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Edito: Timide rapprochement

Lundi, 11 février 2013

Une reprise des relations diplomatiques entre l’Egypte et l’Iran, rompues depuis 1979, est-elle envisageable ? La question a resurgi après la visite, au Caire, la semaine dernière du président iranien, Mahmoud Ahmadinejad. Le chef d’Etat iranien, venu en Egypte pour assister au 12e sommet de l’Organisation de la coopération islamique, a été accueilli à l’aéroport par son homologue égyptien, Mohamad Morsi. Les deux hommes se sont brièvement entretenus des « moyens de régler la crise syrienne pour mettre fin à l’effusion de sang » et du renforcement des relations bilatérales. Ahmadinejad s’est rendu ensuite au siège d’Al-Azhar, où il a notamment rencontré le chef de l’institution religieuse, cheikh Ahmad Al-Tayeb. Il a manifesté son espoir que sa visite ouvrirait la voie à une reprise des relations bilatérales. « Je vais essayer d’ouvrir la voie au développement de la coopération entre l’Iran et l’Egypte », a déclaré Ahmadinejad. Et d’ajouter : « Ce déplacement va sans conteste influencer les liens bilatéraux. Si Téhéran et Le Caire se voient plus souvent seul à seul sur les questions régionales et internationales, beaucoup d’équations vont changer ».

Cette visite d’Ahmadinejad est la première d’un chef d’Etat iranien en Egypte depuis 34 ans. Elle fait suite à celle du président Mohamad Morsi en Iran le 30 août dernier pour assister au sommet des pays non alignés. Depuis la chute de Moubarak et l’avènement d’un régime islamiste en Egypte, Le Caire et Téhéran, dont les relations avaient été rompues après les accords de Camp David, manifestent des signes de rapprochement. Tout porte à croire cependant que ce rapprochement restera limité. Et l’éventualité d’une reprise des relations entre les deux pays reste lointaine, et ce, pour plusieurs raisons. Il y a d’abord le fossé idéologique. L’Iran est un régime chiite, dont les orientations et les intérêts sont totalement différents du régime égyptien, sunnite. Et les tentatives de Téhéran d’étendre son influence dans la région sont mal perçues en Egypte. Les propos d’Ahmadinejad affirmant que « les Egyptiens sont dans le coeur du peuple iranien » n’ont pas eu d’écho en Egypte. Le cheikh d’Al-Azhar a même demandé au président iranien de donner aux sunnites d’Iran leurs pleins droits en tant que citoyens, conformément à la charia et à toutes les lois et les conventions internationales. « Nous refusons totalement une infiltration chiite », a déclaré Ahmad Al-Tayeb, qui a demandé à Ahmadinejad de « respecter Bahreïn, un Etat arabe frère, et de ne pas s’immiscer dans les affaires des pays du Golfe ».

Outre ce fossé idéologique, l’Egypte et l’Iran ont des positions et des intérêts incompatibles. Le Caire et Téhéran ne sont pas d’accord sur la crise syrienne. Tandis que l’Egypte réclame le départ du régime Al-Assad, l’Iran continue à le soutenir craignant de perdre son allié stratégique en cas d’avènement d’un autre régime. En effet, la Syrie est un élément capital dans la politique régionale de l’Iran, lui assurant notamment un contact permanent avec le Hezbollah libanais.

D’autres considérations encore entravent un retour des relations entre l’Egypte et l’Iran. Le Caire ne veut pas compromettre ses relations avec les Etats-Unis, dont ils restent un allié stratégique. Or, une reprise des relations avec Téhéran risque de mécontenter Washington. Enfin, un retour des relations avec l’Iran risque de mécontenter les pays du Golfe avec qui l’Egypte possède des intérêts importants. Plusieurs millions d’Egyptiens travaillent en effet dans le Golfe, qui constitue un véritable poumon pour l’économie égyptienne. Toutes ces considérations font que, malgré les visites réciproques des chefs d’Etat, un retour des relations diplomatiques entre l’Egypte et Téhéran semble exclu dans l’immédiat.

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