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Al-Janadriyah et les intempéries poltiques

Lundi, 06 février 2017

L’arabie saoudite a proposé à l’Egypte d’être l’invitée d’honneur de la 31e édi­tion du Festival culturel d’Al-Janadriyah. Cette invitation acquiert une importance toute particulière en vue des récentes tensions entre les deux pays autour notamment de la position des deux pays face aux Frères musulmans et la situa­tion en Syrie. Cette manifestation de sympathie envers l’Egypte, dont j’ai été moi-même témoin, confirme les étroites relations historiques reliant les deux pays et les liens culturels qui unifient tous les peuples arabes.

Alors que les médias égyptiens et saoudiens s’évertuent à énumérer les différences de points de vue des deux gouvernements, le prince Meteab Bin Abdallah, ministre de la Garde nationale, a fait l’éloge, durant l’inauguration du festival, en pré­sence du roi Salman Bin Abdel-Aziz, le parrain du festival, du poids culturel de l’Egypte, de la richesse de sa civilisation et de son indéniable rôle culturel. Le ministre égyptien de la Culture, Helmi Al-Namnam, a répondu à ces propos par une allo­cution dans laquelle il a confirmé la profondeur des relations entre les deux pays malgré « les récentes intempéries ». Namnam a confirmé que les recherches et les fouilles archéologiques ont prouvé les liens historiques entre la péninsule arabe et la Vallée du Nil bien avant l’avènement de l’islam, et que les relations entre les deux peuples se sont prolongées jusqu’à l’ère contemporaine du roi Abdel-Aziz, fondateur de l’Etat saoudienm et du roi Fouad, dernier roi d’Egypte.

Quant aux « intempéries » auxquelles fait allu­sion Namnam, elles n’ont pas influencé les mani­festations culturelles du festival qui a consacré deux colloques à la relation égypto-saoudienne. Ont été invités du côté égyptien : Khaled Azab, Gamal Chakra, Moetaz Abdel-Fattah, Khaled Abou-Bakr et Soliman Gouda. Et du côté saou­dien : Mohamed Al-Saadi, Saleh Al-Khatlane et Abdallah Manaa. La dernière édition du festival a été consacrée au roman arabe contemporain, et j’ai eu l’honneur d’être invité pour présenter mon oeuvre romanesque lors de la précédente édition.

J’ai aussi remarqué que l’ambassadeur égyptien au Royaume saoudien, Nasser Hamdi, a confirmé dans la brochure du festival que les relations égypto-saoudiennes vont au-delà de certaines posi­tions politique actuelles.

Une présentatrice de télévision saoudienne m’a interrogé sur la participation de l’Egypte en tant qu’invitée d’honneur du festival. Je lui ai répondu que cette participation confirmait le fait que la culture demeurera toujours le facteur commun reliant tous les Arabes. Une base sur laquelle nous devons construire nos relations politiques et écono­miques. Je lui ai également rappelé les propos du grand romancier arabe, Naguib Mahfouz, lorsque je l’avais interrogé sur sa vision de l’union arabe et qu’il s’était exprimé ainsi : « S’il s’agit de l’union politique, elle affronte encore de grands défis. S’il s’agit de l’union économique, elle implique encore de grandes préparations. S’il s’agit de l’union culturelle, elle est déjà réalisée, et on ne peut pas la nier ». J’ai conclu mon entretien avec cette présen­tatrice en ajoutant que le fait que l’Egypte est accueillie comme invitée d’honneur au Festival national du patrimoine et de la culture, Al-Janadriyah, confirme que cette union culturelle existe bel et bien même en présence des différends politiques et économiques.

L’Egypte a participé à ce festival avec un riche programme artistique et culturel. En plus des dif­férentes troupes représentées, un grand nombre de poètes de l’arabe littéral et dialectal ont animé des soirées poétiques qui ont rencontré un grand suc­cès. L’Egypte a également dressé un pavillon remarquable, inauguré par le souverain saoudien, le roi Salman Bin Abdel-Aziz, au cours de la pre­mière journée du festival. Ce pavillon a regroupé le pavillon de l’Organisme général égyptien du livre, dont les éditions ont été minutieusement sélectionnées pour satisfaire les goûts saoudiens, le pavillon de la Maison des livres et des docu­ments nationaux, ainsi que des pavillons consa­crés à l’exposition des arts et de l’artisanat tradi­tionnel égyptien.

Le Festival Al-Janadriyah avait accueilli pour la première fois un invité d’honneur en 2008 au cours de sa 23e édition en accueillant la Turquie. Par la suite, il a accueilli la Russie, la France, le Japon, la Corée du Sud, la Chine, les Emirats et l’Allemagne avant d’accueillir cette année l’Egypte.

Bien que les Saoudiens insistent sur le fait de considérer ce festival comme un festival internatio­nal auquel sont invitées différentes nations, je pense que sa caractéristique la plus importante est le fait qu’il s’agit d’un festival arabe qui présente le patri­moine et les cultures arabes à ses invités arabes et étrangers. La course de chameaux représente la principale manifestation du festival qui est une tra­dition arabe authentique, les chameaux étant le symbole du désert arabe. De plus, le village d’Al-Janadriyah est lui-même construit selon l’ancienne tradition architecturale, chacune des 13 régions du royaume y présente son patrimoine de musique, de danse, d’artisanat et de mets populaires ...

Que l’Egypte ait été proposée comme invitée d’honneur du Festival Al-Janadriyah 2017 est la marque d’une appréciation certaine. Mais la ques­tion que l’on pourrait se poser est si l’Egypte a profité de cet événement pour dissiper les intempé­ries qui pointent à l’horizon des relations égypto-saoudiennes .

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