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Erdogan et ses dérives autoritaires

Lundi, 31 octobre 2016

Près de trois mois après le coup d’Etat manqué en Turquie, la dérive autoritaire se poursuit dans ce pays.Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a affirmé cette semaine que la peine de mort, abolie en 2004 afin de se conformer aux conditions de candidature à l’Union européenne, serait rétablie, confir­mant ainsi le caractère permanent et non conjoncturel de la dérive autoritaire post-coup d’Etat en Turquie. « Bientôt, bientôt, ne vous en faites pas. C’est pour bientôt, si Dieu le veut », a déclaré M. Erdogan lors de l’inauguration d’une gare dans la capitale turque, en réponse à la foule qui scandait : « Nous voulons la peine de mort pour les auteurs du coup d’Etat manqué ». Erdogan a affirmé par ailleurs que le gouverne­ment turc soumettra un projet de loi rétablissant la peine de mort au parlement. Il s’est dit convaincu que ce dernier l’approuverait. « Quand cela sera arrivé devant moi, je le ratifie­rai », a poursuivi le chef de l’Etat turc.

Dès le surlendemain du putsch avorté du 15 juillet, Erdogan avait évoqué un possible rétablissement de la peine capitale, afin d’éliminer « le virus » factieux au sein de l’Etat, provoquant l’indignation de l’Union européenne. La décision de rétablir la peine de mort intervient après de vastes purges opérées dans les rangs de l’armée, la justice, la sécu­rité et l’éducation, et fait suite à une série sans précédent d’arrestations arbitraires et d’atteintes aux droits de l’homme en Turquie. Plus de 35 000 personnes ont été arrêtées en Turquie dans le cadre des enquêtes ouvertes après le coup d’Etat manqué, selon les chiffres du gouvernement.

Les dérives d’Erdogan et ses ten­tatives de rétablir l’hégémonie otto­mane dans la région ont créé un froid entre Ankara et l’Occident, et ont donné lieu à une tension persis­tante entre la Turquie et ses voisins arabes. Perçu il y a à peine quelques années par ses partenaires euro­péens comme l’initiateur d’un modèle « réussi » de l’islam poli­tique, Erdogan apparaît aujourd’hui plus comme un dictateur que comme un réformateur. Ses rela­tions avec ses alliés occidentaux sont sur la pente raide. Avec les Américains tout d’abord, le froid s’est installé entre Ankara et Washington. Les Turcs réclament l’extradition du leader turc Fethallah Gülen, qu’ils accusent d’être der­rière le coup d’Etat de juillet der­nier, mais les Américains refusent de l’extrader. Par ailleurs, le coup d’Etat manqué de juillet et les dérives autoritaires qui l’ont suivi ont sou­levé des protestations au sein de l’Union européenne qu’Ankara accuse de ne pas avoir « fermement réagi face au coup d’Etat manqué ».

Mais ce n’est pas tout. Les rela­tions d’Ankara avec son environne­ment immédiat sont également ten­dues, notamment avec l’Iraq, la Syrie et l’Egypte. Après quinze ans passés au pouvoir, le régime d’Erdogan semble avoir perdu son lustre d’an­tan et est aujourd’hui en pleine désuétude .

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