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Les forces politiques dans l'impasse

Mardi, 26 février 2013

Celui qui observe ce qui se passe au Caire entre quelques milliers d’individus s’imagine que nous sommes aux portes d’une guerre civile. Quelques milliers de personnes seulement monopolisent la rue, les chaînes satellites et les hauts postes de l’Etat. A un moment où des dizaines de millions d’autres travaillent toujours dans leurs champs, usines et écoles. Malheureusement, chaque partie voit les événements depuis sa propre perspective. A tel point que personne aujourd’hui n’a la capacité de voir les choses au-delà de son point de vue.

L’Egypte est aujourd’hui le pays de toutes les contradictions. Il y a sur la scène les Frères musulmans qui, avides de pouvoir, ont négligé le quotidien, le vécu amer des citoyens et les crises de la société. Ils ne mobilisent pas leur potentiel pour sortir de la crise. Ils pensent que l’accaparement du pouvoir leur donnera la possibilité d’affronter les problèmes, bien que le facteur temps ne soit ni en leur faveur, ni en faveur des autres courants politiques. Les Frères se sont adonnés et consacrés totalement aux élections et aux référendums, dans lesquels ils ont certes réalisé des acquis. Mais il est certain que ces succès les ont amenés à négliger les causes quotidiennes du citoyen égyptien. A l’heure actuelle, le peuple égyptien ne se soucie guère de conflits des élites, ni de l’élection du Parlement, ni du départ du président Morsi. Mais il se soucie plutôt de trouver un gagne-pain décent, un logement, et de retrouver surtout sa dignité. Ce peuple est prêt maintenant à manifester toute sa loyauté envers celui qui le prendrait par la main et l’aiderait à sortir du tunnel obscur.

Les autres acteurs principaux de la scène égyptienne, à l’heure actuelle, sont certainement les élites, qui sont sorties du jeu des conflits sans aucun gain. Ces élites ont gravement tord parce qu’elles n’ont pas pris en compte le peuple. Si les Frères musulmans ont renoncé aux importants gains historiques qu’ils ont accumulés au fil des années dans la rue à l’ombre de l’ancien régime, ces élites ne se sont jamais ralliées au peuple ; elles ont toujours choisi de travailler sous l’ombrelle d’un régime pour affirmer leur présence, leurs acquis et leur rôle dans la société. Et lorsqu’est venu le moment de lui demander des comptes, elles se sont avérées hors du jeu, et les foules étaient plus conscientes de la réalité des rôles et les vrais témoins de l’Histoire.

Et puis les préparatifs des élections parlementaires ont commencé, à un moment où les conflits entre les Frères et le Front du salut se jouent sur les chaînes satellites, sur la place Tahrir et sur les autres places du pays. Alors que la vraie bataille des Frères a lieu dans les villages, les bourgs et les gouvernorats. Il n’y aura rien d’étrange à voir de nouvelles alliances se nouer entre les symboles du PND de Moubarak évincé, parce qu’ils sont les seuls capables d’entrer en concurrence avec les Frères aux prochaines élections. Dans ce cas-là, les négociations peuvent aboutir avec ceux qui ont détourné les fonds publics et qui ont pris la fuite.

Le Front du salut ne détient pas beaucoup de cartes susceptibles d’encourager les Frères et n’a pas de fonds. Ils ne disposent pas de compétences. Et donc il s’avère que tout le monde est sur un pied d’égalité. Il faut dire que, dans ce contexte chaotique, les tentacules du PND sont plus influents que le Front du salut, surtout dans la rue, à cause de l’état de déprime qui pèse sur les Egyptiens face aux problèmes de la vie quotidienne et à l’échec des forces de l’après-révolution à diriger le pays.

Ce qui complique davantage la situation est l’insistance des Frères sur le fait de ne pas procéder à un remaniement ministériel et d'effectuer les élections en respect de la nouvelle Constitution. N’oublions pas la gamme des décisions dites de souveraineté, prises sans qu’elles soient fondamentalement étudiées.

Des nouveautés sont survenues sur la scène ces jours-ci avec en tête les différends entre les Frères et les salafistes, ayant connu une grave escalade atteignant le degré d’accusations réciproques et de suspicions. L’absence d’une réconciliation nationale et le refus des différents acteurs de se réunir autour d’une même table ne feront que compliquer les conjonctures, dont il sera difficile de prédire les conséquences.

Les Frères insisteront-ils sur le contrôle de tous les pouvoirs en écartant toutes les forces y compris les alliés d’hier, qui sont les salafistes ? La question qui s’impose en ce moment est de savoir pourquoi la révolution s’est déclenchée puisque les choses sont revenues au point de départ.

N’oublions pas de mentionner une partie absente de l’équation, du moins actuellement, à savoir l’institution militaire qui insiste sur le fait de nier son intervention dans la vie politique sauf si les circonstances l’exigent. Si cette dernière se trouve obligée d’intervenir, il va sans dire que de nouveaux calculs seront à faire du côté de toutes les forces politiques.

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