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Où vont les forces politiques ?

Lundi, 11 février 2013

En contemplant les ruines des forces politiques égyptiennes éparpillées ici et là, nous ne pouvons que ressentir de la peine. Ces forces se sont épuisées les unes contre les autres dans des querelles et des conflits sans fin, au point qu’il devient difficile de trouver une seule faction encore forte et cohérente. Cet état de faiblesse et d’incohérence représente un grave danger pour l’avenir du pays.

Les forces politiques égyptiennes sont divisées en quatre principales factions, les Frères musulmans, les salafistes et le bloc des partis religieux, les forces libérales et laïques et les jeunes révolutionnaires. A côté de ces forces se dresse l’institution militaire, loin de la scène des conflits bien qu’elle demeure un élément décisif à certains moments. Au cours des deux dernières années, les événements politiques ont fait échouer ces forces politiques, à l’exception de l’armée qui s’est retirée au bon moment bien qu’elle ait été fortement touchée par les conflits.

La faction la plus forte sur la scène politique est vraisemblablement celle des Frères musulmans et les groupes religieux. Ils furent la grande surprise de l’après-révolution, car ils étaient les plus présents sur le terrain et les mieux organisés. Ils se sont emparés de tous les postes et ont réussi à mettre la main sur le Parlement, la présidence, la Constitution et le Conseil consultatif. Ils ont même réussi à faire sortir l’institution militaire de la scène politique et à marginaliser toutes les autres forces politiques.

D’ailleurs, les Frères ont réussi à faire passer la Constitution comme ils le souhaitaient malgré les tentatives des autres forces de la reporter ou de l’amender. Ils se sont emparés de nombreux postes exécutifs et ont placé leurs hommes à de nombreux autres postes. Ils sont parvenus à tout cela grâce à une large popularité forgée durant l’ancien régime lorsqu’ils étaient l’unique force politique dans la rue égyptienne.

Malgré tout le mystère qui a entouré la relation entre les Frères musulmans et l’ancien régime, il existe bel et bien de nombreuses zones d’entente. En effet, c’est l’ancien régime qui a donné l’occasion aux Frères musulmans d’avoir une présence dans la rue.

Beaucoup ont aidé les Frères musulmans, leur donnant l’occasion de remporter les élections. Les forces armées y ont vu une faction présente en force sur la scène publique. L’administration américaine a tenté de combler le vide provoqué par la chute de l’ancien régime et n’a trouvé devant elle que les Frères, la seule faction capable de combler le fossé.

Mais je ne pense pas que les Frères musulmans aient réussi à saisir cette occasion historique à la tête du plus grand pays arabe et du plus grand pays islamique du point de vue de son influence. S’ils ne réussissent pas à sortir de la crise que vit le pays, ils seront en échec alors que leur popularité diminue clairement depuis que le président Morsi est au pouvoir.

De même, se dresse l’élite égyptienne qui révise ses erreurs depuis le déclenchement de la révolution. Sa première erreur fut son retrait de la place Tahrir après la chute du pouvoir et la seconde sa division, le lendemain même. Mais sa plus grande erreur reste qu’elle n’a pas pris de position claire vis-à-vis des autres forces politiques, notamment les Frères musulmans et les salafistes. Lorsque cette élite laïque a compris ses erreurs, le jeu était terminé, le public parti, le rideau tombé et le président Morsi assis sur le siège présidentiel avec une majorité minime mais suffisante.

De nombreuses critiques ont été adressées à cette élite avec, en tête, son éloignement de la rue égyptienne, ses maux et son manque de contact avec le peuple. Il se peut que l’élite se soit quelque peu débarrassée de ses défauts mais elle continue à souffrir d’isolement. De plus, les différends entre l’élite et les Frères musulmans ont fait rater à l’Egypte une occasion de vivre une véritable expérience démocratique lorsque la loyauté pour les idées et les intérêts a pris le dessus sur la loyauté envers le pays.

Vient ensuite la faction des jeunes qui furent les véritables déclencheurs de la révolution. Mais malheureusement, à cause de leur manque d’expérience, de leur jeune âge et des innombrables conflits entre leurs aînés, ils se sont trouvés hors de l’arène. Certains partis ont tenté de les exploiter en les incitant à semer le chaos dans la rue. Mais malgré toute la marginalisation et l’exploitation qu’ils ont subies, les jeunes demeurent la partie la plus noble et la plus pure dans le jeu politique pour leur loyauté pour le pays, leur fidélité pour la révolution et leur détermination à forger un avenir meilleur.

Quant à l’institution militaire, elle fut inéluctablement l’armature qui a protégé la révolution, malgré les conditions difficiles et les critiques acerbes qu’elle a connues. Nombreux ont porté préjudice à l’institution militaire qui s’est parfois trouvée dans des affrontements ne correspondant nullement à son passé glorieux. Cependant, elle a supporté cette charge dans le but de la stabilité du pays. Puis, elle est sortie de la scène politique et a observé de loin les conflits entre les différentes forces politiques sans prendre le parti de quiconque, car elle appartient à tout le peuple et non à une seule faction.

Cependant, ceci ne signifie pas que l’armée est passive. Elle est intervenue lors des derniers événements à Port-Saïd, à Suez et à Ismaïliya pour protéger les biens publics et les institutions de l’Etat.

A l’approche des élections législatives, un conflit se déroule entre l’élite et les courants religieux autour des négociations avec les restes de l’ancien régime. Il est fort probable que les Frères remportent cette transaction douteuse car leurs relations avec l’ancien régime sont plus fortes et plus anciennes. Les perdants dans ce jeu seront les jeunes révolutionnaires. Les autres forces insistent sur le fait de les utiliser et de les exploiter, car ils représentent la majorité du peuple. Ils représentent un avenir auquel tout le monde aspire.

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