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Une bataille cruciale

Lundi, 05 décembre 2016

La ville syrienne d’Alep ago­nise. Tandis que les combats se poursuivent entre les rebelles et le régime syrien autour de cette ville stratégique, la popu­lation civile, privée de nourri­ture et de médicaments, conti­nue à payer le prix des affron­tements. Le régime syrien, qui cherche par tous les moyens à reprendre la totalité de la ville, avait lancé le 15 novembre une offensive de grande envergure, avec l’aide de combattants étrangers et le soutien tac­tique de l’allié russe, pour chasser les rebelles des quar­tiers Est.

Après deux semaines de combat, les forces régulières ont désormais repris la moitié des quartiers rebelles d’Alep-Est. Selon l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH), 50 % du territoire que les rebelles contrôlaient depuis 2012 dans l’Est de la deuxième ville de Syrie sont désormais confortablement aux mains du régime de Bachar Al-Assad. Submergés par la puissance de feu et l’avancée fulgurante des troupes pro­gouvernementales, les rebelles ont dû céder du terrain.

Un tournant dans le conflit ? Peut-être. Une victoire à Alep de l’armée syrienne changerait certes la trajectoire du conflit, même si elle ne met pas fin immédiatement à la guerre. Une telle victoire aurait un caractère hautement symbo­lique. Depuis 2012, Alep est le bastion des rebelles au nord de la Syrie. La chute de la ville porterait un coup dur au moral des rebelles et souligne­rait leur faiblesse sur le plan militaire. Mais plus encore, une éventuelle victoire à Alep per­mettrait au régime syrien de contrôler toute la bande de terre située entre Damas et Alep et incluant les villes de Homs et de Hama, ce qui lui permettrait de sécuriser l’ac­cès à la mer. En contrôlant Alep, l’armée syrienne peut aussi reconquérir la province d’Idleb, au nord-ouest de la Syrie, contrôlée par les djiha­distes et surtout couper les bases arrières des djihadistes à la frontière turque.

Sur le plan politique, une victoire de l’armée syrienne à Alep serait un sérieux revers pour les pays alliés de l’opposi­tion comme l’Arabie saoudite, le Qatar mais aussi la Turquie et les pays occidentaux qui ont misé sur la chute de Bachar. Ce serait également une victoire pour l’axe Russie, Iran, Hezbollah.

Divisée depuis 2012 en deux parties, la partie orientale aux mains des rebelles et la partie ouest aux mains du régime, la ville apparaît aujourd’hui comme le principal enjeu de la guerre en Syrie, qui a fait plus de 300 000 morts en plus de cinq ans. L’issue du conflit syrien se joue aujourd’hui à Alep.

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