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La politique culturelle

Lundi, 14 janvier 2013

Le premier ministre, Hicham Qandil, s’est entretenu avec le Conseil suprême de la culture. Une première depuis la création de celui-ci il y a 35 ans. Il s’agit là d’un étonnant paradoxe. En effet, Qandil se trouve à la tête d’un cabinet ministériel qui provoque l’inquiétude des intellectuels. En dépit des tentatives de marginalisation de la culture et des intellectuels que l’Egypte a connues ces dernières décennies, aucun régime politique n’a autant affiché cet antagonisme à la culture que celui représentant l’islam politique qui nous gouverne en ce moment. Malgré cela, l’intervention du premier ministre a été très rassurante : il a parlé de l’importance du rôle de la culture et de son apport à la gloire de l’Egypte au fil des époques.

Les membres du Conseil ont franchement fait part de leurs craintes au premier ministre sur ce qui adviendra de la culture et de l’avenir du pays en général. Ils se sont ouvertement plaints des comportements de certains cheikhs des chaînes de télévision satellites qui surveillent à la fois la culture et les intellectuels. En réponse à cela, Qandil a affirmé que l’erreur incombe à l’hôte qui leur accorde une importance exagérée.

Lorsque mon tour de parler est venu, j’ai dit au premier ministre que nous étions face à deux images contradictoires. La première est celle que nous transmettent les responsables. Il s’agit effectivement d’un discours exact reflétant une connaissance parfaite de notre nature culturelle et du prestige de la culture dans un pays comme l’Egypte. La seconde est celle qui a lieu dans la réalité. Nous avons vu le nouveau régime, dès son accession au pouvoir, écarter, voire exclure, les intellectuels de leur environnement naturel. Il a restructuré le Conseil suprême de la culture et éloigné les grands écrivains.

J’ai demandé au premier ministre à quelle image il fallait croire : « Sommes-nous engagés sur la voie des gouvernements islamiques tels que l’Iran, l’Afghanistan ou autres ? Ou bien sommes-nous en train de vivre une époque qui accordera à la culture — qui a fait la gloire de l’Egypte au fil des temps — la place qu’elle mérite? L’islam politique se trouve face à une dangereuse épreuve non seulement devant un peuple révolté mais également au regard de l’Histoire. Pour quelle voie l’islam politique optera-t-il ? ».

Pour finir, j’ai dit au premier ministre que la réponse à cette question ne doit pas se faire à travers des discours éloquents, donnés avant lui par le président de la République et pour lesquels nous le remercions. Ceci doit se faire en inscrivant la politique culturelle sur un document officiel vis-à-vis duquel il sera engagé. « Je suis revenu sur la politique de votre gouvernement publiée sur votre site Internet et je n’ai trouvé aucune mention de la culture. Où est donc votre politique culturelle ? C’est sur une telle politique affichée que nous pouvons discuter, nous entendre ou diverger et sans laquelle nous continuerons à écouter des discours éloquents et à vivre une réalité bien amère », ai-je déclaré.

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