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L’Egypte et l’Arabie saoudite

Dimanche, 02 août 2015

La « Déclaration du Caire » signée le 30 juillet par l’Egypte et l’Arabie saoudite prouve la volonté des deux pays de sceller leur alliance sur plusieurs niveaux : stratégique, militaire et économique. C’est la démonstration de la nouvelle configuration régionale qui se met progressivement en place.

Les deux pays se sont rapidement rapprochés, après la chute des Frères musulmans en juillet 2013. Ils partageaient la même vision sur le danger que représentent la confrérie et l’islam politique en général. C’est ainsi que Le Caire et Riyad ont déclaré les Frères musulmans organisation terroriste, respectivement en décembre 2013 et en mars 2014. Les deux pays s’accordaient aussi sur la nécessité de combattre les groupes islamistes qui usent de la violence à des fins politiques, comme Al-Qaëda. L’apparition plus récente, depuis l’été 2014, de l’Etat Islamique (EI) et son expansion rapide en Iraq et en Syrie, ont quelque peu changé la donne et modifié les priorités, selon les intérêts directs des uns et des autres, influencés principalement par leurs positions géographiques. Cette montée en puissance de l’EI a suscité une mobilisation régionale et internationale contre cette organisation terroriste, escamotant l’intérêt porté à la confrérie, ennemi numéro un du régime égyptien.

Au Yémen, pays voisin de l’Arabie saoudite, les gains militaires éclair de la rébellion houthie, alliée de l’Iran, à partir de septembre dernier, ont donné à Riyad un sens de l’urgence à la nécessité de contenir l’expansion de l’influence de Téhéran dans le Machreq arabe, notamment en Iraq et en Syrie, mais aussi au Yémen, dans la bande de Gaza et au Liban. Cette volonté d’endiguement de la République islamique a poussé l’Arabie saoudite à adoucir sa politique, à prendre langue et à coopérer avec tous ceux qui s’opposent ou peuvent s’opposer à l’expansion « chiite » iranienne. C’était le cas avec les principaux alliés régionaux des Frères musulmans, la Turquie et le Qatar. Les trois pays coopèrent aujourd’hui pour renverser le régime de Bachar Al-Assad en Syrie, allié stratégique de l’Iran. Pour ce faire, ils soutiennent l’opposition armée anti-Damas, dont l’une des composantes est la mouvance des Frères musulmans.

C’est également le cas au Yémen, où l’Arabie saoudite mène une coalition militaire régionale et internationale, à laquelle participe l’Egypte, pour défaire les Houthis. La récente reprise par les forces loyalistes au régime du président Abd-Rabbo Mansour Hadi, soutenues par Riyad, de la capitale du sud du Yémen, Aden, a été suivie de la nomination comme gouverneur de la ville de Nayef Al-Bakri, qui appartient au parti Al-Islah, de la mouvance des Frères musulmans. Riyad a également reçu ces dernières semaines divers dirigeants régionaux de la mouvance de la confrérie : Abdel-Méguid Al-Zindani, chef d’Al-Islah, Rached Al-Ghannouchi du parti Ennahda tunisien, Hammam Saïd, guide des Frères musulmans en Jordanie, et Khaled Mechaal, chef du Hamas palestinien.

Bien que la famille royale saoudienne continue de percevoir avec suspicion la confrérie, elle considère que les derniers coups reçus par celle-ci, depuis sa chute en Egypte, l’ont affaiblie dans la région. Pour elle, la confrérie est devenue une menace de moindre importance, alors que l’EI et l’Iran représentent un danger autrement plus grave et imminent. D’où la quête de Riyad d’une alliance régionale, la plus large possible, pour faire face à l’expansion de l’influence de Téhéran et au danger de l’EI.

Ces différences de priorités n’empêchent pas que l’Egypte et l’Arabie saoudite partagent la même vue générale sur les dangers qui menacent la région, à commencer par la menace terroriste, notamment en provenance de l’EI, l’expansion de l’influence régionale de l’Iran et ses effets déstabilisateurs, le danger de l’islam politique, notamment celui des Frères musulmans. Les deux pays sont conscients que contrer ces diverses menaces ne peut se faire individuellement et que par conséquent ils doivent unir leurs efforts, à un moment où les Etats-Unis, suivis par les autres grandes puissances, marquent un retrait dans la région et évitent toute implication militaire directe.

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