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L'Etat autoritaire : absence de prestige et d'avenir !

Lundi, 11 mars 2013

L’un des aspects les plus marquants de l’Etat égyptien à l’heure actuelle est l’érosion graduelle de ses pouvoirs, de ses appareils et de ses institutions. L’Etat a également atteint un degré inouï de faiblesse et de recul dans sa vision politique et économique, qui font de lui une entité allant au de là des personnes en charge et des institutions. Même le lien les différentes institutions, censé guider leurs actions collectives, fait défaut.

A l’ombre des lois, des politiques et des décisions autoritaires persistantes de l’après soulèvement du 25 janvier, l’Etat s’est transformé en un outil aux mains des gouverneurs pour exécuter un nombre de décisions,de partis pris ou pour opprimer et corrompre dans d’autres cas. Ce qui va à l’encontre de la vraie nature de l’Etat, de ses prérogatives et de ses appareils. Toutes ces actions contredisent au même titre la culture moderne et contemporaine des nations. Ces dernières qui vivent dans les contextes de la mondialisation apportant un ventde changement balayant tous les concepts en matière de politique, de sécurité, de libertés générales,individuelles, des lois, de la magistrature et des citoyens. Elles ne sont plus les mêmes depuis la fin de la guerre froide et la chute de l’Empire soviétique.

Le changement qui est intervenu a été d’ordre structurel dans les idées,les normes, les valeurs, et même les procédés de travail. Malgré cela, il est étonnant de remarquer que le discours théorique en matière de philosophie et de sciences politiques a connu un recul dans un nombre des pays du Sud, dont l’Egypte et le monde arabe. Selon toute vraisemblance,notre monde arabe est resté prisonnier de la pensée autoritaire et de la gouvernance héritée des minorités militaires ou royales.Même les esprits restent dominés par l’héritage tyrannique et le pouvoir unilatéral qui gouvernent et se considèrent comme Constitution réelle setaillant les prérogatives politiques législatives, exécutives ou encore juridiques. Même après les vents houleux de changement à tousles niveaux et les appels incessants à séparer les politiques législatives des politiques sociales,la tyrannie reste incontournable et ne s’est pas donné lachance de s’adapter aux changements successifs et qualitatifs qui se sont opérés dans les structures de la société et de la nation

.Cette inadaptation au changement a donné lieu à une accumulation de problèmes et de crises chroniques. Le pouvoir de la République est resté en place avec certains acteurs à l’épicentre.Ces personnes ont une confiancesans bornes dans la dite capacité de l’Etat qui connaît une érosion lente,nous donnant l’impression deconnaître une évolution galopante.Alors qu’en réalité, nous vivons dans un Etat qui consacre plus les divisions entre les confessions,musulmans et coptes ainsi que sunnites, chiites, orthodoxes,protestants et catholiques. Même à l’intérieur d’une même secte,les classifications vont bon train,entres Frères et salafistes, etgroupes islamistes radicaux, quii forment une majorité écrasantene voyant qu’elle-même et riend’autre.L’Egypte unie et centrale, pour reprendre l’expression de notre amiet intellectuel, feu Anouar Abdel-Malek, n’est plus. L’Egypte est en train de se déchirer entre diverses loyautés, tristesses, problèmessans limites, un sentiment écrasant et profond de marginalisation historique entre habitants deHaute-Egypte, Cairotes et ceux dela Vallée. Entre des gouvernorats pauvres et d’autres satisfaisant aisément à leurs besoins.

Entre Nubiens et paysans, ou Amazighs à Siwa. Entre coptes et musulmans déchirés par des séditions confessionnelles rapides et successives, une violence religieuse,pénale et verbalesans précédent.Personne ne sesoucie de porterson regard vers lehaut, au sommet du pouvoir, pour réviser un legs infesté pratiquant une tyrannie brutale et lâche.

Nous avons sans cesse répété que la société va bien au-delà de l’Etat faible, mais en vain.Personne ne s’est soucié de reconsidérer la notion d’Etat ou de changer le sommet du pouvoir.Le plus dangereux est que la même mentalité bureaucratique,sécuritaire et militaire continue de nous gouverner, après le soulèvement du 25 janvier. Les mêmes méthodes de traitement sécuritaire sont appliquées avec,pour mot d’ordre, la tyrannie etle meurtre. En d’autres termes,les solutions recherchées sont en dehors du cadre juridique communément admis, ses règlements et garanties.La violation de la loi n’est plus la devise uniquement des baltaguis (hommes de main)et des gangs criminels, mais également celle des appareils de sécurité qui tendent à opprimerles voix. Une forme d’anarchie sans pareille sévit, à tous les niveaux, accompagnée d’une incapacité de la nouvelle élite à gérer les affaires du pays enraison de l’absence de vision économique.Personne ne s’est demandé comment un Etat est géré dans ses différents contextes, sociaux,médiatiques, culturels et législatifs.N’oublions pas non plus la donneinternationale et régionale.

L’appartenance idéologique au groupe qui gouverne le pays peut elle devenir l’alternative du savoir,de l’expertise et de la performance dans l’occupation des postes de commandement ? Peut-on mettre en place des appareils oeuvrant en parallèle à ceux de l’Etat ? Ou bien vaut-ilmieux cristalliser une nouvelle vision pour renouveler l’Etat et lanation ? Quelles sont les limites de la religion dans sa relation avec l’Etat et avec la politique ?Existe-t-il une vision réformiste de l’idéologie sur l’islam, l’Etat et le développement ?La politique de la main haute, de l’hégémonie et de l’accaparement ouvre grand la porte à la violence,entraînant une implosion internede l’Etat, dans ses structures sociales déjà fragmentées.Avec l’absence des visions politiques sur la notion de l’Etat,de la société et de la nation, les destinées des vestiges de l’Etat, des anciennes et des nouvelles élites seront toujours entourées d’une confusion et d’une incertitude sans pareille.

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