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Le spectre de l’autocratie

Jeudi, 28 juillet 2016

La répression se poursuit en Turquie moins de deux semaines après la tentative avortée de coup d’Etat du 15 juillet. L’état d’urgence a été instauré le 21 juillet pour la première fois depuis quinze ans dans le pays et devrait durer entre 45 jours et 3 mois. Il permet au président turc, Recep Tayyip Erdogan, de gouverner sans être tenu par la Constitution, d’interdire les rassemblements publics et de procéder à des perquisitions. En vertu de cet état d’urgence, les autorités turques ont prolongé de 4 à 30 jours la durée maximale de garde à vue. En tout, 60 000 personnes ont été arrêtées, suspendues ou démises de leurs fonctions depuis les événements de la nuit du 15 au 16 juillet. Parmi elles, des enseignants, des juges et des militaires. De nombreux établissements scolaires, des universités, des associations et des syndicats ont également été fermés. Et le premier ministre, Binali Yildirim, a annoncé la dissolution de la garde présidentielle qui, selon lui, « n’a pas de raison d’être ».

La Turquie a annoncé en outre qu’elle dérogerait à la Convention Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) en raison de l’instauration de l’état d’urgence, affirmant suivre l’exemple de la France qui avait fait de même après les attentats de novembre 2015. Pourtant, il n’y a jamais eu d’arrestations de masse en France ou de suspension de la Constitution. La question à présent est de savoir où va la Turquie. L’hypothèse selon laquelle Erdogan profiterait du coup manqué pour renforcer son pouvoir et approfondir ses politiques répressives semble déjà se confirmer. Le chef de l’Etat turc s’est longtemps présenté comme le défenseur de la démocratie et des droits de l’homme. Mais aujourd’hui, il montre qu’il est disposé à sacrifier l’Etat de droit si son intérêt l’exige. Pour lui, l’opposition politique légitime est une menace existentielle et la démocratie est un pouvoir illimité aux mains de la majorité. Dans de telles conditions, le principe de séparation des pouvoirs disparaît et donne lieu à des abus. Et le spectre de l’autocratie s’installe. Erdogan n’a pas caché son intention de rétablir la peine de mort dans son pays et a fait fi des appels de la communauté internationale en faveur du respect de l’Etat de droit. « Ce que les responsables européens disent ne m’intéresse pas et je ne les écoute pas », a dit le président turc dans une interview à la chaîne française France 24 en répondant aux critiques du gouvernement italien qui reprochait à Ankara de « mettre en prison l’avenir du pays ». La tentative de coup d’Etat du 15 juillet a souligné la profonde crise politique de l’actuel régime turc.

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