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Le nouveau monde de Trump

Dimanche, 21 août 2016

Avec l’approche de la date des élections présidentielles aux Etats-Unis, l’écart entre la candidate démocratique Hillary Clinton et le candidat républicain Donald Trump se rétrécit de plus en plus. Selon le dernier sondage effectué à la fin de juillet dernier, l’écart entre les deux candidats a baissé à 3 points au profit de Clinton alors qu’il y a 4 mois, cet écart était de 10 points. Et il ne faut pas éloigner l’éventualité d’une nouvelle évolution au profit de Trump, qui peut remporter les élections. Dans le monde de la politique, cette éventualité n’est pas du badinage mais du sérieux. Ceci nous pousse alors à poser une question importante : Comment sera le monde pendant le mandat présidentiel de Trump ? Car effectivement, il s’avère sage de se préparer pour un nouveau monde avec Trump comme président des Etats-Unis.

En parlant du nouveau monde, il n’est pas uniquement question du rôle des Etats-Unis, mais aussi de la situation dans de nombreux pays qui influencent la politique mondiale. Il semble que les déclarations faites par le président français, François Hollande, le 4 du mois courant, reflètent l’angoisse qui règne dans certains pays européens à cause de l’influence probable de la victoire de Trump sur l’expansion de la droite en France. Par conséquent, si la droite connaît un essor important, plus d’un président européen donnera la priorité à l’isolement de son pays, et les portes du pays seront fermées devant les immigrés africains et asiatiques venant de pays où manque la stabilité ou qui connaissent la propagation de groupes terroristes. Effectivement, la victoire de Trump mènera à une évolution dans ce qu’on peut appeler l’hésitation américaine de se mêler des causes mondiales en relation avec la sécurité du monde entier. Et au cas où l’intervention américaine serait vraiment nécessaire, il y aurait en contrepartie un prix à payer avant même l’intervention directe. C’est-à-dire que les pays qui profitent d’une protection américaine comme la Corée du Sud et les Etats du Conseil de coopération du Golfe, devront, selon les convictions de Trump, payer des sommes exorbitantes pour garantir la continuité de cette protection.

Ceci signifie qu’il est question d’un genre de privatisation de la sécurité mondiale que le monde n’a jamais connue auparavant. Il est vrai que tous les Etats octroient aux Etats-Unis un prix en contrepartie de cette protection, sous forme de subventions indirectes fournies à l’économie et au budget américains, en particulier en ce qui concerne les industries militaires. En plus, aucun de ces Etats ne prend individuellement des décisions concernant le pétrole ou le commerce mondial sans se référer à Washington. Or, la formule proposée par Trump ressemble plutôt à un contrat de vente. Ce qui signifie que la sécurité du monde, ou au moins de certaines régions critiques, dépendra de la capacité de payer directement de grandes sommes.

Avec Trump, il ne sera donc plus question de décisions concernant la politique étrangère, mais plutôt d’un nouveau concept de la sécurité collective et mondiale qui aura une grande influence sur le rôle des Nations-Unies. Ce concept ressemble beaucoup à ce qui se passait pendant l’ère des anciens empires, alors que les petites entités devaient faire des dons ou payer des tributs annuels à l’empereur pour éviter son invasion ou pour qu’il les protège contre toute attaque d’ennemis probables.

Cependant, la victoire probable de Trump, et par conséquent, la montée du courant populiste de droite aux Etats-Unis, peut causer l’apparition d’une réaction contraire refusant toute tendance d’isolement envers des communautés ou des religions déterminées. Ou refusant aussi des tendances de supériorité portant atteinte à la sécurité du monde entier. Au cas où cette réaction contraire aurait lieu au niveau européen puis mondial, il est tout à fait naturel que le rôle mondial américain se trouve dans une position de retrait et d’autodéfense, surtout si le mouvement de résistance se propage dans des institutions internationales. Cette hypothèse est valable à moyen et long terme. Mais à court terme, il se peut qu’une large confusion règne dans les grandes capitales en ce qui concerne les réactions à adopter face à cette situation. Et aussi comment avoir à faire à un président de la plus grande superpuissance qui regarde les Etats alliés avec dédain, et regarde les autres pays avec racisme. Et ce, à part le président russe, Poutine, qu’il considère comme étant un président fort avec lequel il peut coopérer pour créer une nouvelle histoire autant pour le monde que pour la direction américaine. Cette vision des choses profite à la Russie et à son président, en limitant la capacité de l’Otan de menacer la Russie. En plus, Trump assure que Assad est moins dangereux que l’EI (Daech), une opinion qui ressemble beaucoup à celle de Moscou.

En cas de victoire de Trump, il est probable que la crise syrienne connaisse des mutations stratégiques. En plus de changements radicaux de position envers de nombreux Etats arabes et africains, basés sur le renoncement à l’instauration de la démocratie. Une tendance à laquelle Hillary Clinton tient énormément.

C’est ainsi que la nature du rôle américain dans une large superficie de la Terre connaîtra un changement important à tel point que de nombreuses sociétés pourront tenter de construire elles-mêmes leurs structures démocratiques selon leurs propres besoins et capacités, et non selon les pressions américaines.

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