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La stabilité, une nécessité

Lundi, 31 décembre 2012

La seconde phase du référendum s’est achevée. Certains sont sortis vainqueurs et d’autres perdants. Cependant, la question persiste : Est-ce que la bataille est terminée ? Est-ce que les Egyptiens retrouveront la paix après le conflit autour de la Constitution ?

Je ne pense pas que les choses soient aussi simples. Et il est fort possible que la violence verbale s’exacerbe. Nous nous retrouverons alors face à une Egypte désespérée.

La bataille de la Constitution a mis un terme à la seconde phase de la transition qui a commencé avec l’accession au pouvoir du président Morsi en juin 2012. Ainsi, l’Egypte est entrée dans la troisième phase de la transition, qui devait être une phase de concorde nationale afin de la sortir de la crise économique écrasante. Cependant, la déception est de mise. Il ne s’agit pas de pessimisme mais ainsi est le sentiment populaire. La nouvelle Constitution ne crée pas de véritable régime démocratique. Les contours du régime politique ne sont pas clairs, à l’exception du volet relatif à l’augmentation des prérogatives du président de la République et au déséquilibre entre les pouvoirs exécutif et judiciaire en faveur du premier. De plus, les droits sociaux ne sont pas garantis pour la quasi-majorité des Egyptiens. Le système économique adopté n’est pas défini de manière claire. Les droits des ouvriers et des paysans ne sont pas suffisamment clairs. Les organismes de contrôle doivent jouir d’une indépendance par rapport au pouvoir exécutif. Quant au statut de la femme, il a régressé.

Au niveau des sentiments populaires, tout le monde sait que la majeure partie de ceux qui ont voté en faveur de la Constitution ne savent pas que celle-ci peut occasionner des souffrances sur le plan social. Ils ne réalisent pas l’ampleur du recul au niveau de leurs droits sociaux et économiques. Les partisans du « oui » qui ont gagné la bataille du référendum savent très bien que la majorité des personnes favorables à la Constitution ont été trompées tantôt au nom de la charia, tantôt au nom de la stabilité. Vu des expériences similaires dans d’autres pays, il est fort probable que les « vainqueurs » du référendum aient plus de confiance en eux-mêmes. Il n’y a pas de mal à cela si ce sentiment est un motif d’union et non de division. Cependant, tout porte à croire qu’il y aura des règlements de comptes. La presse et les médias seront ciblés. Les journalistes défendront les droits déjà acquis tout au long des dernières décennies. C’est pourquoi il est fort probable que les tribunaux témoignent de nombreux procès qui accableront la troisième phase transitoire. Cette phase sera celle de la confiscation des libertés au lieu de leur renforcement.

Dans ce même contexte, on assistera au jugement de leaders politiques accusés de complot contre la légitimité. Un complot qui n’existe que dans la tête des partisans de l’islam politique. Si cela se produit, les places publiques dans toutes les villes égyptiennes exploseront de nouveau, l’économie s’effondrera et les investisseurs fuiront le pays. Ainsi, ce sera la catastrophe pour l’Egypte.

Un esprit de vengeance mêlé à un sentiment de victoire peut anéantir toutes les chances d’un véritable dialogue politique national.

Nous avons besoin d’un dialogue national sérieux et non d’un dialogue élitiste. Si la scène politique reste bloquée de la sorte, tout discours sur le rétablissement de la cohésion sociale sera impossible, car une profonde division s’est produite au sein de la société, ce qui nécessite un grand effort pour rétablir l’union entre les Egyptiens.

Par ailleurs, les citoyens qui ont refusé la Constitution resteront convaincus que cette dernière ne les représente pas. Ces gens représentent la majeure partie de la classe moyenne égyptienne, qui est considérée comme la soupape de sécurité de la société et de l’Etat égyptiens. La nation ne se redressera jamais si sa classe moyenne la plus éduquée se sent écartée.

L’éventuel règlement de comptes touchera également de nombreux responsables de l’exécutif sous prétexte d’appliquer l’article relatif à l’isolement politique de la nouvelle Constitution. De nombreuses personnes seront victimes d’injustice, d’autres seront le carburant de la violence sociale, alors que d’autres encore préféreront trouver refuge à l’étranger. On procédera ainsi à une exclusion des compétences. Ce qui signifiera que l’Egypte, après l’adoption de la nouvelle Constitution, n’est pas pour tous les Egyptiens, mais seulement pour une partie, du moins pour un certain temps.

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