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Meurtre et enlèvement

Lundi, 17 décembre 2012

L’autre jour, la journaliste italienne Anna Vanuccini m’a questionné sur la mort de mon confrère Al-Husseiny Abou-Deif le 6 décembre. D’emblée, je lui ai dit qu’il n’était pas tombé en martyr mais qu’il a été victime d’un meurtre prémédité. Al-Husseiny menait une enquête pour son journal, Al-Fajr, sur les sources de financement de l’Organisation des Frères musulmans, inconnues du grand public. Plusieurs balles perfides d’un franctireur ont alors mis fin à sa vie. Le meurtrier a visé son front. Autrement dit, il a vu sa victime et lui a délibérément tiré dessus.

Anna Vanuccini m’interpelle alors : « N’est-il pas mort d’une balle hasardeuse, comme d’autres personnes pendant les manifestations ? ». Il est vrai que certains ont reçu, par malchance, des balles de plomb tirées au hasard. Mais celle qui a atteint Al-Husseiny est l’unique balle réelle recensée la semaine dernière. La mort d’Al- Husseiny intervient au moment où il est question d’une liste de personnes potentiellement ciblées par les Frères musulmans. Ces derniers suivraient, en effet, la politique de liquidation qui a toujours été la leur, eux et les autres factions de l’islam politique. Parmi les victimes de cette politique d’assassinat, on trouve Al-Noqrachi pacha, Ahmad Maher, Dr Farag Fouda, sans oublier la tentative d’assassinat manquée contre l’écrivain, Naguib Mahfouz.

J’ai conseillé à la journaliste italienne, officiant pour La Repubblica, l’un des plus importants journaux italiens, de traduire les sites Internet des Frères musulmans. Il fallait qu’elle comprenne leur niveau de bassesse politique et morale. Il fallait qu’elle témoigne du martyre de la presse égyptienne. Je lui ai mentionné l’un de ces sites, où l’on pouvait lire : « Aujourd’hui est décédé le journaliste Al-Husseiny Abou-Deif, du journal Al-Fajr wal diarah (Al-Fajr et la prostitution). (ndlr : le mot Fajr qui désigne ici un nom propre pour désigner un journal peut aussi s’il est prononcé différemment signifier turpitude, ce à quoi fait allusion le titre ici). Il est mort alors qu’il travaillait dans un journal ennemi de Dieu, de son prophète et de sa religion. Il est mort dans un camp à majorité chrétienne, devenu emblème de la mécréance et de la guerre contre la religion de Dieu. Il est mort, et ses collègues, tout aussi mécréants et laïques, lui ont apporté leurs condoléances. Que Dieu nous protège d’une fin similaire ». Parallèlement, le site électronique en anglais des Frères stipulait q u ’ A l - H u s s e i n y faisait partie de la confrérie, et que « des baltaguis (hommes de main) du Front national du salut ont été payés pour le liquider ». Vraisemblablement, les Frères veulent dire au monde que ce sont eux les victimes, comme sait le faire, par exemple, Israël. J’ai conclu auprès de ma consoeur italienne : « Les Frères ont kidnappé la révolution, la Constitution, et maintenant, ils essaient de s’approprier les martyrs. Mais ils le font d’une manière vile. Ils les assassinent, avant de les compter parmi leurs victimes ».

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