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Tiran et Sanafir, une affaire close

Mardi, 24 janvier 2017

La Haute Cour Administrative (HCA) a émis son verdict ren­dant caduc l’accord de la délimita­tion des frontières maritimes entre l’Egypte et l’Arabie saoudite signé par le premier ministre égyptien, Chérif Ismaïl, et le prince héritier saoudien il y a près de 8 mois. Ce verdict tranche définitivement une affaire qui avait soulevé un vif tollé dans la société égyptienne. Le ver­dict prononcé à l’unanimité des voix confirme que le gouvernement n’a présenté aucun document prouvant que les deux îles de Tiran et de Sanafir étaient saoudiennes, que la souveraineté égyptienne sur les deux îles était irrévocable et que l’armée égyptienne n’a jamais été une force d’occupation. Alors que le verdict a été accueilli par une énorme joie populaire, certains médias, politi­ciens et parlementaires l’ont accueilli avec scepticisme, déclarant que ce n’était qu’un round et que de nom­breux autres suivront. Certains ont également déclaré que le parlement allait discuter le texte, voire le voter, car ceci est l’un de ses droits consti­tutionnels. Ce qui est tout à fait vrai.

A mon avis, le verdict de la HCA est tranchant. Le gouvernement égyptien doit mettre un terme à ses tentatives désespérées de céder les deux îles à l’Arabie saoudite. Si ce gouvernement possédait un quel­conque sens politique ou humain, il s'empresserait de présenter sa démis­sion au lendemain de la promulga­tion du verdict. Le gouvernement actuel est étrange. Il s’efforce de mobiliser ses hommes dans les médias et la politique pour confirmer qu’une partie de ses territoires ne lui appartient pas. Il n’est jamais arrivé dans l’Histoire de l’humanité qu’un gouvernement manoeuvre de la sorte pour céder une partie de ses terri­toires à un autre pays, que la justice rende caduque la signature de son premier ministre et que les hérauts du gouvernement continuent cepen­dant à scander qu’il y a d’autres rounds pour prouver que les deux îles n’étaient pas égyptiennes.

Dans ce contexte, il convient de préciser que les responsables de l’Etat ne sont que des employés publics mandatés par le peuple ou par un mandataire. Il n’est pas de leur droit de dépasser ce mandat. Au cas où ils ne respecteraient pas ces limites déterminées par la Constitution, il faudrait d’abord leur ôter ce mandat, puis leur demander des comptes. L’ère des demi-dieux est révolue, comme l’a déclaré l’an­cien président égyptien Adly Mansour. Le verdict de la HCA, qui confirme que la souveraineté égyp­tienne sur les deux îles est irrévo­cable, doit clore définitivement cette affaire. En outre, la polémique autour de ce sujet doit être close. Selon la justice égyptienne, les deux îles sont égyptiennes. Il incombe donc au gouvernement égyptien de fermer le dossier et de retirer l’accord du par­lement, car la justice égyptienne a rendu cet accord caduc. Toute tenta­tive de contourner le verdict de la justice égyptienne portera préjudice au régime politique égyptien dans sa globalité. Jusqu’à présent, tout le blâme est adressé au gouvernement et à son chef qui a signé l’accord dépassant les limites du mandat qui lui est accordé. Cependant, l’insis­tance du gouvernement de pour­suivre les tentatives de rétrocession des deux îles à l’Arabie saoudite aura des retombées catastrophiques à tous les niveaux. Des retombées qui ébranleront tout le régime et qui nui­ront à la sécurité et à la stabilité du pays. Des voix officielles ainsi que des voix médiatiques continuent à jurer que les deux îles sont saou­diennes et que le gouvernement va soumettre le dossier à la Haute Cour constitutionnelle. Ceci est tout à fait suffisant pour opposer les institu­tions de la justice égyptienne les unes contre les autres, et continuer à semer la confusion dans la rue égyp­tienne. Qu’est-ce que le gouverne­ment égyptien attend de la Haute Cour constitutionnelle après que la Haute Cour administrative eut décla­ré à l’unanimité de ses membres que les deux îles étaient égyptiennes et que le gouvernement égyptien n’a présenté aucun document prouvant le contraire ? Le gouvernement pos­sède-t-il de nouveaux documents qu’il a l’intention de présenter à cette première ? La réponse est non. Si le gouvernement avait possédé un seul document, il l’aurait présenté à la HCA, sans oublier que ceci n’est pas valable. Certaines voix du gouverne­ment ont déclaré que le parlement allait discuter l’accord. Il faut dire que ceci représente un véritable sui­cide politique. Non seulement il n’est pas valable que le parlement discute un accord que la HCA a jugé caduc, mais ceci peut menacer le parlement lui-même. En effet, le dif­férend sera violent et les atmos­phères seront tendues. Les retombées ne seront pas avantageuses pour l’avenir même du parlement. En effet, de nombreux députés déploie­ront tout ce qui est en leur pouvoir pour prouver que les deux îles sont égyptiennes. Par conséquent, la perte de la cause pourra pousser certains membres du parlement à prendre des décisions qui pourront influencer la cohérence et la persistance du parle­ment.

Quant à l’éventualité d’un recours de l’Arabie saoudite à l’arbitrage international, ceci nécessite l’appro­bation du gouvernement égyptien. Or, il n’existe pas de cause à présen­ter à l’arbitrage international, car notre gouvernement confirme que les deux îles sont saoudiennes. Il n’existe donc pas de différends entre les deux positions, saoudienne et égyptienne. S’il y a une volonté de s’adresser à l’arbitrage international, donc, ce gouvernement ne représente pas la conscience nationale. Par conséquent, il est indispensable de former une équipe nationale digne de confiance. En vertu du verdict de la HCA, prouver que les deux îles sont égyptiennes sera une mission très facile.

Enfin, la solution pratique est de fermer complètement ce dossier, de limoger ce gouvernement et de for­mer un nouveau gouvernement avec à sa tête une personnalité patriotique. L’Egypte a besoin d’un gouverne­ment possédant une vision claire et composé de personnalités politiques reconnues pour leur compétence et leur intégrité.

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