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L'Egypte se met à nu

Lundi, 04 février 2013

L’incident du citoyen égyptien Hamada Saber (48 ans), battu, traîné par terre et déshabillé vendredi dernier par les forces de la sécurité centrale, devant le palais présidentiel d’Al-Ittihadiya constitue sans aucun doute une évolution dangereuse dans la scène politique du pays. Cette scène humiliante immortalisée par les caméras, nous ne l’avons jamais connue tout au long de notre histoire, soit avant ou après la révolution. Elle méprise la dignité du citoyen et ne se contente pas de la violence physique, mais elle ajoute cette violence morale qui dégrade l’homme aux yeux des siens. Nombreux sont ceux qui se sont suicidés suite à de tels actes, ne pouvant plus survivre à cette honte qui les a souillés. De tels actes sont criminalisés par toutes les Constitutions du monde entier. Ils sont contradictoires avec la déclaration universelle des droits de l’homme.

Même notre misérable Constitution, monopolisée par les Frères musulmans, dénonce de tels actes. L’article n° 36 dit littéralement : « Toute personne arrêtée, incarcérée, dépourvue de sa liberté doit être traitée de manière à préserver sa dignité. Il n’est pas permis qu’elle fasse l’objet de torture, d’intimidation ou d’usage de la force. Il n’est pas permis de lui porter un quelconque préjudice physique ou moral. Elle ne doit être détenue que dans des lieux convenables, humains et salubres et soumis au contrôle juridique. Toute contravention à ces données serait un crime dont l’auteur sera sanctionné par la loi. Tout aveu ou toute confession faits sous la menace ou la torture ne sont pas pris en compte ». Si cela a été stipulé par la Constitution des Frères, comment agiront-ils alors avec celui qui transgresse cette Constitution en commettant un tel acte honteux ?

Le ministère de l’Intérieur a publié un communiqué affirmant que ce qui s’est passé est un acte individuel ne représentant aucunement la politique du ministère. En effet, de tels propos sont loin de calmer les esprits en colère. Parce qu’il n’est plus question d’adresser des excuses à l’homme concerné, à la nation ou à l’Egypte qui a été déshabillée, vendredi dernier, devant toutes les caméras, au vu et au su du monde entier. Certaines insultes humilient les êtres, mais par contre, d’autres portent atteinte à tout un pays.

Et dans ce cas-là, la punition individuelle et exclusive de l’auteur ne convient pas à l’énormité de l’acte. Mais tout le monde a sa part de responsabilité. Le ministère de l’Intérieur est responsable du comportement des policiers, qu’ils soient officiers ou agents. Le gouvernement Qandil est responsable des actes de son ministère de l’Intérieur. La présidence est responsable des actes de son gouvernement, et enfin les Frères musulmans ont aussi leur part de responsabilité dans cet acte infâme commis au pouvoir. Qui sera cette fois-ci le bouc émissaire ? Et qui se maintiendra à sa place, prisonnier de sa passivité, comme si de rien n’était ?

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