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La tutelle américaine sur l'Egypte

Lundi, 18 mars 2013

Nous sommes tous préoccupés ces jours-ci par les dramatiques événements que traverse le pays au point d’oublier des questions extrêmement importantes relatives à notre révolution. La connaissance de ces questions et de leur réponse a une relation directe avec la capacité de sortir de l’échec permanent qui caractérise le régime au pouvoir aussi bien que l’opposition.

La question la plus importante, que nombreux évitent de lever, est relative à la délimitation des rôles des éléments étrangers dans les événements révolutionnaires. D’autres questions en découlent : Quelle est la nature de ces éléments, qu’il s’agisse de parties arabes, régionales (notamment l’entité sioniste) ou internationales (notamment les Etats-Unis) ? Quelle est la nature des intérêts et des objectifs de ces parties en Egypte ? A quel point ont-elles réussi à réaliser leurs objectifs ? Qui sont les Egyptiens qu’il s’agisse d’individus, de partis, de forces politiques civiles ou militaires qui ont affaire à ces éléments étrangers ?

Il existe de nombreuses autres questions en suspens qui restent sans réponse. Quelle est la raison pour laquelle l’indépendance et la souveraineté nationale sont absentes du slogan de la révolution pain, liberté, égalité sociale, dignité humaine ? Dans l’intérêt de qui est cette absence d’objectif et de slogan ? Quelqu’un a-t-il intentionnellement ignoré cet objectif ? Et dans l’intérêt de qui alors que le pain, la liberté, la justice sociale et la dignité humaine ne peuvent se réaliser dans un pays ne jouissant pas d’indépendance nationale ?

Nous payons maintenant le prix de l’ajournement de ces questions. L’absence d’entente nationale, la confusion du régime sur la question du pays, l’impuissance des forces d’opposition à trouver des alternatives nationales et à se mettre d’accord sur un projet national capable de libérer la révolution de ses contraintes en sont la preuve la plus évidente. Cependant, les crises que traverse le pays ne sont pas seulement dues au conflit pour le pouvoir entre l’opposition et les Frères musulmans. Comme l’a écrit le vice-rédacteur en chef du Washington Post, David Egnatius, le 7 mars dernier, les réalités économiques égyptiennes sont devenues urgentes, les réserves officielles en devises étrangères ont chuté en février dernier à 13,5 milliards de dollars. Ce qui suffit à peine à couvrir les importations de deux ou trois mois. Ce que l’auteur considère comme un véritable effondrement de l’Egypte.

Dans ces circonstances, le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, est venu en Egypte avec une série de conditions draconiennes. Il a demandé à ceux qui gouvernent l’Egypte d’exécuter ce qu’il a considéré comme les clauses d’un contrat secret entre les deux parties, les Frères musulmans et les Etats-Unis. Un accord conclu de longues années avant le déclenchement de la révolution égyptienne en 2005 en contrepartie de la transmission du pouvoir. Il s’agissait notamment d’exécuter les deux premières clauses de cet accord. La première stipule la conservation de la sécurité et de la présence d’Israël, ainsi que le respect du traité de paix égypto-israélien signé en 1979. La seconde concerne l’économie de marché selon ce qu’on appelle la réunion de Washington, actuellement adoptée par le FMI.

Ces revendications américaines n’émanent pas du néant, mais d’ententes entre les Frères musulmans et les Etats-Unis avant et après la révolution du 25 janvier 2011, lorsque les Américains cherchaient à remplacer le régime de Moubarak, leur allié. Ces ententes comprenaient des conditions avec en tête, le traité de paix égypto-israélien, les priorités économiques des Frères musulmans, leur soutien de la guerre contre le terrorisme et l’extrémisme. C’est ainsi que le tournant historique est survenu lorsque l’ancien secrétaire d’Etat américain, Hillary Clinton, a déclaré que les Etats-Unis traiteraient avec les partis islamiques émergentes en Egypte et en Tunisie s'ils respectaient les règles du jeu. Quelle fut la surprise de Washington en apprenant que les islamistes étaient prêts à respecter les règles du jeu politique, à parvenir à des règlements concernant la majorité des questions relatives à la politique étrangère et à la sécurité nationale des Etats-Unis, à ne pas suivre de politiques hostiles à Israël et à respecter les traités diplomatiques signés par les régimes précédents, notamment le traité de paix égypto-israélien !

Les Frères musulmans ont réconforté les Américains en ce qui concerne la politique étrangère et la sécurité nationale, mais aussi en ce qui concerne le respect du système économique capitaliste. Ce sont ces engagements qui ont encouragé le nouveau secrétaire d’Etat à la défense, Chuck Hagel, à poser trois conditions pour que l’Egypte obtienne les aides américaines économiques et militaires : respecter la sécurité et la présence d’Israël, respecter le traité de paix égypto-israélien et respecter les rôles régionaux convenus entre Washington et Le Caire. Un fait qui a encouragé le secrétaire d’Etat américain à venir en Egypte portant deux principaux dossiers. Le premier est politique, réclamant au Front national du salut de revenir sur la décision du boycott des élections parlementaires et de renoncer aux conditions posées pour y participer. Le second est un dossier économique relatif à la nécessité d’accepter les conditions posées par le FMI.

La visite de John Kerry était donc une visite de soutien pour le nouvel allié égyptien. Avant la révolution, le régime de Moubarak terrorisait les Egyptiens et son allié américain, affirmant que son alternative était les Frères musulmans ou le chaos. Aujourd’hui, les Américains soutiennent les Frères et nous terrorisent en disant que l’alternative est les militaires ou le chaos.
S’agit-il d’une tutelle américaine sur l’Egypte ? Peut-être plus. Je pense que nous devons réfléchir sur la nature du rôle américain ainsi que celle des autres rôles régionaux et internationaux. Nous devons prendre une position nationale collective contre toutes les formes d’ingérence étrangère et nous devons surtout amplifier l’importance de notre souveraineté et de notre indépendance nationale.

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