maylam en l’épousant en 1985, a raconté qu’elle avait rencontré l’une des 9 candidats au poste de directeur général de l’Unesco et qu’elle pensait que la candidate égyptienne, qui est l’ambassadrice Mouchira Khattab, était la meilleure candidate et si elle occupait ce poste, ceci pourrait réaliser plusieurs objectifs en même temps. Selon Garriaud, l’ambassadrice Mouchira Khattab est une femme cultivée et éclairée, ce qui peut aider à changer le stéréotype de la femme arabe. Sans oublier qu’elle servira la cause de la lutte contre le fanatisme et le terrorisme, plus que n’importe quelle personnalité européenne. Et Garriaud a ajouté qu’à travers sa rencontre avec Khattab elle a remarqué combien celle-ci était parfaitement au courant de toutes les questions qui concernent l’Unesco, et qu’elle possédait des visions et des solutions intéres­santes. Elle a ajouté : Comment négliger tout ceci et présenter une candidate française ? Hollande a com­mis une erreur autant éthique que diplomatique.

J’ai alors répliqué : Depuis mon arrivée à Paris, j’ai rencontré un nombre de journalistes et, en majo­rité, ils pensent que l’ex-président désirait récom­penser ses assistants avant de quitter l’Elysée. A ce propos, ces journalistes ont utilisé le mot « caser ». C’est le cas de Ségolène Royal, la mère de ses enfants, qui était ministre de l’Environnement, et avant de quitter son poste il avait déposé sa candida­ture à la direction du Programme de développement de l’Onu, mais c’est le candidat de l’Allemagne qui a remporté le poste. Et Hollande avait également soutenu son ami proche Anne Hidalgo pour accéder au poste de maire de Paris.

J’ai alors expliqué à Joëlle Garriaud que dans le monde arabe la question semblait beaucoup plus profonde, car ce n’est pas la première fois que l’Occident s’oppose à la candidature d’une per­sonnalité arabe au poste de directeur de l’Unesco. Ceci a eu lieu avec Ismaïl Séragueddine, sous prétexte que sa candidature n’avait pas été offi­ciellement déposée. Puis la même chose s’est répétée avec l’ancien ministre égyptien de la Culture, Farouk Hosni, à cause de propos qui ont été mal-interprétés et pour lesquels il s’est excusé de toute façon. Et voilà que la même chose se répète avec Mouchira Khattab. Cette fois, les cercles juifs n’ont rien trouvé à dire contre elle et s’est alors que le pays-siège de l’organisation a décidé d’intervenir pour empêcher que Khattab n'accède au poste. C’est comme s’il y avait un accord préliminaire visant à empêcher que ce poste ne soit occupé par une personnalité arabe.

Une position refusant la candidature française ne peut donc être négligée, surtout quand elle est adop­tée par une sénatrice et représentante du Sénat auprès du comité national français pour l’Unesco. Garriaud a alors ajouté : C’est en partant de ce point que je refuse la position de Hollande puisqu’il est de coutume que le pays-siège s’abstient d’entrer en concurrence avec les autres Etats pour la direction de l’organisation .

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