Jeudi, 25 avril 2024
Opinion > Opinion >

La bataille pour l'Unesco

Dimanche, 09 octobre 2016

L’élection du nouveau directeur général de l’Unesco, un poste pour lequel l’Egypte est candi­date, n’aura sans doute pas lieu avant l’automne 2017.

Il y a quelques jours, les pays membres du Conseil de sécurité ont entériné le choix de l’ex-haut com­missaire des Nations-Unies pour les réfugiés, Antonio Guterres, comme prochain secrétaire général de l’Onu. L’actuelle directrice générale de l’Unesco, Irina Bokova, égale­ment candidate à la succession du Sud-Coréen Ban Ki-moon, a été écartée de la course.

Jusqu’il y a quelques jours, il n’était pas clair si les élections de l’Unesco auraient lieu lors de la réunion de son conseil exécutif pré­vue en novembre prochain (au cas où Bokova réussirait son chemin vers le poste de secrétaire générale de l’Onu), ou à leur date initiale à la fin de son mandat en novembre 2017.

En réalité, le choix du Portugais Antonio Guterres a été une sur­prise pour beaucoup. Jusqu’à très récemment, la plupart des déclara­tions officielles autour de ce sujet favorisaient l’élection d’une femme à la tête de cette organisa­tion internationale vieille de 71 ans. Le secrétaire général sortant s’était même exprimé en ce sens. Pour sa part, la Russie revendi­quait que le prochain secrétaire général soit issu d’un pays de l’Europe de l’Est, alors que la Chine, qui dispose également du droit de veto au sein du Conseil de sécurité, s’est montrée hostile à l’idée de la désignation d’un Européen de l’Ouest.

Mais beaucoup de délibérations ont dû avoir lieu dans les coulisses au cours de ces dernières semaines, avec comme résultat l’élimination de la course de la patronne bulgare de l’Unesco, arrivée en cinquième position. En revanche, le candidat portugais a obtenu jeudi le soutien unanime des 15 membres du Conseil de sécurité, et est donc assuré de devenir le nouveau chef de l’Onu, même si sa désignation doit encore être approuvée par l’As­semblée générale avant la fin de sa session ordinaire en décembre pro­chain.

Pour la première fois cette année, l’Assemblée générale a participé au choix des candidats au poste de secrétaire général. Ces derniers ont présenté leur programme et leur vision de l’avenir de l’organisation internationale devant les représen­tants des 193 pays membres. L’intervention de Guterres a été bien accueillie, et certains représen­tants ont dit voir en lui un bon patron susceptible de gérer l’Onu à un moment où le problème des réfugiés s’aggrave. Un problème auquel Guterres, fort de ses dix ans d’expérience à la tête du Haut Commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés, peut s’attaquer.

Le représentant de l’Egypte, laquelle est en ce moment membre du Conseil de sécurité, a salué cet exercice inédit tout en revendiquant un rôle, plus grand que la simple approbation, de l’Assemblée géné­rale dans le choix du secrétaire général. Mais malgré cette évolu­tion démocratique dans le proces­sus de choix du secrétaire général, ce qui a tranché l’affaire en la faveur du candidat portugais, ce sont plutôt les tractations dans les coulisses avec la Chine et la Russie pour les faire revenir sur leurs posi­tions affichées, en contrepartie, bien entendu, de garanties d’obtenir des postes-clés au sommet de l’or­ganisation.

Le choix d’un candidat autre que Mme Bokova a été, au bout du compte, dans l’intérêt de l’Egypte. Sinon celle-ci allait abandonner son poste à la tête de l’Unesco avant la fin de son mandat, laissant derrière elle une situation compliquée. Son député allait assurer l’intérim, contrairement à la charte de l’orga­nisation selon laquelle le directeur de l’Unesco est élu par le conseil exécutif. Ou alors, des élections anticipées allaient être organisées dans la précipitation pour choisir son successeur.

Maintenant que les élections de l’Unesco se tiendront au terme du mandat de Mme Bokova, fin 2017, l’Egypte a pleinement le temps pour préparer le terrain à son propre candidat et collecter le soutien d’une majorité parmi les 57 membres du conseil exécutif de cette organisation.

Mais il faut tout d’abord mettre fin à cette dispersion entre les pays arabes qui ont présenté trois candi­dats. Ensuite, il faut mette au point un programme visionnaire pour le développement de l’Unesco. Un tel programme sera bénéfique pour le candidat égyptien qui essayera d’obtenir le soutien des pays membres du conseil exécutif de l’Unesco. Lors d’une réunion pré­vue en 2017, ce conseil accordera 20 minutes à chacun des candidats pour présenter son programme et 5 minutes pour répondre aux ques­tions des représentants des pays membres. Enfin, il faut négocier avec les pays influents au sein de l’Unesco, notamment la France, pays hôte de l’organisation, et qui, selon les bruits qui courent, accor­derait son soutien à un candidat arabe autre que celui de l’Egypte. N’oublions pas que la France a présenté la candidature de Philippe Douste-Blazy, un ancien ministre, au poste de directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, ce qui peut donner lieu à une entente entre nos deux pays.

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique