Jeudi, 22 février 2024
Opinion > Opinion >

L'ignorance des barbes et des djellabas

Lundi, 18 février 2013

Dans la même semaine, la tête de la statue de Taha Hussein érigée dans un gouvernorat du pays a été coupée, et le visage de la statue d’Oum Kalsoum dans un autre gouvernorat a été complètement défiguré. Dans les deux cas, il s’agit d’une agression contre l’identité égyptienne incarnée dans deux de ses plus célèbres symboles. Une agression venant de ceux qui représentent l’arriération, l’ignorance et qui se tiennent à l’affût de notre patrimoine national ancien.

Le doyen de la littérature arabe, Taha Hussein, a été un Azharite qui a promu la littérature arabe non seulement dans les pays arabes mais aussi de par le monde. L’Histoire nous dit qu’il était célèbre en Occident, notamment en France où il a fait ses études et où il a noué des amitiés avec nombre de ses hommes de lettres. A tel point que le grand poète français Jean Cocteau, en effectuant sa célèbre visite pendant les années 1940 en Egypte, est allé le voir chez lui. Je me rappelle bien que le premier commentaire de notre grand homme de lettres, feu Naguib Mahfouz, au moment où on lui remettait le prix Nobel de littérature a été : « Ce sont plutôt mes professeurs qui sont dignes de ce prix ». Il faisait allusion, comme il me l’avait confié, à 4 grands noms de la littérature arabe, à savoir Taha Hussein, Al-Aqqad, Tewfiq Al-Hakim et Al-Mazeni.

Quant à Oum Kalsoum, elle est devenue un symbole éminent de l’art égyptien dans ses expressions les plus éloquentes. C’est également l’histoire d’une lutte féministe et une affirmation du statut de la femme et de son ascension, de ses débuts les plus modestes au zénith du succès. Elle était l’exemple du lien étroit entre l’artiste et les causes de sa nation, en temps de paix comme au moment de guerre. Nul besoin de rappeler dans ce contexte le tour du monde qu’elle a effectué de Tunisie, à Khartoum en passant par Paris et Moscou, pour collecter par sa voix des fonds par millions pour aider son pays à dépasser les séquelles de l’agression abjecte de 1967.

Taha Hussein comme Oum Kalsoum ont levé haut le nom de l’Egypte dans le monde entier. Ils ont également rendu de grands services incontournables à l’islam. Taha Hussein grâce à ses écrits qui s’avèrent être des références infaillibles sur « La vraie promesse », «grande sédition », « Le miroir de l’islam » et « En marge de la sira » (la biographie du prophète). Oum Kalsoum, grâce à ses chansons éternelles, comme Woleda al-hoda d’Ahmad Chawqi (la naissance du prophète), Au mont Arafat (destination des pèlerins à La Mecque) la trilogie sacrée, Rabeä Al-Adawiya et autres. Dans son enfance, elle a été une cantatrice de Coran hors pair par sa voix qui a charmé les coeurs. Elle a appris les chants à l’école coranique et a parcouru les différents gouvernorats pour le réciter.

Quel apport ont fait alors à l’islam ces ignorants qui ont attaqué ces deux statues ? N’ont-ils pas porté ainsi atteinte à l’islam ? Taha Hussein et Oum Kalsoum ont de tout temps été des symboles de l’identité culturelle et nationale égyptienne. Si ces derniers sont sapés, il ne nous restera plus que l’ignorance des barbes et des djellabas.

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique