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Edito : Le phénomène Ultras

Lundi, 11 mars 2013

« Attendez-nous ce soir. Ce sera le chaos ! ».C’est en ces termes qu’un membre des Ultras exprimait sa colère à l’issue du verdict émis samedi 9 mars par la Cour d’assise et confirmant la condamnation à mort de 21 personnes, accusées d’implication dans le drame de Port-Saïd en février 2012. Le drame en question avait fait 74 morts suite à des émeutes entre supporters des clubs d’Ahli et Masri. Les Ultras, fervents supporters de foot, dénoncent un« verdict politique ». Ils réclament la condamnation des responsables de la sécurité, acquittés dans le verdict et qu’ils jugent responsables de la tragédie.

Que veulent les Ultras et surtout qui sont ils? Depuis quelques années déjà, ils font parlerd’eux. Difficile d’analyser le phénomène sans comprendre le contexte politique et social dans lequel ce groupe a vu le jour. Dans l’Egypte del’ère Moubarak, les perspectives politiques sont verrouillées. Dans les zones urbaines, des milliersde jeunes, parfois marginalisés, ne disposent d’aucun moyen pour canaliser leur frustration hormis le sport. Et c’est dans ce contexte queles Ultras vont naître au début des années 2000autour du football. Ces jeunes qu’on reconnaîtsouvent à leurs écharpes aux couleurs de leurs clubs favoris et à leur manière engagéed’encourager leurs équipes, s’organisent et forment de petits groupes répartis par régionset par clubs. Ultras ahlaouis, White Khnigts ouBlues Dragons, ils disposent d’une organisation sophistiquée et d’un leadership centralisé. Le courant se développe d’abord sur Internet et prend rapidement de l’ampleur.

Dans un pays régi par la loi d’état d’urgence, ils sont capables de rassembler des dizaines de milliers de personnes en quelques minutes. Un fait quiinquiète les autorités. Les affrontements avec la police se multiplient dans les stades, mais surtout dans les rues à l’occasion de véritables batailles rangées. Les membres du groupe sont arrêtés et traduits en justice. De cette période ,les Ultras garderont un souvenir amer, celui dela répression implacable des services de police. La révolution du 25 janvier va marquer un tournant dans l’histoire des Ultras. Comme beaucoup de segments de la population égyptienne, ils se politisent même s’ils affirment ne faire partie d’aucun mouvement politique et défendre uniquement des valeurs comme la justice et la dignité. Mais ces valeurs sont aussi celles de la révolution. Sur la place Tahrir, ils sont aux premières lignes face aux forces de l’ordre,leurs ennemis de toujours, à qui ils veulent régler leurs comptes. Certains de leurs membres sont tués dans des affrontements avec la police durant la période de transition. Plusieurs dizaines d’entre eux meurent au cours du drame du stade de Port-Saïd le 1er février 2012. Les Ultras, qui pensent que le drame a été orchestré, dénoncent un complot et crient vengeance. Leur réaction cette semaine à un verdict de la Cour d’assisen’est autre que le fruit d’une longue frustration. Les Ultras sont-ils un groupe d’anarchistes ?Non, ils sont le symbole d’une jeunesse frustrée par les longues années de répression et assoiffée de rébellion. Une jeunesse à la fois enthousiaste ,tumultueuse et anarchique .

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