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Le quota des coptes, un écueil dangereux

Lundi, 21 janvier 2013

Alors que nous tentons par tous les moyens de traverser du mieux possible une période transitoire turbulente qui dure plus qu’il ne faut, nous sommes surpris par des revendications qui n’ont plus lieu d’être car dépassées par l’histoire et inadaptées à l’esprit de l’époque, à l’évolution des conflits politiques et à la nature des relations sociales.

Ces revendications abordent la question du quota des coptes au Parlement et dans les différentes institutions étatiques. A mon sens, un tel appel est incontestablement un retour en arrière, celui de l’Etat consacrant l’esprit des factions et détruisant une longue lutte historique que les coptes ont menée de leur sang et pour laquelle ils ont payé un prix fort.

Ils ont, au fil de l’histoire et sous différents régimes, affirmé leur refus inflexible face aux incessants appels tentant de les isoler dans leur nation. Ils se sont toujours érigés face aux tentatives d’effritement de la patrie, de marginalisation et d’exclusion.

Les coptes poursuivront le chemin tracé par leurs aïeux et refuseront toutes sortes de marchandages. Les Egyptiens vigilants en 1919 se sont érigés avec génie contre les vents houleux de la sédition. A l’époque, les forces de l’obscurantisme ont tout tenté pour réduire notre culture avec un lexique contredisant la particularité égyptienne reposant sur la diversité et la multiplicité.

Les appels invoquaient le remplacement du principe de citoyenneté régissant la relation de l’Egyptien et de sa patrie par un contexte confessionnel. Des appels qui se sont plus tard concrétisés en des organisations passant par différents stades et où les outils changeaient selon les époques et les nécessités.

Dans ce vacarme, les coptes ont bruyamment dit « non » au principe du quota. Le patriarche égyptien, l’Anba Youänas, menait la campagne du refus soutenu par des symboles nationaux qui ne recherchaient pas d’alliances sur fond racial ou confessionnel.

Je ne comprends pas comment on peut oser proposer un principe dépassé depuis longtemps non seulement par les concepts des droits et des libertés, mais également par les mécanismes et les outils de l’Etat moderne, dans un monde ouvert où le mot d’ordre est la mondialisation, l’enchevêtrement des relations mondiales et des équilibres des forces ... dans un monde où le rôle des organisations des droits de l’homme gagne en ampleur et où leurs décisions prennent le dessus sur les décisions économiques et politiques émanant des différents coins de la planète.

Si l’on observe attentivement la crise, on remarquera qu’elle refait surface à chaque fois que la nation se trouve dans une impasse menaçant les valeurs de complémentarité et d’intégration. C’est-à-dire lorsque la faiblesse et la fragilité occupent le haut de la page, ou quand on tombe dans les méandres de la monopolisation d’un courant ou d’une faction. Raison pour laquelle l’étonnement s’empare de nous, lorsque l’on voit la reproduction du même scénario à l’heure où la révolution du 25 janvier est toujours vivante et qu’elle ne nous a pas encore menés à la stabilité prônée. Tout cela intervient à l’heure où il s’est avéré que les coptes sont sortis de l’ombre et sont impliqués de plain-pied dans une époque charnière où un conflit prend plus d’acuité entre l’Etat de citoyenneté et l’Etat de dépendance religieuse.

Ceux qui soutiennent le principe du quota ont oublié qu’il intervient à un moment délicat de l’Histoire et où tout le monde se trouve obligé d’accepter les miettes que leur accorde le jeu de la démocratie. Alors, il faut être très attentif. Car le quota parle d’un taux de 10 % qui pourrait enflammer les débats et qui, en fin de compte, pourrait être voué à la disparition une fois soumis au vote.

Le quota est un nombre de sièges censés être répartis entre toutes les forces de la société, sans se limiter à une catégorie déterminée. Et donc, dans cet ordre d’idées, il y aura les sièges consacrés aux coptes, à la femme, aux ouvriers, aux bédouins, aux chiites, aux habitants du Sinaï, aux Nubiens et aux paysans. Tous seront répartis selon leur poids dans la population. Le quota des coptes ne fera que ressusciter un conflit sans limite et qui attirera le soutien des forces régionales et internationales. Ainsi, la scène nationale se transformera en un terrain alimentant un conflit fractionnel dont les prémices se font sentir dès maintenant.

Au lieu de chercher à instrumentaliser l’idée de quota pour servir des intérêts personnels, nous devons nous épauler en vue de mettre sur pied une vision éclairée qui parviendra à tous. Il faut surtout faire converger nos efforts face aux tentatives délibérées d’isolement et d’exclusion et aux accusations de trahison et d’apostasie. Nous devons savoir qu’il est inévitable de sauver l’éducation, les médias et la culture de la mainmise des courants obscurantistes. Le chemin est long et pénible, mais nous n’avons pas le choix ; nous devons aller de l’avant jusqu’au bout, ne jamais désespérer, et surtout tenter de gérer les crises avec les mécanismes du jeu politique indépendant. Il reste que la participation positive des coptes dans la vie politique, à travers les partis et l’action sociale, est l’unique voie qui leur permettra de récupérer leurs droits et positions sur le sol d’une Egypte unie pour tous les Egyptiens.

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