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La voix des Frères et notre silence

Dimanche, 05 mars 2017

Celui qui suit de près la presse américaine verra clairement la campagne menée visant à redorer le blason de la confrérie des Frères musulmans et à les innocenter des effusions de sang qui ont été commises jusque-là au nom de l’islam. Cette campagne vise essentiellement à empêcher l’Administration Trump de déclarer les Frères musulmans organisation terroriste comme il l’avait promis au cours de sa campagne électorale. Pour cette fin, la campagne se donne le droit de falsifier les réalités, négligeant délibérément l’autre point de vue qui pourrait, en l’occurrence, rectifier les communiqués incorrects ou répondre aux mensonges. Jusqu’à quand accepterons-nous de nous contenter de ce rôle muet face à cette campagne qui a de larges échos dans les médias américains et qui continue à prendre de l’ampleur depuis le déclenchement de la révolution du 30 juin 2013 ?

Cette campagne a été accélérée depuis l’entrée de Trump à la Maison Blanche pour laquelle les conférences ont été tenues et les membres du Congrès ont été mobilisés. La semaine dernière, j’ai lu un article publié dans le New York Times signé par l’ex-porte-parole des Frères musulmans qu’il a rédigé de l’intérieur de sa cellule en Egypte et dans lequel il nie toute implication des Frères musulmans dans les actes de violence ou le terrorisme. Il laisse tomber ainsi tout un historique sanglant d’un groupe dont la devise a été la violence depuis sa création en 1928. Et ce, à un moment où le registre de la violence que la confrérie a exercée tout au long de son histoire ne peut pas passer inaperçu même pour les débutants qui commencent à fouiner dans l’histoire de l’Egypte moderne.

J’ai été étonné que ceux qui ont fait un commentaire sur la lettre — et ils sont minoritaires — se sont contentés de se demander comment elle a été rendue publique et s’est frayée une voie à partir de sa cellule. Nous sommes certes devant une absence de toute supervision, ce qui nécessite des comptes. Je ne dis pas ces mots pour provoquer le signataire de la lettre à l’intérieur de sa cellule. J’aimerais en plus de cela le féliciter parce qu’il a pu militer pour sa cause et faire campagne bien qu’il soit emprisonné, alors que nous sommes incapables de faire de même. Cette personne a choisi le moment opportun pour bouger avant que Trump ne soumette son projet de loi considérant les Frères comme une organisation terroriste. J’aimerais également saluer le journal qui a su servir sa tendance et publier une devise allant de pair avec sa ligne éditoriale connue pour son hostilité à l’Egypte.

Il est facile de critiquer les mesures de sécurité qui permettent la sortie de telles lettres à partir de la prison égyptienne et leur livraison au siège du journal à New York. Il est également facile de renforcer les mesures de sécurité sur les prisonniers. Mais, ce qui étonne le plus est que la voix de la confrérie continue de résonner haut dans la presse américaine et notre point de vue demeure comme d’habitude absente de l’arène internationale. Quoi faire donc ?

Si nous devons apprendre quelque chose de cet incident c’est de voir quels sont les mécanismes qu’ils utilisent pour rester aussi vigilants sur la scène des médias occidentaux. L’attitude des médias qui continuent de publier les devises des Frères et d’ignorer la volonté populaire n’est certainement pas un complot cosmique contre nous ou bien une sympathie éprouvée envers les Frères. Sachant que les Frères est l’organisation mère ayant donné naissance aux groupes extrémistes qui menacent les sociétés occidentales dans lesquelles ils sont réfugiés. Mais dans la plupart des cas, les Frères comprennent parfaitement bien les mécanismes de communication adéquats, que ce soit avec les institutions médiatiques ou les institutions au pouvoir telles que le Congrès et autres. Rappelons-nous à cet égard qu’au moment du sit-in de Rabea, les Frères, grâce à leurs relations, ont réussi à accueillir un membre du Congrès américain après avoir caché toutes sortes d’armes et armes blanches. Ce même membre a plus tard parlé, devant les écrans de télévision qui soutiennent les Frères, du caractère pacifique du sit-in.

Conclure un accord avec ces grandes institutions est devenu l’unique moyen d’avoir des relations influentes avec les Etats-Unis, que la bataille porte sur des élections présidentielle ou parlementaires ou qu’il s’agisse d’influencer les cercles de prise de décision à travers la presse, les médias ou les députés du Congrès ou du Sénat. Cette bataille sera coûteuse sans nul doute, mais perdre la bataille le sera encore plus. Est-ce que quelqu’un s’est soucié du coût du voyage du membre du Congrès de Washington au Caire pour aller visiter le sit-in de Rabea ou de son séjour au Four Seasons ? Combien l’institution a-t-elle bien pu toucher pour arranger cette visite ? Le coût a sans doute été exorbitant. Mais grâce à cette visite, les Frères musulmans ont réussi à parvenir aux cercles qui influencent l’opinion publique américaine. Par contre, nous continuons une année après l’autre à appeler à la nécessité que l’Organisme général des informations accomplisse son rôle, handicapé par toutes les circonstances environnantes.

Le lobby juif américain a réalisé l’importance des institutions quant aux relations publiques et à leur capacité d’influencer l’opinion publique américaine à tous les niveaux. C’est ainsi qu’il a réussi à imposer son emprise sur la décision politique américaine. Les Frères musulmans et les organismes internationaux qui les financent ont également compris cette réalité. N’est-il pas encore temps pour que nous comprenions ce que nos ennemis ont réalisé depuis longtemps ?.

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