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La démocratie participative

Mardi, 26 février 2013

Il s’avère extrêmement difficile de comprendre en profondeur la scène politique actuelle avec tous ses phénomènes entremêlés de confusion entre révolution et chaos.

En effet, cette scène reflète des complications importantes où s’imbriquent croyances (libérales et islamiques), politique (coopération et non domination), sécurité (désordre sécuritaire) et économie (détérioration du niveau de vie de millions d’Egyptiens).

Les circonstances créées par la phase transitoire avec ses problèmes et ses embûches ont abouti à la victoire des Frères musulmans et des salafistes dans une course électorale caractérisée par de nombreux aspects négatifs. Par conséquent, le refus absolu de leur pouvoir a émergé d’un principe non déclaré qui est le refus de l’accaparement du pouvoir par une fraction politique. C’est-à-dire qu’il existe une volonté profonde d’instaurer dans le pays une coalition à laquelle participent toutes les factions et tous les partis politiques, en particulier les coalitions révolutionnaires qui ressentent que la révolution a été usurpée. Mais comment est-il possible d’instaurer une coalition, alors que les outils constitutionnels disponibles ne sortent pas du cadre des élections traditionnelles ? Comme par exemple la règle démocratique, selon laquelle le candidat qui obtient un taux de 50+1 a le droit de gouverner individuellement. Il y a ici une grande problématique à laquelle aucune faction politique n’a pensé de façon directe pour aboutir, en ayant recours à la méthode de la comparaison avec d’autres Etats, à des solutions efficaces.

Les événements relatifs au référendum constitutionnel et aux élections parlementaires et présidentielles qui ont eu lieu en Egypte ces deux dernières années, prouvent l’incapacité des méthodes de la démocratique représentative d’exprimer réellement la volonté populaire. Effectivement, ces méthodes dépendent d’indices quantitatifs trompeurs qui ne s’élèvent pas au niveau des indices qualificatifs expressifs. Le projet de Constitution, que les Frères musulmans et les salafistes se sont empressés d’achever et d’imposer par référendum, prouve la faiblesse des outils démocratiques traditionnels, puisque le projet n’a pas été exposé à un débat public suffisant. Ce qui constitue en soi une procédure antidémocratique !

Ce jugement peut être choquant pour beaucoup, mais il faut observer la réalité sociale égyptienne alors que le taux d’analphabétisme atteint 40 %. Peut-on faire confiance à ceux qui ont dit oui (environ 60 % des électeurs) à cette Constitution alors qu’ils ne l’ont même pas lue ? Et pour ce qui est de l’élection présidentielle, le président Morsi n’a obtenu qu’un peu plus de 50 % des voix, alors que les autres 50 % ont été remportées par son concurrent, Ahmad Chafiq. Mais selon les règles traditionnelles de la démocratie, Morsi a été considéré gagnant avec une différence de quelques milliers de voix. Ce qui signifie qu’objectivement, ces taux ne représentent pas la majorité du peuple égyptien. C’est ainsi qu’on peut assurer que ce qui n’est pas dévoilé dans le conflit politique actuel est la tendance de la majorité du peuple égyptien au refus de l’accaparement du pouvoir par une seule faction, quelle que soit son appartenance. Cependant, il n’y a pas encore de réflexion méthodique concernant les moules constitutionnels convenables pour placer cette tendance dans un cadre institutionnel lui permettant de persévérer sans conflits politiques profonds entre les différentes parties.

La seconde idée dans l’analyse du discours du conflit politique actuel, et à laquelle n’ont pas pensé toutes les parties du conflit, est le refus absolu de la formule de la démocratie représentative traditionnelle avec tous ses défauts. Il est donc question d’adopter une nouvelle formule, plus capable de représenter la volonté populaire. Et à force d’être occupés par la concurrence pour les sièges et les avantages du pouvoir et à cause de l’incapacité de l’élite politique à se renouveler, personne ne s’est rendu compte qu’il y a une forme démocratique émergente qui tente avec beaucoup de difficulté de se faire creuser un chemin pour remplacer la démocratie traditionnelle. Cette nouvelle démocratie est appelée « la démocratie participative ».

Il faut reconnaître que les expériences de cette démocratie naissante sont encore à leurs débuts dans de nombreux Etats. Cependant, une tentative de créer un exemple égyptien est absolument nécessaire parce qu’elle constitue l’unique moyen d’exprimer réellement les ambitions des jeunes de la révolution du 25 janvier, alors que nombreux jeunes ont consacré leur vie à cette révolution. Quelles sont ces ambitions ? Les jeunes veulent tout simplement participer au pouvoir et à la détermination du destin de leur pays, car ils représentent en Egypte plus de 60 % des habitants.

Mais est-ce possible alors que la démocratie traditionnelle ne leur permet pas d’accéder aux sièges parlementaires ? En observant les résultats des dernières élections du Conseil consultatif où 10 % seulement des électeurs ont voté, on constate que ces élections sont en réalité une sorte de référendum populaire. Celui-ci affiche le refus de ce conseil, car la foule n’est pas convaincue de son rôle bien que malheureusement, la Constitution lui ait octroyé la mission de la législation alors que ses membres ne sont pas qualifiés pour cette mission difficile.

A mon avis, il fallait annuler le Conseil consultatif et former ce qu’on a appelé le haut conseil de la planification stratégique, avec la nomination et non le vote de ses membres. Ceux-ci doivent représenter les savants et les experts de l’Egypte dans tous les domaines en plus d’une bonne représentation des coalitions révolutionnaires, des institutions de la société civile, des syndicats professionnels et ouvriers, des unions des écrivains et des intellectuels. Le rôle de ces derniers devrait être de fixer une vision stratégique pour l’Egypte. C’est-à-dire les politiques de l’Egypte pour les 20 prochaines années. Cette proposition modeste n’est qu’un pas sur la voie de la transition vers la démocratie participative.

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