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La Constitution et la crise socioéconomique

Lundi, 07 janvier 2013

Alors que la crise socioéconomique s’aggrave et atteint un stade critique, il faut utiliser tous les outils possibles pour sauver la situation.

Lorsqu’une nouvelle Constitution entre en vigueur au sein d’une crise de ce genre, elle est censée devenir un outil qui aide à la réalisation de cet objectif. Cette Constitution aurait pu devenir la locomotive déterminant la bonne direction pour résoudre les crises socioéconomiques, ainsi que les nombreux problèmes accumulés au cours des années. Elle aurait aussi pu marquer le début d’une nouvelle phase, où s’épaulent les efforts pour reconstruire l’Egypte d’une manière qui réalise les ambitions de son peuple. Cependant, nous avons raté l’occasion en promulguant une Constitution sans concorde nationale et d’une manière qui amplifie la division. Cela rend la réalisation de la stabilité fort difficile. C’est ainsi que la principale condition pour résoudre la crise socioéconomique ne s’est pas réalisée : une atmosphère positive stable capable de bâtir une confiance entre les différentes parties de la société.

La Constitution ne permet pas l’établissement de fondements nécessaires au travail, à la production et au développement. Elle n’assure pas les garanties nécessaires aux droits sociaux qui sont étroitement liés à la performance économique. Les expériences de la majorité des pays, qui ont réussi à sortir de graves crises socioéconomiques, ont prouvé que la réduction du fossé social contribue à augmenter l’indice de développement. La Constitution ne comprend aucune garantie nécessaire pour réduire le fossé social bien qu’elle ait gardé dans l’article 4 les termes de la réduction du fossé entre les revenus. Mais ces termes existaient dans l’article 23 de la Constitution de 1971 à travers une formule linguistique plus précise.

La philosophie qui régit la question des droits sociaux et économiques dans la nouvelle Constitution est restée la même que celle de la Constitution de 1971. Les textes relatifs à ces droits demeurent une sorte de décoration et d’embellissement et non l’une des nécessités de la renaissance et du développement. Les textes relatifs aux droits sociaux et économiques sont basés sur l’éloquence : le plan de développement oeuvre à la réalisation de la justice sociale, de la solidarité et de la justice de répartition … loin de la formulation constitutionnelle correcte qui prend en compte l’importance de déterminer clairement ces droits et de les respecter. Il en est de même pour les textes relatifs au droit du travail et à l’assurance médicale. Sans oublier la tendance à traiter ce genre de textes d’une manière tout à fait routinière. En effet, l’affaiblissement du sentiment social a mené à l’élaboration d’une Constitution qui ne permet pas de combler l’énorme fossé social résultant en grande partie du fossé entre les salaires.

Il n’existe aucune différence entre la Constitution de 2012 et celle de 1971 concernant le fossé entre les salaires. Chacune d’elles n’inclut que des paroles vagues sur le plafond minimal et maximal des revenus. Aucun critère n’est déterminé pour garantir que le plafond minimal soit suffisant pour répondre aux besoins essentiels ou garantir une vie décente. Il n’existe aucune garantie non plus que ce plafond minimal réalise son objectif en cas de hausse des taux d’inflation. Par ailleurs, il n’existe aucune relation entre ce qui a été cité sur les plafonds maximal et minimal et le comblement de l’énorme fossé social, car la Constitution de 2012 ouvre grand la porte aux exceptions. Elle a ajouté à la Constitution de 1971 un texte permettant les exceptions en ce qui concerne le plafond maximal de salaires. L’exception constituait la règle pendant les dernières décennies, bien que l’ancienne Constitution ne l’ait pas permis. Qu’adviendra-t-il maintenant que la Constitution le permet franchement ?

Le lien établi entre les rémunérations et la production dans l’article 14 contribuera à élargir le fossé social. Il déprimera aussi les travailleurs au lieu de les encourager à travailler. Il est tout à fait erroné d’établir ce lien entre les rémunérations et la production pour la simple raison que ce n’est ni l’ouvrier, ni l’employé qui détermine la question de la production, mais la direction de l’entreprise, qu’elle soit publique ou privée. L’ouvrier ou l’employé n’assume qu’une petite partie de la responsabilité de la production. C’est la direction qui assume la plus grande responsabilité car c’est elle qui décide le niveau de développement des outils de production, des compétences et des services. Le volume de la production et les plans qui y sont liés sont la décision de l’administration. L’ouvrier ou l’employé n’a aucune relation avec ces plans.

Si le lien établi entre les rémunérations et la production constitue une erreur de principe, il constitue aussi un grave danger lors des périodes de crises lorsque diminuent les taux de développement et augmente la récession pour des raisons relatives non seulement aux crises économiques, mais aussi à l’instabilité politique et à la méthode de gestion des affaires de l’Etat. Dans tous les cas, il s’est avéré que l’établissement du lien entre les rémunérations et la production — et non pas les prix — contribue à l’aggravation de la crise socioéconomique, car il élargit le fossé entre les grands et les plus petits salaires, mais aussi parce qu’il anéantit l’enthousiasme pour le travail, la production et la créativité.

De plus, la baisse des salaires — à cause de leur relation avec la production — et l’élargissement du fossé social qui en découle privent l’économie de l’un des principaux facteurs de développement : l’augmentation de la demande sur les marchandises et les services. En effet, lorsque l’ouvrier ou l’employé gagne un plus grand salaire, ses dépenses augmentent, ce qui accroît la production et crée de nouvelles offres d’emploi.

Si nous ajoutons à tout cela que la Constitution ne comprend aucune garantie concernant les droits des paysans — notamment les droits liés à l’augmentation de la production agricole — cela signifie que la Constitution s’éloigne de la cause la plus critique pour l’avenir de l’Egypte : la résolution de la crise socioéconomique croissante.

La nouvelle Constitution est bien loin de la plus grande crise actuelle, une crise dont dépendra l’avenir des générations futures.

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