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La Constitution et la culture politique

Lundi, 31 décembre 2012

Le conflit actuel autour de la nouvelle Constitution soulève de nombreuses interrogations sur l’avenir du pays. La première de ces interrogations porte sur la culture politique en Egypte et les moyens de remédier aux différends en cette phase très critique.

La culture politique a une influence sur la manière dont les citoyens se comportent envers les questions d’intérêt national. Et cette influence est encore plus importante pendant les périodes de division et de troubles sociaux.

La culture politique peut aider une société à surmonter rapidement et sans grandes pertes de telles phases difficiles. Mais cette même culture peut aussi causer le prolongement de l’instabilité, avec des conséquences graves que la société doit assumer.

C’est le cas dans notre société. La culture politique est l’une des causes du prolongement de la crise constitutionnelle, depuis la polémique sur l’élection présidentielle jusqu’au référendum sur la Constitution, en passant par la bataille autour de la formation de la première puis la seconde assemblée constituante.

Cela signifie que le scénario politique en Egypte se répète sous différentes formes mais que son contenu ne change pas. Celui-ci comprend 3 problèmes essentiels, ancrés dans notre société depuis la fin du XIXe siècle, et qui ont refait surface pendant le récent conflit sur la Constitution.

La réalité c’est que la culture politique de notre pays n’est pas de nature à permettre un compromis, parce que le principe d’accepter l’autre est faible ou inexistant. Mais aussi parce qu’on ne reconnaît pas que cet autre est un partenaire dans la même patrie et qu’il faut s’entendre avec lui au lieu de tenter de le soumettre.

Le principe du compromis dans n’importe quelle société peut être comparé à la structure d’un bâtiment. Il est impossible de ne pas s’accorder sur les quantités de fer, de ciment et de sable nécessaires à une construction. Car n’importe quel différend signifie l’effondrement éventuel du bâtiment. C’est la même chose en politique. Il n’est pas possible d’élaborer un grand projet comme la Constitution sans compromis.

La faiblesse, en Egypte, de cette culture du compromis a fait que le projet de Constitution n’a pas joui de l’approbation de la société. Le compromis requis était difficile à atteindre parce que le Conseil suprême des forces armées a décidé le 3 février 2011 de suspendre la Constitution de 1971. Puis parce qu’il s’est avéré impossible de parvenir à un consensus sur les priorités : élection présidentielle ou rédaction de la Constitution ? Et c’est le référendum du 9 mars 2011 qui a tranché la question.

Il n’y a pas eu d’entente sur la formation de l’assemblée constituante, qui, à son tour, n’a pas pu s’entendre sur le projet de Constitution. Ce qui a causé de profondes divisions qui se sont répercutées sur le référendum des 15 et 22 décembre.

L’échec de l’assemblée constituante à trouver un compromis a révélé l’existence d’un second problème, à savoir l’incapacité d’engager un dialogue qui peut ouvrir la voie à une entente. Le dialogue n’est ni une simple discussion entre deux personnes où chacun exprime son avis, ni un programme de talk-show à la télévision. Pour que la discussion se transforme en dialogue, il faut que toutes les parties soient prêtes à s’entendre, tout en étant convaincues qu’il est possible qu’une partie trouve une solution auprès de l’une des autres parties.

Mais notre culture politique ne comprend malheureusement pas le terme « dialogue », et cela constitue une rupture avec notre héritage historique éclairé. L’imam Al-Chafeï disait : « Notre avis correct peut être faux et l’avis faux des autres peut être correct ».

Cette faiblesse de la culture du dialogue et du compromis est liée à une troisième problématique, qui consiste à confondre entre élection et mandat. Lorsque cette confusion a lieu, on franchit la ligne rouge qui sépare la démocratie de la dictature. La confusion entre élection et mandat commence quand les urnes sont isolées du contexte. Cela peut s’aggraver au point de faire des urnes les cercueils de la démocratie au lieu d’en faire un moyen de la pratiquer.

La réalité d’une élection est qu’elle n’octroie pas au vainqueur un mandat absolu. Le mandat obtenu est limité par les règles du jeu démocratique, le respect de l’opposition et la protection des minorités. Il est par essence temporaire jusqu’aux élections suivantes.

La situation est plus grave quand il y a confusion entre l’autorité en tant qu’outil de pouvoir pendant une période limitée et la Constitution qui doit être au-dessus de cette autorité.

L’autorité change en vertu de l’alternance du pouvoir, alors que la Constitution ne change pas.

Reste un quatrième problème, une quatrième circonstance aggravante : la confiance. Nul besoin d’être un grand génie pour comprendre que personne n’a confiance en personne sur la scène politique actuelle. Ce problème n’est pas nouveau, mais il s’est aggravé ces derniers mois. Quand la confiance disparaît à ce point, les gens sont perdus, la société tombe dans la confusion et la peur sévit. Quand tout ceci a lieu au cours d’une phase transitoire difficile, il devient utopique d’instaurer une Constitution jouissant d’un consensus général, et les chances de dialogue national s’amenuisent, jusqu’à ce que tout le monde comprenne de nouveau la nécessité d’une action nationale commune.

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