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Escalade en Syrie

Dimanche, 04 octobre 2015

Le conflit armé en Syrie est entré dans une nouvelle phase avec l’intervention militaire directe de la Russie, le 30 septembre dernier. Une première depuis des décennies au Moyen-Orient. Moscou, dont les renforts envoyés ces dernières semaines en Syrie ont été signalés par diverses sources, a procédé à des raids aériens contre les positions de l’Etat Islamique (EI), mais aussi contre divers groupes d’opposition au régime de Bachar Al-Assad, dont certains, dits « modérés », sont soutenus, financés et formés par les Etats-Unis, en collaboration avec des acteurs régionaux, notamment l’Arabie saoudite, la Turquie et le Qatar.
L’intervention russe représente sans doute une escalade dans le conflit, qui risque d’inciter d’autres acteurs à y intervenir ou à intensifier leur implication, lorsqu’ils sont déjà présents. Mais elle n’est pas la première. Une coalition occidentale, soutenue par plusieurs Etats dans la région, mène déjà depuis plusieurs mois des attaques aériennes contre les positions en Syrie, mais aussi en Iraq, de l’EI, réputé le plus dangereux des groupes terroristes. Cependant, c’est la première fois que deux forces aux objectifs différents mènent en même temps des raids aériens en Syrie, au risque de provoquer des incidents entre elles. Car si les deux interviennent contre un même ennemi, l’EI, elles ont toutefois des objectifs diamétralement opposés, qui ne manqueraient pas d’avoir un impact certain sur leurs actions en Syrie.
D’un côté, les Etats-Unis et leurs alliés régionaux, bien qu’il existe des nuances entre eux, cherchent à écarter le président Bachar Al-Assad du pouvoir et lui dénier tout rôle dans l’avenir politique de son pays. Les monarchies du Golfe et la Turquie sont cependant plus fermes dans leur hostilité au régime de Damas, alors que Washington et ses alliés européens, tout en étant en principe opposés au maintien de Bachar, semblent disposés à d’éventuels compromis, dont les contours restent flous.
A l’inverse, la Russie et l’Iran, l’autre allié stratégique de Damas, veulent le maintien de Bachar, ou du moins s’attacher au maintien des structures du régime sous une forme ou une autre, afin de préserver ses principales orientations, favorables aux intérêts de Moscou et de Téhéran dans la région. C’est ainsi qu’au moment même où la Russie envoyait ses renforts, l’Iran dépêchait des centaines de combattants iraniens, iraqiens et afghans, pour participer à une large offensive terrestre que préparerait Damas contre l’opposition. Téhéran se contentait jusqu’ici d’envoyer d’experts militaires iraniens, tout en encourageant des combattants chiites iraqiens et afghans à aller soutenir le régime syrien, dont l’ossature est la minorité alaouite, une branche du chiisme.
L’action concertée de Moscou et de Téhéran fait suite aux débâcles essuyées depuis le début de l’année par Damas face à ses ennemis.
Le régime semblait vaciller après avoir perdu beaucoup de terrains à l’opposition armée, dont celle soutenue par Washington. Soutenir un allié régional est, pour la Russie, un moyen de maintenir son influence dans le monde arabe et au Moyen-Orient, après avoir beaucoup perdu de sa présence ces dernières années, au profit de l’Occident, comme en Libye et en Iraq. Ce dernier vient d’ailleurs d’annoncer, le 27 septembre, la mise en place à Bagdad d’un « Centre commun d’information » entre la Russie, l’Iraq, l’Iran et la Syrie, pour échanger les renseignements et coordonner les opérations contre l’EI. L’information ne peut qu’inquiéter Washington, face à ce qui ressemblerait à une coalition naissante.
Moscou est également motivé par d’autres objectifs aussi importants. Il s’agit d’abord d’un impératif de sécurité interne. Selon diverses informations, quelque 2 000 islamistes tchétchènes combattraient aux côtés de l’EI. Moscou craint l’éventuel retour en Tchétchénie de ces militants aguerris pour relancer un conflit désormais apaisé, malgré le maintien d’une certaine violence à basse intensité. L’intervention en Syrie aurait également pour objectif d’aider la Russie à sortir de son isolement diplomatique, en raison de la crise en Ukraine. Moscou pourrait jouer la carte syrienne dans les tractations avec l’Occident, pour obtenir des concessions et réduire les sanctions occidentales .
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