Jeudi, 25 avril 2024
Opinion > Opinion >

La gauche politique en Egypte

Dimanche, 24 avril 2016

L’absence d’une gauche politique en Egypte est-elle possible, que ce soit au niveau des partis ou de la réflexion qui forge l’avenir ? Aujourd’hui, l’environnement politique est totalement différent de celui dans lequel sont nés les partis en Egypte il y a 40 ans, conformément à une décision de l’ancien président Al-Sadate. Cette décision avait mis fin à l’hégémonie d’une organisation politique unique qui était l’Union socialiste, pour entamer une phase de pluralité partisane limitée. Cette phase a duré jusqu’au déclenchement de la révolution de janvier en 2011 qui a ouvert la voie à une pluralité différente, mais qui en même temps n’a pas atteint la maturité.

Il est évident que la vie partisane en Egypte est dominée par l’individualisme et le matérialisme. Selon les sciences politiques, un parti politique réel est celui qui possède une vision sociale globale et réussit à la diffuser par l’intermédiaire d’une action populaire active pour rassembler des partisans formant alors sa base sociale. Et le parti est aussi un concurrent du pouvoir en place qui tente d’obtenir la majorité des sièges au parlement, puis de former un gouvernement chargé de forger les politiques avant de remettre le jugement aux citoyens lors d’élections suivantes. C’est ainsi que la vie partisane forme un cycle complet dans lequel tout parti traverse des hauts et des bas, conformément à ses capacités à rassembler la population.

En ces temps actuels, il s’avère difficile d’appliquer ce cycle politique à un parti égyptien, qu’il date d’avant ou d’après la révolution du 25 janvier 2011. Prenons comme exemple le parti de gauche Al-Tagammoe (rassemblement). Ce parti est né dans un environnement où il a cumulé de nombreuses expériences de lutte politique et a participé aux événements avec une vision de gauche. Il est donc injuste de dire que ce parti est en échec ; il serait plus honnête de dire qu’il est en difficulté. La preuve en est que nombre de ses membres ont depuis longtemps mis le doigt sur les raisons de ses difficultés mais n’ont pas réussi à élaborer une méthode apte à y remédier. Par conséquent, le parti n’a pas réussi à rassembler. Il existe une quasi-unanimité sur le fait que le parti Al-Tagammoe a souffert après la révolution du 25 janvier de 3 grands problèmes.

Le premier est la dissidence de courants peu satisfaits de leur situation à l’intérieur du parti et qui ont jugé qu’il fallait mieux former de nouveaux partis. Mais même les nouveaux partis n’ont pas réussi à réaliser leurs objectifs, comme c’est le cas du parti Al-Tahalof Al-Chaabi Al-Echteraki (la coalition populaire socialiste) qui a connu lui-même une autre dissidence dirigée par ce qui est dénommé le Courant du renouvellement socialiste. Le deuxième problème est relatif aux ressources financières très limitées, ce qui affecte énormément l’action populaire. Vient alors le troisième problème causé par le fait que le programme du parti n’a pas rassemblé bien qu’il aborde des principes et objectifs qui font l’unanimité : justice sociale, autosuffisance, affrontement des mouvements de l’islam politique, promotion de la femme et lutte contre la pauvreté.

A mon avis, l’avenir du parti Al-Tagammoe peut être résumé en 4 scénarios probables. Le premier consiste à ce que le parti conserve son statut actuel de représentant d’une des factions de la gauche, toutes liées par des relations intellectuelles, historiques et humaines. Le deuxième est la tentative du parti d’attirer à nouveau vers lui les courants dissidents et qui n’ont pas réussi à prouver leur existence en tant que partis indépendants. C’est-à-dire que le parti Al-Tagammoe devient le représentant d’un grand nombre de forces de la gauche, ce qui signifie déployer des efforts politiques et organisationnels importants, alors qu’actuellement, personne n’est assez enthousiaste pour déployer cet effort. Le troisième scénario que j’intitule « le cauchemar » est que le parti continue tel quel sans aucun changement, jusqu’à disparaître avec le temps. Quant au dernier scénario, le plus optimiste, il est de voir le parti s’élancer sur plusieurs voies dont la première est celle de la restructuration entière au niveau des bases et du statut hiérarchique.

Dans tous les cas, la gauche doit être capable d’affirmer son existence car la pluralité des visions dans tous les domaines est une chose importante. C’est aux dirigeants des partis de décider : engager un nouvel élan ou assumer de rester telle quelle .

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique