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Le transfert démocratique en difficulté

Lundi, 21 janvier 2013

Alors que nous célébrons le deuxième anniversaire de ce que nous avons très tôt appelé le premier mouvement populaire révolutionnaire lancé le 25 janvier 2011, de nombreuses questions s’imposent sur la nature du transfert démocratique qu’il a engendré. La phase transitoire a-t-elle préparé l’Egypte à réaliser les revendications sur ses places et dans ses rues ? Ces questions s’imposent avec force, surtout que le pays n’avancera que si nous commençons à travailler sérieusement, afin de comprendre ce qui s’est passé dans notre histoire, ce qui se passe dans notre présent et ce qu’il adviendra dans notre avenir à la lumière de tous les événements qui surviennent.

Dans ce contexte, il est indispensable de soumettre le mouvement populaire révolutionnaire à l’étude et à l’analyse. Et cela, afin d’essayer de comprendre ce qui s’est passé ainsi que l’avenir de ce mouvement deux ans après cet événement marquant de l’histoire du pays et l’évaluation du processus du transfert démocratique.

Le transfert démocratique est devenu désormais une science appelée la « transitologie ». A cause de la lutte de nombreux peuples pendant de longs siècles pour la liberté, la justice et le développement, a commencé l’intérêt pour l’étude des expériences du transfert démocratique, leurs diversités, leurs vagues réussies ou pas. La plus simple définition du transfert démocratique est un processus dans lequel la société s’engage pour passer d’un état despote arriéré à un état démocratique développé. Les sociétés du monde ont connu 5 vagues de transfert démocratique. Samuel Huntington en a observé 3 dans son livre La Troisième vague. Selon lui, la première vague de transfert démocratique serait survenue au début du XIXe siècle, la seconde à la fin de la Seconde Guerre mondiale et la troisième au milieu des années 1970. Nous pouvons y ajouter les deux dernières vagues, dont la première est survenue au début du troisième millénaire dans des pays comme l’Ukraine, et la seconde ces dernières années dans le monde arabe.

Les chercheurs résument les raisons qui mènent à la révolution puis au lancement sur la voie du processus du transfert démocratique par la mauvaise répartition des ressources, l’hégémonie d’un seul parti, les régimes sécuritaires despotes ou toutes ces raisons réunies.

Dans le cas égyptien, le monopole des ressources entre les mains d’une minorité fut l’une des principales raisons du déclenchement de la révolution du 25 janvier, en plus de la fermeture de l’horizon politique civil face aux forces politiques et aux jeunes. Cela s’était clairement révélé à la fin de 2010 et que nous avions qualifié de « structure politique de représentation politique » en contrôlant les résultats des élections parlementaires.

Par ailleurs, il y a ce qu’on appelle les fondements qui aident à faire réussir le processus du transfert démocratique et qui font pression tous en même temps pour réaliser cette démocratie. Certains de ces fondements dépendent des traditions démocratiques qui peuvent constituer une assise solide pour la construction démocratique. On peut également compter sur une classe moyenne forte qui peut diriger le processus de transfert. Ou bien des institutions fortes qui possèdent de grandes capacités d’organisation et de connaissance comme le pouvoir juridique. En contrepartie, si ces fondements sont absents avec en plus une mauvaise gestion de la phase transitoire, le transfert démocratique peut connaître une régression qui attire le pays vers ce qu’on appelle la démocratie oscillante ou la régression démocratique. Dans ce contexte, où en sommes-nous deux ans après la révolution du 25 janvier ?

Les interrogations des citoyens se répètent : Où allons-nous ? Qu’est-ce que la révolution nous a apporté de nouveau ? Elles reflètent inéluctablement le degré élevé de difficulté et de confusion qui caractérise la phase transitoire. C’est alors qu’apparaissent des problématiques comme celle du choc des légitimités révolutionnaires et constitutionnelles, celle de la polarisation, celle de l’entente sociale globale, celle du fossé entre générations, entre classes sociales, entre la société rurale et la société urbaine. Il y a aussi la problématique concernant la réalisation d’un équilibre entre ce qui est ancien et ce qui est nouveau, etc.

Ce sont toutes des problématiques qui nécessitent une discussion approfondie alors qu’elles ont longtemps été négligées. Ceci est indispensable pour avancer sur la voie de la démocratique pour éviter celle de la violence.

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