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Le héros de la tragédie

Mardi, 26 février 2013

J’ai dit à l’éminent présentateur de télévision, Chérif Mounir Amer, que son entretien avec Morsi reflétait sincérité, franchise et bonne intention. Mais que malheureusement ses actes vont totalement à l’encontre de cette impression. Les actes de Morsi ne reflètent que l’agenda des Frères musulmans visant à s’accaparer du pouvoir. Un agenda auquel le président ne peut pas s’opposer et qu’il ne peut même pas remanier, si on suppose qu’au départ il a la volonté d’agir.

J’ai dit à mon interlocuteur de la chaîne Al-Hayat : Si Morsi avait choisi de devenir le président de tous les Egyptiens, et s’il avait affiché cette volonté, on se serait tous rangés de son côté. Mais malheureusement, le temps passe et les problèmes demeurent sans solution. Le plan de la confrérie va dans le sens d’un monopole du pouvoir. J’ai dit à mon interlocuteur que je voyais en Mohamad Morsi le héros de l’ancienne tragédie grecque, OEdipe et Agamemnon. Ils étaient tous des héros incontournables mais leurs destins les ont entraînés vers un sort tragique, car ils faisaient face à une force beaucoup plus grande qu’eux.

La différence fondamentale entre notre héros et celui de la tragédie grecque est la résistance. Le héros grec a résisté à ces forces et a usé de tout son poids pour faire face au destin et arriver à ce qu’il estime correct. S’il s’était résigné dès le premier moment à son sort, il ne serait pas devenu héros et la tragédie n’aurait pas existé. Mais les autres forces ont toujours été plus puissantes que lui et l’ont, malgré tout, entraîné vers son destin.

Dans la tragédie grecque, le héros est toujours un roi, comme OEdipe, raison pour laquelle sa chute est spectaculaire. Mais on peut se poser la question : est-il responsable de cette chute ? Ou bien sont-ce les forces qui sont plus puissantes que lui qui l’ont entraîné vers ce destin ? Ces forces ont amené OEdipe à se crever les yeux, lorsqu’il a découvert le péché qu’il avait commis en épousant sa mère sans le savoir.

Le prestige que revêt la tragédie d’OEdipe revient au contraste flagrant entre la scène d’ouverture où le héros, combattant exceptionnel, rafle les succès militaires contre ses ennemis, et la scène de clôture où il découvre qu’il avait commis le péché majeur sans en être conscient.

Le jeune interlocuteur m’a demandé si le président Morsi avait une chance de se libérer des forces qui le dominaient. J’ai répondu en affirmant que nous nous attendions à cela dès le premier mois de son investiture, ensuite, au deuxième, lorsqu’il a mis à la retraite les dirigeants de l’armée, ensuite au troisième, au quatrième et ainsi de suite. Nous voilà au huitième mois de son investiture et, selon toute vraisemblance, il s’engage vers le destin qui lui a été tracé par des forces plus puissantes que lui et contre lesquelles il ne peut rien.

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