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Comment l’Egypte pourra-t-elle sortir de l’impasse économique ?

Lundi, 24 décembre 2012

Après l’approbation par référendum populaire, samedi dernier, du texte de la nouvelle Constitution, l’Egypte va-t-elle enfin retrouver le chemin de la stabilité ? Le camp présidentiel et le courant islamiste avaient soutenu que l’adoption de la loi fondamentale était une étape importante dans la mise en place des institutions démocratiques et vers l’achèvement de la période de transition, une condition sine qua non à un retour à une situation plus normale. Cet argument a été relayé, lors des deux phases du référendum constitutionnel, par bon nombre de votants, exaspérés par presque deux ans de troubles sociaux, d’insécurité et d’instabilité politique et économique. Rien n’assure cependant ce retour espéré à une situation plus normale. Forte de taux importants d’abstention et de vote négatif, l’opposition libérale a juré de faire tomber la nouvelle Constitution. Même si sa capacité à mettre à exécution cette menace est sérieusement mise en doute, Hicham Mourad Hosni Moubarak, le 11 février 2011. Beaucoup a été dit sur la dégringolade de l’économie égyptienne en raison des troubles politiques et sécuritaires qui secouent le pays depuis le 25 janvier 2011, date du déclenchement du soulèvement populaire contre l’ancien régime. Le taux de croissance est ainsi passé de presque 6 % en 2009-2010 à moins de 2 % en 2011-2012, de moitié inférieur au 4 % nécessaires pour maintenir en l’état le taux du chômage, qui a officiellement grimpé de 9% à 12,6 % de la force de travail, dont la moitié est composée de jeunes âgés de 15 à 24 ans. Le déficit budgétaire a grimpé entre les deux mêmes années de 8,3 % à 11 %, en raison du ralentissement économique, dû notamment au tarissement des investissements directs étrangers, qui ont chuté de 2,9 milliards de dollars au premier trimestre de 2011 à seulement 219 millions au premier trimestre de 2012, et à la baisse des revenus de l’Etat, à cause de la chute de 34 % des revenus du tourisme, source majeure de devises fortes. En conséquence, les réserves de la Banque Centrale ont dégringolé de 36 milliards de dollars en décembre 2010 pour se stabiliser à quelque 15 milliards aujourd’hui, grâce à l’assistance des pays du Golfe, Arabie saoudite et Qatar, ainsi qu’à celle de la Turquie. Cette somme couvre à peine trois mois d’importations, seuil de sécurité minimum établi par le Fonds Monétaire International (FMI). Les négociations engagées avec ce dernier pour uncréditde 4,8 milliards de dollars sont révélatrices de qui ne voulaient pas endosser la responsabilité d’un surendettement du pays, ainsi que par les Frères musulmans et les salafistes, qui le considéraient comme contraire à la charia puisqu’il pratiquait des taux d’intérêt qui s’apparentent, selon eux, au « riba» (usure), le crédit négocié avec le FMI a été finalement abandonné par le gouvernement. Mais une fois au pouvoir sous la houlette du président Mohamad Morsi, les Frères musulmans ont renoncé à leurs objections de départ et ont repris langue avec l’institution monétaire internationale pour obtenir cette fois-ci un crédit de 4,8 milliards de dollars. Ils ont justifié leur volte-face par les nécessités de la conjoncture qui priment, selon eux, sur les interdits religieux. Le 20 novembre, Le Caire et le FMI annoncent avoir signé un accord préliminaire en contrepartie d’une série de réformes économiques visant à réduire le déficit budgétaire, via une baisse des subventions sur l’énergie et une hausse des taxes sur plusieurs produits de consommation. A peine les hausses annoncées le 11 décembre par le gouvernement, le président les suspend quelques heures plus tard de peur qu’elles n’influent sur le résultat du référendum sur la Constitution, dont la première phase était prévue le 15 décembre. L’opposition avait saisi l’occasion de cette erreur de choix de la date de l’annonce des hausses des prix pour l’inclure dans sa campagne de mobilisation et de manifestations contre le référendum. Le FMI a par la suite annoncé le report sine die de la conclusion de l’accord final avec est de nature à rétablir la confiance dans l’économie égyptienne et à rehausser sa crédibilité. Ainsi, l’accord avec le Fonds devait assurer des aides financières extérieures de 14,5 milliards de dollars promises par d’autres donateurs, dont les 4,8 milliards prévus par le FMI. La Banqueafricaine de développementavait indiqué récemment qu’elle débourserait une aide promise à l’Egypte de 500 millions de dollars en cas de conclusion d’un accord avec le FMI. Idem pour l’Union européenne qui conditionne en outre son assistance à la poursuite d’un processus de démocratisation à même de rétablir la stabilité politique dans le pays. L’Allemagne par exemple a annoncé avoir reporté un plan d’allègementpartiel de la dette d’un montant de 320 millions de dollars, en raison de l’instabilité politique en Egypte. Le gouvernement égyptien devrait renouer avec le FMI en 2013. Cela posera de nouveau le problème de l’application de la recette amère du FMI qui doit forcément se traduire, au moins dans un premier temps, par des hausses de prix dont les premiers à en payer le prix seraient les couches populaires et la classe moyenne, celles-là mêmes qui aspirent ardemment, depuis le soulèvement du 25 janvier, à une amélioration de leurs conditions de vie. Le maintien à long terme des Frères musulmans au pouvoir tient en premier lieu à leur capacité à relancer l’économie et à faire goûter aux pauvres et à la classe moyenne les fruits de cette reprise économique. Or, le chemin de la croissance et de la réforme

la mobilisation populaire qu’elle pourrait provoquer peut mettre la stabilité recherchée à dure épreuve. Pourtant, cette stabilité, tant politique que sécuritaire, est plus que jamais nécessaire pour freiner la détérioration de la situation économique et remettre sur les rails une économie saignée à blanc depuis la chute du président l’impact négatif décisif des troubles sociaux et de l’instabilité politique sur l’économie. Entamés en mai 2011 sous le régime des militaires qui avaient pris le relais après la chute de Moubarak, les pourparlers menés par le gouvernement de transition d’alors portaient sur l’octroi d’un crédit de 3,2 milliards de dollars. Rejeté par les militaires, l’Egypte, initialement prévu le 19 décembre. L’importance d’un accord avec le FMI réside non dans le montant de l’assistance accordée, mais dans le fait qu’il tient lieu de satisfecit assurant aux autres bailleurs de fonds que l’Egypte s’est engagée dans le chemin de l’assainissement économique. Il économique passe nécessairement par des mesures impopulaires. Pour les faire appliquer, le pouvoir aura besoin d’un large soutien politique, comprenant une bonne partie de l’opposition. Pour y parvenir, il devrait rectifier le tir et engager une politique inclusive, plus ouverte au dialogue et au compromis avec les forces de l’opposition.

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