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Les limites d'une coalition

Dimanche, 29 novembre 2015

Près de trois semaines après les attaques terroristes de Paris, qui ont fait 130 morts, le 13 novembre, la France poursuit ses efforts en vue de former une large coalition internationale anti-Daech. Tour à tour, le président français, François Hollande, s’est rendu à Washington et à Moscou, où il a eu des entretiens avec ses homologues, américain et russe, Barack Obama et Vladimir Poutine. Le chef de l’Etat français s’est également entretenu avec la chancelière allemande, Angela Merkel, de la lutte contre le terrorisme. Objectif : trouver les moyens de détruire l’Etat Islamique (EI). Après les attentats, la France a intensifié ses raids aériens sur Raqqa, fief de l’organisation terroriste. Parallèlement, il est question de renforcer la coalition anti-Daech, formée en septembre 2014 par les Etats-Unis et qui mène sur le terrain des attaques contre l’EI. Depuis quelques jours, les raids aériens américains sont plus intenses et visent notamment les infrastructures de l’organisation terroriste. Mais ces raids restent pour le moment limités, la coalition craignant qu’une augmentation des pertes civiles, occasionnées par ces raids, n’entraîne une sympathie au sein de la population avec l’EI. L’idée de créer une zone tampon en Syrie a également été évoquée. Celle-ci permettrait aux combattants de l’opposition syrienne qui combattent l’EI de se rassembler. Mais une telle option nécessiterait une grande mobilisation des forces aériennes de la coalition et un déploiement de troupes au sol, ce qui est pour le moment écarté.

Sur le plan politique, la création d’une grande coalition, incluant les pays occidentaux, la Russie, l’Iran, la Turquie et l’Arabie saoudite, s’annonce déjà problématique tant les divergences sont grandes entre ces pays. Depuis quelques jours déjà, la Russie et la Turquie sont en brouille après qu’Ankara eut abattu, le 24 novembre, un avion de combat russe qui aurait « violé son espace aérien ». L’incident a provoqué une escalade entre les deux pays. Tandis que la Turquie, qui a exclu de présenter des excuses, convoquait l’ambassadeur russe après les violences contre son ambassade à Moscou, Vladimir Poutine parlait d’un « coup de poignard dans le dos », organisé par les complices des terroristes et qui aurait « des conséquences graves », pour les relations russo-turques. L’incident réduit à néant toute confiance entre Moscou et Ankara, deux principaux acteurs de la coalition anti-Daech. Et on voit mal comment Russes et Turcs pourraient coordonner leurs positions contre l’EI.

Mais outre Ankara et Moscou, il y a aussi un manque de confiance entre les Etats-unis et la Russie. Les relations entre Washington et Moscou ne sont pas au mieux depuis la crise ukrainienne. La récente intervention russe en Syrie n’était pas de tout repos pour les Américains, qui accusent Moscou de prendre pour cible l’opposition syrienne modérée, soutenue par l’Occident. Des divergences existent, en outre, entre Moscou et les puissances occidentales au sujet de l’attitude à adopter vis-à-vis du régime de Bachar Al-Assad. Tandis que les Occidentaux réclament le départ de Bachar, qu’ils considèrent comme un tyran, Moscou soutient bec et ongles le régime de Damas. Même si la France a quelque peu assoupli sa position après les attentats de Paris, on est loin d’une entente totale entre Paris et Moscou sur le conflit syrien. A Washington, François Hollande a exprimé cette semaine le souhait de travailler en étroite collaboration avec la Russie, si « elle concentre son action militaire sur Daech » et « si elle s’engage pleinement pour la recherche d’une solution politique en Syrie ». Le conflit entre chiites et sunnites dans la région est le troisième obstacle à cette grande coalition anti-Daech. En effet, comment mettre autour d’une même table des pays rivaux comme l’Iran et l’Arabie saoudite ? La création d’un front international anti-EI semble donc compliquée.

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