Samedi, 13 juillet 2024
Opinion > Opinion >

Israël et l’Afrique

Mardi, 12 juillet 2016

Pour la première fois depuis 29 ans, un pre­mier ministre israélien se rend en Afrique. Benyamin Netanyahu vient d’effectuer, du 4 au 8 juillet, sa première tournée dans quatre Etats de l’Afrique de l’Est : l’Ouganda, le Kenya, le Rwanda et l’Ethiopie. Il a également rencontré à Kampala, la capitale ougandaise, trois autres chefs d’Etat africains, ceux de Tanzanie, du Soudan du Sud et de Zambie. Avant lui, l’actuel ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman, avait effectué deux tournées afri­caines lorsqu’il était ministre des Affaires étran­gères dans le gouvernement de Netanyahu. La première en septembre 2009 où il s’est rendu en Ethiopie, au Kenya et au Nigeria. La seconde s’est déroulée en juin 2014, où il a visité cinq pays : l’Ethiopie, le Kenya, le Rwanda, la Côte d’Ivoire et le Ghana.

La tournée de Netanyahu avait deux objectifs majeurs : Obtenir le statut d’observateur au sein de l’Union Africaine (UA) et gagner un soutien diplomatique afin de limiter les condamnations régulières d’Israël, liées à la question palesti­nienne, aux Nations-Unies et dans les forums internationaux. Pour y parvenir, la formule propo­sée par Netanyahu aux Etats africains est simple : Israël apportera aux gouvernements concernés de multiples formes d’assistance et d’aide dont ils ont besoin. En contrepartie, ces derniers promet­tent de soutenir Israël dans les organisations internationales et d’appuyer sa quête d’accéder au statut d’observateur à l’UA, comme c’est le cas de la Palestine. Pour le moment, seuls Addis-Abeba et Nairobi ont annoncé publiquement, lors de la visite de Netanyahu, leur soutien à un statut d’observateur pour Israël. Celui-ci avait bénéficié de ce statut au sein de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), le prédécesseur de l’UA. Mais il l’avait perdu au moment de la création de cette dernière en juillet 2002, sous la pression de l’ex-dirigeant libyen, Muammar Kadhafi, qui était le principal financier de l’organisation naissante.

Etre observateur permet à Israël de participer à des réunions de l’UA et de rencontrer régulière­ment ses membres, dans le but évident de contrer les positions défendues par l’Autorité palesti­nienne au sein d’une organisation régionale forte de 54 Etats. Ceux-ci forment plus que le quart des membres de l’Onu. Un poids politique non négli­geable lorsqu’il s’agit notamment de voter une résolution liée au conflit palestino-israélien ou aux autres contentieux arabo-israéliens. En décembre 2014, l’abstention du Nigeria et du Rwanda a contribué à mettre en échec une résolu­tion du Conseil de sécurité de l’Onu appelant Israël à se retirer des territoires palestiniens dans un délai de trois ans et à conclure un accord de paix avec les Palestiniens dans un an. En sep­tembre dernier, le vote de pays africains a contri­bué à l’échec de l’adoption d’une résolution par l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) appelant Israël à ouvrir ses installations nucléaires aux inspections de l’AIEA. Quatre Etats africains (Kenya, Rwanda, Burundi et Togo) ont voté contre, 17 se sont abstenus et 8 étaient absents. Seuls sept Etats d’Afrique subsaharienne ont soutenu la résolution.

En contrepartie de leur soutien diplomatique attendu, le chef du gouvernement israélien a pro­posé aux pays africains plusieurs types d’assis­tance, notamment dans le domaine de la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme religieux, qui menace trois des quatre pays visités : l’Ethiopie, le Kenya et, dans une moindre mesure, l’Ouganda. Les deux premiers pays sont voisins de la Somalie, en proie à une guerre civile depuis 1991 et où sévit le groupe islamiste extrémiste des Shebab. Outre son aide dans la formation sécuritaire et le contrôle des frontières, Israël propose son expertise dans les domaines aussi variés que l’agriculture, la gestion de ressources en eau, l’énergie solaire et hydrau­lique, la science et la technologie, la santé et l’in­frastructure …

Le choix des Etats visités par Netanyahu s’est fait en fonction de leur importance et de leurs rap­ports étroits avec Israël. L’Ethiopie a toujours été au centre des intérêts de Tel-Aviv en raison de son importance stratégique et de son poids politique en Afrique, où elle accueille le siège de l’organisation panafricaine depuis sa création en 1963. Sa prise de position est importante dans la possible réad­mission d’Israël en tant qu’observateur. L’Ethiopie a été également élue comme membre non perma­nent, pour deux ans, au Conseil de sécurité de l’Onu, à partir de 2017. Elle rejoindra les deux autres pays africains qui siègent actuellement à l’exécutif onusien : l’Egypte et le Sénégal. Israël avait soutenu Addis-Abeba dans cette élection et le premier ministre éthiopien, Hailemariam Desalegn, a promis en retour de soutenir Tel-Aviv dans les forums internationaux.

Les deux pays entretiennent d’anciens rapports qui datent des années 1960. Une importante com­munauté juive éthiopienne de 130 000 personnes vit actuellement en Israël. Bien que celui-ci ne participe pas directement à la construction du bar­rage de la Renaissance sur le Nil bleu en Ethiopie, il a conclu des accords pour le transfert de l’élec­tricité qui sera produite vers l’intérieur du pays. Ce barrage, appelé à devenir le plus grand d’Afrique, est un sujet de litige avec l’Egypte, qui craint ses conséquences négatives sur sa quote-part des eaux du Nil.

Le Kenya est l’un des plus grands marchés en Afrique. Netanyahu y a tenu, comme à Addis-Abeba, un forum économique avec la participation des responsables d’une cinquantaine de firmes israéliennes. Nairobi entretient depuis plusieurs années des rapports étroits avec Tel-Aviv au niveau sécuritaire. Israël apportera ainsi son aide à la construction d’un mur de plus de 700 km le long de la frontière kényane avec la Somalie, à l’instar du mur de séparation construit par Israël avec la Cisjordanie. Le but étant d’empêcher l’infiltration de groupes extrémistes en provenance de la Somalie, notamment les Shebab.

Outre la coopération économique et l’aide dans les domaines de l’agriculture, la gestion de l’eau, l’énergie et l’infrastructure apportée à l’Ouganda et au Rwanda, ces deux pays représentent un inté­rêt particulier pour Israël, qui veut se débarrasser des quelque 40 000 Africains demandeurs d’asile politique, qui se trouvent sur son territoire. Plus de 90 % de ces réfugiés sont originaires de l’Erythrée et du Soudan. Selon les médias israéliens, Tel-Aviv a conclu un accord avec Kampala et Kigali pour accueillir ces indésirables réfugiés. 3 000 d’entre eux auraient quitté au cours des deux dernières années vers l’Ouganda et le Rwanda. En contrepar­tie, Israël apporte aux deux pays des équipements et une formation militaires.

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique