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Qui va sauver la patrie ?

Lundi, 14 janvier 2013

Le navire désorienté de l’Egypte est en train de percer son chemin difficilement au milieu des vagues houleuses. Le périple est encore long et les dangers et difficultés sont loin d’être résolus.

J’imaginais que l’accession des Frères serait synonyme de nouvelles conjonctures, d’un nouveau vécu et de nouvelles conceptions quant aux mécanismes de pouvoir et de prise de décision. L’arrivée des Frères, telle qu’ils la voient, intervient en réponse à l’appel de Dieu. Ils lèvent l’emblème de l’islam et se trouvent coincés entre les deux éléments d’une même équation : la crainte de Dieu et son obéissance. Mais malheureusement, la politique a pris le dessus sur la daawa (la prédication). Les Frères ont commencé à avoir leur mainmise sur tous les postes-clés de l’Etat égyptien. A tel point que les sages de cette confrérie ont oublié leur longue histoire vécue sous les différentes époques où ils étaient opprimés, marginalisés et exclus. Comme si tous les Egyptiens portaient les gènes de l’ancien régime. Les performances manquent parce qu’elles n’ont pas été invoquées, et personne n’essaye de remuer les eaux stagnantes. Toutes les décisions sont prises dans le désordre et avec hésitation. Ils craignent toujours l’inconnu, parce que le prisonnier a pris l’habitude d’attendre le geôlier à chaque fois qu’il voit une lumière derrière la porte de la prison. Le pays est pris dans le tourbillon des divisions internes et de l’absence totale de confiance.

L’unique moyen consistant à garantir l’avenir de l’idéologie de la confrérie, selon elle, est de tout contrôler, bien que rien ne soit garanti. Lorsque les visions manquent, la clarté et la transparence feront certainement défaut. Dans ce cas, les réactions, la plupart du temps, sont rapides et crispées. Simultanément, la volonté de participer disparaît devant un sentiment profond d’insécurité à l’égard des autres, bien que nous soyons les partenaires d’une même nation et non d’un marché commercial. La situation actuelle de la confrérie me rappelle celle du Parti National Démocrate (PND), au cours des élections de 2010. Ce dernier bloquait les activités de la confrérie, interdisait à leurs membres de se réunir et les pourchassait. Parfois même, le PND se contentait de jeter des miettes de leurs riches banquets ou leur accordait certaines activités suspicieuses. Et ils acceptaient pour assurer leur survie.

Les Frères mènent actuellement un navire au beau milieu de vagues houleuses et ont besoin de l’assistance de tous. Les Frères doivent comprendre clairement qu’ils ont besoin de lanternes qui leur illumineraient la voie, et surtout d’un soutien de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel politique et de toutes les catégories, afin d’arriver à bon port et accomplir la démarche du développement. Cependant, les Frères refusent toute aide. Ils veulent s’accaparer de tout, car ils croient que le contrôle absolu est l’unique garantie à leur survie. Ils ont du mal à comprendre que celui qui possède n’est nécessairement pas capable de protéger. Ils ont tout obtenu : la présidence, le gouvernement, le Conseil consultatif, la Constitution, et il ne leur reste que l’Assemblée du peuple. Ils doivent maintenant dévoiler non seulement toutes leurs cartes, mais également leurs intentions, car le legs du passé les place sur la voie d’un destin mystérieux. Un destin qui ne différerait pas tellement de celui de leurs prédécesseurs qui ont été voués à un sort fatal à cause de mauvais calculs. Il est alors possible qu’ils découvrent, mais ce serait trop tard, que l’échec et l’égoïsme leur ont fait perdre tout et les ont voués à ce sort.

On retrouve récemment sur ce même bateau avec les Frères, qui étaient surnommés par l’ancien régime la confrérie interdite, une autre faction, celle de l’opposition. Mais l’image s’est aujourd’hui inversée, c’est l’opposition égyptienne réunissant une large palette de partis qui est interdite. Il faut noter également que l’opposition est gravement divisée, car chacun est motivé par ses propres calculs, ambitions et intérêts.

Nous sommes devant des figures ambitieuses, tous âges confondus. Elles attendent de saisir au vol un rêve, abstraction faite de toute autre considération. D’autres faisaient partie d’un marché qui n’aboutira jamais et parient sur une éventuelle obtention du droit qu’ils veulent acquérir. Par ailleurs, nous avons les partenaires de la lutte que sont des jeunes honnêtes et innocents qui ont vu leurs collègues périr sur la place Tahrir et ont écrit les pages les plus illuminantes de notre histoire moderne. La crise réelle de l’opposition interdite, celle du Front national du salut, est que les points de divergences dépassent de loin les ententes. Elle porte en elle également, sans qu’elle en soit consciente, les gènes de l’époque révolue consistant à refuser et à exclure l’autre. Les opposants parlent beaucoup au nom du peuple, et si les Frères refusent toute alliance, le Front du salut est décidé à les exclure totalement. L’aspect le plus dangereux est l’absence de programmes sérieux de développement.

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