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Erdogan retiendra-t-il la leçon ?

Dimanche, 17 juillet 2016

La tentative de coup d’Etat manquée contre le président turc, Recep Tayyip Erdogan, est révélatrice à bien des égards. Elle fait suite à une vague de dérives autoritaires par le président turc au cours desquelles des journa­listes, des juges et des militaires ont été emprisonnés, accusés par le pou­voir turc de « comploter contre le régime ». Mais elle montre surtout que le chef d’Etat turc n’avait pas totale­ment le contrôle de l’armée en dépit de ses nombreuses tentatives pour la « dompter ». Arrivé au pouvoir en 2003 sur les ruines d’une grave crise financière, M. Erdogan était décrit par ses partisans comme étant « l’homme des miracles économiques et des réformes ». Mais depuis trois ans, il était aussi devenu la figure la plus critiquée de Turquie.

Depuis 2003, Erdogan était engagé dans un véritable bras de fer avec les militaires laïques qu’il cherchait à museler et à neutraliser. Beaucoup de ces militaires de la vieille garde ont été démis de leurs fonctions ou emprison­nés. La tentative de coup d’Etat du 15 juillet reflète sans doute l’inquiétude d’une frange de l’armée face aux ten­dances autoritaires grandissantes d’Er­dogan. Celui-ci avait annulé en 2005 les pouvoirs politiques du Conseil national de sécurité, alors commandé par les militaires. Il avait ensuite tout fait pour que des islamistes pro-AKP, parti au pouvoir en Turquie, puissent intégrer l’armée. Face à ces agisse­ments, les laïcs de l’armée se sont donc sentis acculés. De plus, ces der­niers voyaient d’un mauvais oeil les politiques extravagantes du président turc, notamment en Syrie où il a fait preuve d’une grande indulgence envers Daech, laissant des centaines, voire des milliers de djihadistes s’infil­trer en Syrie à travers les frontières turques. La brouille avec Israël et avec la Russie n’était pas non plus du goût des militaires de l’ancienne garde.

Le risque à présent est que le chef d’Etat turc essaie de profiter de la situation actuelle pour « assouvir sa soif du pouvoir » et commettre des abus. Environ 6 000 personnes sont déjà en garde à vue en Turquie après la tentative avortée de coup d’Etat, selon les déclarations du ministre turc de la Justice, Bekir Bozdag. « Le grand ménage continue. Le nombre de per­sonnes arrêtées va dépasser les 6 000 », a déclaré M. Bozdag. Des dizaines de généraux, de juges et de procureurs ont été arrêtés dans toute la Turquie pour leur implication présumée dans le putsch manqué. Les personnes arrêtées sont soupçonnées de liens avec le prédicateur exilé aux Etats-Unis, Fethullah Gülen, accusé par Erdogan d’avoir fomenté cette tenta­tive de putsch.

L’agence de presse turque Andalou parle déjà d’une « purge illimitée ». Celle-ci suscite d’ailleurs des inquié­tudes sur la scène internationale. Le président américain, Barack Obama, a rappelé à la Turquie « le besoin vital » que toutes les parties concernées « agissent dans le cadre de l’Etat de droit ». Même chose pour la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, qui a appelé la Turquie à « renforcer la cohésion sociale et le dialo­gue politique ». Erdogan retiendra-t-il la leçon et mettra-t-il un terme à ses dérives autoritaires ? .

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