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Erdogan, seul maître de la Turquie

Dimanche, 08 mai 2016

Depuis son accession à la présidence de la République en Turquie, Recep Tayyip Erdogan ne cherche qu’à renforcer son pouvoir. La mise à l’écart cette semaine du premier ministre, Ahmet Davutoglu, confirme les velléités dominatrices du président turc et sa volonté de contrôler seul la scène politique. Davutoglu a annoncé cette semaine son retrait prochain de la tête du parti au pouvoir en Turquie et du gouvernement, une décision qui devrait consolider l’emprise d’Erdogan sur le pays. Le Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur) doit se réunir le 22 mai pour un congrès extraordinaire lors duquel M. Davutoglu ne sera pas candidat à la présidence du parti.

La mise à l’écart de M. Davutoglu, 57 ans, de la direction de l’AKP signifie la fin de son mandat de premier ministre, le chef du parti ayant toujours été également à la tête du gouvernement. Cette décision a été prise lors d’une réunion de la direction de l’AKP au lendemain d’informations faisant état d’une rupture consommée entre MM. Davutoglu et Erdogan. Les tensions entre les deux hommes, longtemps restées discrètes, sont brusquement remontées à la surface cette semaine. M. Davutoglu, dont l’AKP a remporté haut la main les élections législatives de novembre dernier lui conférant un mandat de 4 ans, a tenu à souligner que sa décision n’était pas « le fruit d’un choix personnel, mais d’une nécessité », une critique à peine voilée des cadres de l’AKP loyaux au chef de l’Etat qui ont décidé de restreindre ses prérogatives au sein du parti.

Pourquoi ce départ de Davutoglu ? Depuis quelques mois, une rivalité cachée oppose ce dernier à Erdogan. Davutoglu était censé travailler avec Erdogan sur un projet de Constitution qui renforce les pouvoirs du chef de l’Etat. Bien qu’il ait publiquement soutenu ce projet, il a toujours fait preuve d’indépendance cherchant à se tailler sa propre place sur l’échiquier politique et refusant d’agir comme une « marionnette » au service d’Erdogan. Sa mise à l’écart va permettre à Erdogan de nommer à sa place un premier ministre plus « docile » qui pourrait l’aider à achever son projet de passage à un régime présidentiel.

Erdogan n’a pas apprécié que son premier ministre occupe le haut de l’affiche dans les négociations avec Bruxelles qui ont abouti à l’accord sur les migrants. Et il n’a pas apprécié non plus la volonté de Davutoglu de reprendre les négociations avec la rébellion kurde.

Ce renversement à la tête de l’Etat intervient à un moment où la Turquie est confrontée aux vents et marrées, avec notamment la menace djihadiste, la reprise du conflit kurde et l’extension de la guerre en Syrie à sa frontière sud. Recep Tayyip Erdogan, accusé de dérapages et de dérives autoritaires, cherche à se poser à nouveau comme le seul maître de la Turquie. Les poursuites pour « insultes » contre les journalistes se multiplient et son entourage réclame la levée de l’immunité parlementaire des députés pro-kurdes, qui pourraient être jugés pour leur soutien présumé aux rebelles kurdes. Comme l’a souligné un député turc cette semaine, « Erdogan ne veut plus de président fort, de premier ministre fort et de gouvernement fort comme il avait déclaré auparavant. Ce qu’il veut aujourd’hui c’est un président fort et un premier ministre obéissant » .

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