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Un nouveau sommet sans rien de nouveau

Lundi, 27 mars 2017

Le roi de Jordanie a déployé d’énormes efforts pour la pré­paration de la 28e édition du som­met arabe qui s’ouvre ce mercredi dans la capitale jordanienne Amman. Il a tenté de calmer la situation entre plusieurs pays en conflit afin de garantir la participa­tion d’un grand nombre de pays au sommet. Depuis que le sommet arabe se tient sur une base annuelle, le pays hôte déploie d’énormes efforts pour la réussite du sommet. Il faut avouer que la tenue même du sommet représente une réussite loin des résolutions ou des recom­mandations qu’il peut émettre. Ces résolutions et recommandations ne sont plus que des textes répétés. Il n’y a plus rien de nouveau si ce n’est les résolutions qui sont liées aux évolutions survenues dans le monde arabe.

La Ligue arabe, à l’instar de l’Union africaine et de l’Union européenne, est une organisation régionale.

Ces unions se sont développées et ont réalisé de grands succès. Par contre, la Ligue arabe est demeurée à sa place et sa charte est restée lettre morte. La Ligue arabe a été fondée en 1945 dans l’objectif de réaliser une union globale, un mar­ché arabe commun et un accord de défense commune. Mais la ligue n’a rien réalisé. Par contre, l’Union européenne, créée en vertu de l’ac­cord de Rome en 1957 par un nombre restreint de pays en vue d’une action conjointe, s’est déve­loppée et est parvenue à créer un marché commun et une monnaie unique. Elle a jeté aussi les bases d’une politique étrangère commune et d’une politique de sécurité com­mune. L’Union européenne s’est alors élargie et regroupe désormais 27 pays européens et elle est en voie d’inclure tous les pays du continent sauf la Russie. Par contre, la Ligue arabe n’a rien réalisé depuis sa création. Les pays arabes ne cessent de se mettre les bâtons dans les roues et n’hésitent pas à s’allier à des puissances régionales pour contrer des pays membres de la ligue. C’est ainsi que des regrou­pements régionaux ont été créés comme le Conseil de coopération du Golfe, le Conseil de coopération arabe et l’Union du Maghreb arabe. Le premier a connu des conflits et des différends entre l’Arabie saou­dite, le Qatar et Oman. Le second a été dissous après l’invasion ira­qienne du Koweït en 1990 et le troisième est resté en proie aux dif­férends entre l’Algérie et le Maroc qui l’ont vidé de sa véritable teneur.

Le cadre de la Ligue arabe est devenu un cadre purement formel. Cette entité a été créée sans aucune vision claire. De plus, elle n’a pas suivi les règles institutionnelles relatives à la formation des organi­sations régionales. Règles que les pays d’Europe occidentale ont sui­vies après la Seconde Guerre mon­diale et qui ont donné le meilleur modèle de l’action régionale com­mune. Parmi ces fondements, il y a la démocratie, le concept de pays locomotifs et le fait de commencer par la population et non pas par les dirigeants. C’est-à-dire que les pays membres doivent adopter des régimes et des institutions démo­cratiques. C’est tout à fait l’inverse de ce qui s’est passé dans le cas de l’action arabe conjointe. L’action a commencé d’en haut par les prési­dents et les monarques sans atteindre vraiment la population. De plus, les pays locomotifs (les pays influents et riches) ont renon­cé à ce rôle (à l’exception de l’Egypte). Enfin, la démocratie était entièrement absente de l’ac­tion arabe conjointe. Etant donné que les pays arabes ne sont pas démocratiques, il était tout à fait logique que la démocratie soit absente de l’action arabe conjointe. Prenons l’expérience du parlement arabe. Chaque pays arabe devait présenter la candidature de plu­sieurs membres de son parlement national pour siéger au parlement arabe. Or, la majorité de ces membres sont élus d’une manière non démocratique et beaucoup sont même nommés par les chefs d’Etat. Par conséquent, les parlementaires continuent à exprimer les intérêts de leurs pays et non les intérêts régionaux. Par contre, dans l’expé­rience européenne, les membres du parlement européen sont directe­ment élus pour ce parlement. Ils y sont répartis selon leurs tendances politiques : droite, gauche ou verts ...

Sans nous fatiguer à chercher, nous savons déjà que les questions soumises à cette 28e édition du Sommet arabe de Amman seront la cause palestinienne et la solution des deux Etats, le Yémen, la Syrie, la Libye et l’appel à une solution politique à travers les négociations. Bref, un nouveau sommet arabe sans rien de nouveau .

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