Jeudi, 22 février 2024
Opinion > Opinion >

Une vision stratégique du développement

Lundi, 21 janvier 2013

Pendant de longues années, les experts en sociologie politique, en sciences politiques, en économie et en histoire se sont préoccupés d’importantes questions relatives à la montée et la chute des pays et des grands empires, ainsi qu’aux raisons de la chute des nations. Ils se sont également préoccupés d’étudier les raisons du développement ou du retard ainsi que les meilleurs moyens de réaliser la renaissance. C’est ainsi que nous avons aujourd’hui entre nos mains de nombreuses réponses à ces questions. Ces réponses s’accordent sur le rôle axial du régime politique dans la réalisation du développement ou la persistance du retard. Quel est donc le meilleur régime politique pour réaliser le développement ? Le développement ou le sous-développement sontils vraiment la conséquence de la réalité ? Ce qui ancrerait une notion raciste du développement selon laquelle il existe des nations et des peuples développés par nature et des nations et peuples plongés dans l’arriération, avec une théorie selon laquelle ces derniers n’ont d’autre issue que de suivre la même voie que les pays développés. Certains ont refusé ces notions propagées par des écoles intellectuelles occidentales. Ils estiment que l’arriération de ces peuples sous-développés revient au pillage exercé par les pays développés durant l’ère coloniale et que l’indépendance et la reprise de la souveraineté sont les deux principaux piliers de la relance vers le développement.

C’est ainsi que la volonté nationale, notamment la volonté du développement, sont le fondement de l’orientation vers le développement. Selon le penseur islamique algérier Malek Bin Nabie, certaines nations ont une aptitude à l’occupation et par conséquent une aptitude à l’arriération, alors que d’autres ont une tendance au développement, car elles possèdent la volonté du développement. Cependant, la volonté tout court ne mène pas spontanément au développement. Seule la volonté sage et sérieuse est capable de réaliser le développement selon une vision stratégique nationale de développement.

Dans ce contexte, je me souviens de la polémique qui a préoccupé les membres de l’assemblée constitutionnelle chargée de la rédaction de la Constitution, concernant la charia. Une polémique dont les répercussions se sont étendues au niveau populaire et médiatique et qui a éloigné les membres de l’assemblée, les intellectuels et les médias des causes importantes. Avec en première ligne, la nature du régime politique que nous devions instaurer afin de réaliser le développement et les institutions qui devaient être fondées pour aider ce régime à réaliser le développement. Bien plus, au milieu de ce chaos, nous avons oublié de discuter la signification même du terme développement. Malheureusement, ces questions n’ont trouvé aucun intérêt chez les membres de l’assemblée constituante qui ne se sont pas préoccupés du projet de développement, tout comme ils ne se sont pas préoccupés de formuler une vision stratégique à partir de laquelle serait lancé le projet national de développement.

J’ai eu l’honneur d’être membre du comité technique consultatif de la Constitution parmi dix experts et spécialistes qui devinrent membres de l’assemblée constituante à partir de février 2012, sans acquérir le droit de vote. Et ce, afin de réviser, de filtrer et de donner leur avis sur le projet de Constitution avant le vote. Les membres de ce comité ont déployé d’énormes efforts et achevé en un temps record les deux tiers du projet de Constitution. Mais malheureusement, le travail de ce comité a été totalement ignoré et il ne lui a pas été permis de discuter ou d’exposer son travail, ni au comité général ni au comité de rédaction. On a également refusé sa demande que deux de ses membres participent au comité de rédaction.

J’ai également eu l’honneur de faire la remarque qu’il n’existait aucun article relatif à l’industrie dans la Constitution et c’est ainsi que j’ai rédigé le seul article de la Constitution sur l’industrie. C’est d’ailleurs le seul article que l’assemblée constituante ait repris des travaux du comité technique consultatif.

L’essentiel est la proposition que j’ai présentée concernant la modification de l’article relatif à l’Organisme central du contrôle des comptes et la création d’un conseil de sécurité nationale, dont la mission serait d’élaborer la stratégie suprême de l’Etat et la planification de la sécurité nationale de l’Etat selon une large notion défensive, politique, économique et sociale. Sa mission se veut aussi celle de superviser la mise en application de cette stratégie à travers trois hauts conseils : le haut conseil de la défense et de la sécurité, le haut conseil de la politique étrangère et le haut conseil de l’économie, du développement social global économique, politique, scientifique, pédagogique et culturel. Ce conseil de sécurité nationale serait présidé par le président de la République en coopération avec les hauts responsables et les présidents des trois hauts conseils affiliés avec l’aide d’experts et de savants dans l’objectif de formuler une vision stratégique nationale à partir de laquelle serait formulée la stratégie suprême de la sécurité nationale.

Le projet final de la Constitution comprend la notion de conseil des écurité nationale dans l’article 193. Un conseil chargé d’élaborer des stratégies qui assurent la sécurité du pays et qui font face aux catastrophes et crises de tous genres. La Constitution comprend également un texte qui fonde un conseil de défense nationale dans l’article 197 sans aucune allusion au haut conseil de la politique étrangère ou haut conseil de l’économie et du développement social global. Cela veut dire que la signification même du conseil de sécurité nationale n’est pas encore parvenue à ceux qui ont rédigé le projet de Constitution. Nous demeurerons donc les otages des conflits idéologiques des partis politiques sans parvenir à une entente nationale capable de formuler une vision nationale stratégique, à partir de laquelle serait formulée la stratégique suprême de l’Etat durant les dix ou vingt prochaines années. Il s’agit d’une mission urgente qui ne peut être ignorée ou ajournée. Cette mission nous incombe à tous avec en premier lieu le président de la République et le prochain conseil parlementaire qui doit combler toutes les lacunes de la Constitution. Et ce jusqu’à ce que soit prise la décision de formuler une Constitution plus précise, plus expressive de l’Egypte à laquelle nous aspirons. Nous ne pouvons pas parvenir à l’Egypte dont nous rêvons sans posséder de volonté de développement et sans formuler de vision stratégique de l’avenir. Pour cela, il fut l’expression de tous les Egyptiens.

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique