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Le pari de la stabilité politique

Lundi, 24 décembre 2012

Je ne crois pas que l’annonce des résultats du référendum sur le projet de Constitution permettra de rétablir la stabilité en Egypte. En effet, le projet de Constitution a été élaboré par une assemblée constituante dont la composition n’était pas équilibrée. Il a été approuvé après le retrait d’environ le tiers des membres de l’assemblée qui ont refusé la dictature de la majorité. Celle-ci voulait imposer tyranniquement ce texte défectueux. La stabilité politique ne sera jamais rétablie si on ne parvient pas à une véritable entente nationale fondée sur la citoyenneté, loin de toute discrimination. L’Egypte doit jeter les bases d’un Etat de droit, un Etat basé sur le principe de la citoyenneté et le respect des lois que ce soit au niveau politique, économique, social ou culturel. Ce que la nouvelle Constitution plébiscitée ne réalisera sûrement pas.

Parier sur la stabilité politique après le référendum est une grande supercherie. Car la nation est divisée en deux camps belligérants. Le premier veut instaurer un Etat religieux, celui d’Al-Faqih, et le second aspire à un Etat civil. La confrérie des Frères musulmans et ses alliés sont devenus aujourd’hui des forces anti-révolutionnaires, car ils se sont opposés au principe de la citoyenneté en tant que fondement de la deuxième République. Je pense que la victoire de la révolution ne peut se traduire que par l’application de ce principe incontournable. De jeunes Frères musulmans se sont révoltés contre le principe de l’obéissance aveugle qu’on leur inculque au sein de la confrérie et contre l’usage de la religion à des fins politiques. Ils se sont alignés sur les forces révolutionnaires. Parallèlement, les partis et les forces politiques révolutionnaires et démocratiques ont élargi leurs rangs avec à l’avant-garde de jeunes révolutionnaires qui agissent de leur propre chef et qui n’ont pas besoin d’obéir à un commandement donné.

Les hommes politiques qui gouvernent actuellement ont pour seule motivation l’avidité du pouvoir. Leur comportement se caractérise par l’opportunisme. Ils concluent des marchés qui vont totalement à l’encontre des objectifs nobles de l’Etat citoyen. Faut-il rappeler que beaucoup de leaders ont chuté à cause de leur cupidité et qu’ils ont payé cher le musellement de l’opposition ? Tout cela pour dire que l’unique garant du progrès vers un Etat citoyen est la confiance que la nation a en elle-même. Il faut que le président, les députés élus à travers les urnes au cours d’élections intègres et toutes les institutions soient soumis à l’interrogation. Car c’est là l’une des caractéristiques de la société démocratique et de l’Etat de droit.

Je fais ici un plaidoyer en faveur de l’Etat citoyen. La « deuxième révolution » que nous vivons en ce moment, bien qu’elle implique des dangers, a donné une impulsion à la vie politique. Elle a produit un recul des forces dites de l’islam politique au profit des forces démocratiques et révolutionnaires qui ont beaucoup gagné sur le terrain. La nation égyptienne n’oubliera jamais l’instrumentalisation odieuse de la religion pour réaliser des acquis politiques à court terme. Le camp de l’islam politique a confisqué la Constitution. Il a accusé d’apostasie l’opposition et a sapé les bases de l’Etat de droit en bénissant la déclaration constitutionnelle tyrannique du 22 novembre et en paralysant les travaux de la Haute Cour constitutionnelle. Il a pour ainsi dire porté atteinte à l’unité de la nation et à l’identité nationale.

Pour finir, disons que la stabilité ne sera pas rétablie avec l’annonce des résultats de ce référendum, entaché d’irrégularités et mené sans transparence. La stabilité politique ne sera jamais rétablie par le mépris de l’éthique au profit des visées opportunistes. La Constitution doit être remaniée de manière radicale ou, disons-le, doit être remplacée par une autre Constitution consensuelle sur laquelle toute la société est d’accord. Une Constitution où prévaut le principe de la citoyenneté et qui ne connaît pas l’exclusion qui est, malheureusement, la devise de l’Etat religieux l

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