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Sanaa dans l'attente de sa liberté

Dimanche, 28 février 2016

Pourquoi aucune résistance ne se joue-t-elle à l’intérieur de Sanaa contre les forces putschistes ? Cette question est centrale d’autant plus qu’une défaite ne saurait être infligée aux Houthis, sauf si la capitale Sanaa retrouve sa légitimité. L’entrée militaire à Sanaa sans planification préalable pourrait générer des conséquences néfastes.

L’absence de toute manifestation de rébellion à l’intérieur de Sanaa est une question qui attire beaucoup l’attention des analystes. Dans toutes les villes auxquelles les Houthis ont essayé d’imposer leur emprise, il y a eu une résistance populaire décisive qui a joué un rôle important dans l’avortement de l’expansion militaire houthie. Les exemples sont nombreux à cet égard depuis Aden, en passant par Maareb, Jawf et d’innombrables autres villes yéménites. Historiquement parlant, il est bien connu que Sanaa, avant qu’elle ne soit l’épicentre des institutions étatiques, était une ville ouverte à tous les Yéménites quelles que soient leurs villes d’origine ou leur secte. Dans les traditions tribales, elle est considérée comme une demeure de sécurité. Cette caractéristique de la ville d’Aden est une chose à laquelle tiennent beaucoup les Yéménites. Mais actuellement, elle l’a perdue en étant sous l’emprise des Houthis et la tutelle d’une force yéménite qui a confisqué les droits des autres catégories par la duperie et la tyrannie. Pour toutes ces raisons, Sanaa et ses habitants attendent impatiemment le jour d’une liberté qui sera acquise loin de l’effusion de sang.

L’observateur des pourparlers politiques et des deux tournées organisées sous la houlette des Nations-Unies, dont la dernière de Genève 2 en décembre dernier, remarquera vite que toute solution politique à la crise yéménite passe par plusieurs étapes. Le plus important est de mettre un terme aux manifestations de militarisation. C’est-à-dire évacuer les villes des militaires. Les institutions doivent retrouver leur légitimité pour redevenir opérationnelles sous le gouvernement intérimaire, jusqu’à la promulgation de la nouvelle Constitution.

Le départ des armées houthies de Sanaa, si le processus a lieu pacifiquement et consensuellement, voudra dire que le chapitre du conflit armé a pris fin, augurant d’un nouveau conflit, cette fois-ci non armé. Nous serons en d’autres termes devant un conflit plus réglementé concernant l’avenir du Yémen, conformément à des mécanismes de dialogue et de négociation sous la tutelle de l’Etat, la prédominance de la loi et de la Constitution, l’aide des Nations-Unies et de la coalition arabe. Ceci signifie également la préservation de ce qui reste des ressources et des intérêts de la totalité des Yéménites, loin de la destruction.

Ces espérances se trouvent confrontées à des obstacles tels que les manoeuvres houthies qui font toujours que la situation revient à une équation nulle dans laquelle ils s’attellent à arracher la victoire, à balayer celui considéré comme un ennemi, qu’il soit un frère yéménite ou d’une autre nationalité. Il s’agit de manoeuvres sadiques au sens propre du terme qui ne sont nullement aptes à faire preuve de flexibilité ou à traiter avec la réalité telle qu’elle est et non telle que les Houthis la perçoivent. En effet, le pari sur l’entrée pacifique dans Sanaa est difficile mais pas impossible. La difficulté est liée à la nature de l’environnement montagnard qui entoure Sanaa et qui lui procure une protection naturelle. Traiter avec cette nature difficile nécessite des mesures et préparatifs militaires spéciaux. Ce qui est pleinement réalisé par les forces de la légitimité soutenues par le commandement de la coalition arabe. La complexité émane également de la désapprobation houthie de la résolution internationale n°2 216, leur incapacité à lire la réalité et les changements sur le terrain et leur attachement à la résistance jusqu’à la dernière goutte de sang.

Tous les indices indiquent que les divergences sont aiguës entre Saleh et les Houthis, avec les défaites qui leur ont été infligées ces deux derniers mois. D’aucuns assurent qu’il existe des contacts secrets entre Saleh et Amman pour solliciter de nouveau le leadership saoudien à entrer pacifiquement dans Sanaa. Cela en contrepartie de ne pas faire l’objet de poursuites judiciaires avec ses alliés militaires.

La réplique des Houthis a été leur intention de poursuivre la résistance et d’empêcher Saleh et ses alliés d’y entrer. Le président déchu était apparu dans une vidéo enregistrée parlant des dénominateurs communs qui relient les deux peuples yéménite et saoudien et laissant augurer des tentatives pacifiques, sans en parler explicitement. D’autres l’ont considéré comme reconnaissant l’échec de son projet putschiste et un prélude à se retirer et à défaire son partenariat avec les Houthis. Une troisième hypothèse suppose que des arrangements se font sous la tutelle des Nations-Unies auxquels prendront part des responsables du gouvernement légitime pour une sortie de crise pacifique.

Il est plus que probable que les défaites militaires en cascade et le déchirement des forces alliées au président Saleh et son aspiration personnelle à se trouver un salut donnent une chance à la libération de Sanaa. Il est également possible qu’une bataille ou deux avec les militaires houthis, à proximité de Sanaa, tranchent l’affaire au profit de la légitimité et du retour du président Hadi, ainsi que son gouvernement dans la capitale. Là, il sera acceptable d’augurer la fin de la rébellion militaire houthie, mais la victoire au sens propre du terme sera de la responsabilité des forces politiques yéménites qui protégeront leur pays des tyrans.

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