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Ils ruinent une patrie

Lundi, 11 février 2013

Il est difficile de vivre l’instant où l’écriture se transforme en un fardeau et où les échanges deviennent un dialogue de sourds. En cet instant même, il existe une tendance générale à l’acquittement des responsabilités. Comme si les événements qui se jouaient étaient perpétrés par des extraterrestres, décrits par notre défunt écrivain Anis Mansour comme « tombés des cieux ».

Cet instant devient un cauchemar lorsqu’il se heurte au vécu avec toute son atrocité et tous ses déséquilibres, voire même toute sa méchanceté. Surtout lorsque ce cauchemar vient pour nous rappeler un autre rêve qui a caressé nos esprits, celui de voir notre pays — et il le mérite — rangé aux côtés des nations développées. Dans cette crise, les Egyptiens, qui étaient tous réunis sous l’étendard du soulèvement de janvier avec tous ses événements, ont été vite divisés à cause des contradictions. Ceux qui se sont accaparés du pouvoir ont cru que l’Etat révolutionnaire avait pris fin alors que sur l’autre rive, ils le pensent profondément vivace.

Les suspicions qui existent entre les deux camps ne font qu’amplifier la crise. Les leaders se livrent à une lutte sans merci, le peuple croule sous le poids d’une souffrance quotidienne. Personne ne s’aperçoit que la terre tremble sous nos pieds. L’économie se dégrade, les valeurs se désintègrent, les constantes sociales se démantèlent et les institutions s’effacent. Le brouillard présage le pire. Le choc est que le pouvoir comme l’opposition n’ont pas de vision claire et que nous maintenons le statu quo. Tout le monde est en train de se répartir le butin d’un vécu explosif. Tout le monde pousse les choses vers la voie d’un conflit sanglant soutenu par les chiffres terribles du chômage, la récession et les déséquilibres nerveux.

Qui est responsable de l’humiliation infligée à la magistrature et à sa réputation en l’insérant dans le cercle politique ? Qui a satanisé les appareils de sécurité contre les leurs ? Qui a incité la rue à se soulever afin de contrer une attaque illusoire contre le religieux ? Qui adopte une politique ambivalente lorsqu’il est question de sanctions et de délits judiciaires ? Qui a reproduit des mécanismes et des visions des époques révolues pour faire face à ses opposants ? Qui met le feu à la sécurité institutionnelle en sécrétant des milices qui s’entretuent dans une nation indivisible ?

Il ne leur a pas suffi le sang des jeunes qui a coulé abondamment sur le sol du pays. Ces jeunes qui s’attendaient impatiemment à ce que le brouillard se dissipe pour que la prospérité, la sécurité et la paix s’installent, pour que l’entente nationale voie le jour et que tout le monde se rejoigne en une seule entité.

Les incidents sont graves, multipliés et successifs et ne nous donnent pas l’occasion de reprendre notre souffle. La conjoncture que nous vivons aujourd’hui nous rappelle le fameux film signé, par le pionnier du réalisme, le réalisateur Salah Abou-Seif, La 2e épouse. Le film est porteur de plusieurs messages. Il met à nu la méthode de traitement du citoyen simple et comment le pouvoir est instrumentalisé ainsi que le texte sacré, pour faire pression et pour servir des intérêts personnels. C’est cette même mentalité policière qui continue à gérer nos affaires. Les tenants de cette méthode ne sont certainement pas conscients que le temps est révolu, que la technologie a envahi notre vécu.

La reconnaissance des droits va au-delà du régionalisme pour embrasser une mondialisation galopante. Le paradoxe est que ce qui a marqué le plus la journée du 25 janvier, avant qu’elle ne devienne la date du soulèvement populaire, est la modernisation technique, scientifique et professionnelle du système sécuritaire, dont nous avons beaucoup parlé. Alors que sur le terrain, c’est le contraire. Les méthodes utilisées par ces appareils nous montrent qu’il reste archaïque et loin de toute modernisation. Nous sommes face à un système qui exige une restructuration devant être libérée de l’étau du pouvoir pour devenir professionnel.

Nous ne pouvons guère parler d’indépendance de la magistrature sans supposer une indépendance et une neutralité du système sécuritaire, en l’immunisant de toute interférence dans la vie politique. La cause du pays est bien plus dangereuse et va au-delà de cette partition traditionnelle : gouvernement, opposition, courant islamiste, courants civils, libéraux et laïcs, coptes et musulmans et ainsi de suite. Nous devons être conscients qu’ils sont en train de ruiner avec froideur une patrie. Ils doivent bien comprendre que si la patrie connaît une chute, l’Histoire ne les pardonnera jamais. Leurs justifications et leurs prétextes n’apporteront rien.

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