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Du bruit mais peu d’impact

Rasha Hanafy, Mercredi, 31 octobre 2012

La 4e rencontre environnementale arabo-africaine s'est tenue cette semaine à Louqsor. Au centre des discussions : la question du partage des eaux dans le bassin du Nil. Les spécialistes sont sceptiques sur l'efficacité de ce genre de rencontres.

Eau
Le barrage du Millénaire en Ethiopie pourrait faire perdre à l'Egypte 9 milliards de m3 de sa part annuelle d'eau.

«Un seul fleuve … Un seul peuple ». Tel était le slogan de la quatrième rencontre environnementale tenue avec 350 jeunes africains et arabes venant de plus de 35 pays. Il s’agit d’une rencontre organisée à Louqsor par l’Organisation islamique pour l’éducation, les sciences et la culture, en coopération avec l’Union arabe des jeunes et de l’environnement, relevant de la Ligue arabe. Cette réunion, qui a duré 5 jours, a discuté en premier lieu de la question de l’eau entre les pays du bassin du Nil et les défis face aux autres bassins du continent. Des ateliers ont été tenus portant sur les différents moyens et technologies pour rationaliser l’utilisation de l’eau dans tous les domaines, les relations étrangères et culturelles, le rôle de la diplomatie populaire et la complémentarité économique entre les pays arabes et africains. « Cette rencontre est considérée comme une étape importante pour que les jeunes assurent la communication entre populations et gouvernements dans les pays concernés. Il est question d’essayer de rapprocher les points de vue en ce qui concerne la question de l’eau entre les pays du bassin du Nil, visant à trouver des solutions raisonnables en évitant les impacts négatifs sur l’avenir de l’eau dans ces pays », a expliqué Magdi Allam, président de l’Union des jeunes et de l’environnement, durant son discours inaugural. Il a dénoncé les conflits entre les pays africains riverains du Nil portant sur 55 milliards de m3, alors que la quantité d’eau déversée dans ce fleuve s’élève à 700 milliards de m3. Les questions de la désertification, à cause de laquelle des milliers d’hectares sont perdus dans les pays arabes et la pollution des eaux des mers dans le monde arabe ont été également débattues durant la rencontre. Au terme des activités organisées, un programme d’arborisation à Louqsor a eu lieu dans le cadre de la campagne internationale lancée par l’Onu, visant à planter un milliard d’arbres dans le monde pour combattre les changements climatiques. L’organisation de cette rencontre entre jeunes africains et arabes intervient à l’issue de l’acceptation du bureau exécutif du Conseil des ministres des Ressources hydrauliques arabes, de la stratégie de la sécurité de l’eau dans le monde arabe visant à faire face aux défis et aux exigences du développement durable dans l’avenir.

Bons offices

Malgré les objectifs importants de cette rencontre sur le plan de l’environnement, des spécialistes valorisent les bons offices des organisateurs, mais minimisent les impacts sur le plan pratique et réel, notamment en ce qui concerne une question d’importance extrême comme les eaux du bassin du Nil. Pour eux, la question ne dépasse, en aucun cas, le fait de sensibiliser la nouvelle génération pour ce qui est de ses ressources naturelles et les moyens de les conserver. « Je salue toutes ces bonnes intentions. Je considère cette rencontre comme un essai qui vise à accroître la sensibilisation des jeunes des différents pays, notamment ceux qui partagent le bassin du Nil, 11 pays après la séparation du Soudan du Sud. Des réunions pareilles réalisent la coopération et éradiquent l’hostilité entre les peuples. Mais les politiques et les intérêts des gouvernements diffèrent de tous ces bons offices », assure Maghawri Chéhata, spécialiste international de l’eau et des barrages, ancien professeur à l’Université de Ménoufiya. Selon lui, la question des eaux du bassin du Nil est beaucoup plus compliquée. Les principes et les positions de chaque pays ne peuvent être facilement changés.

A ce jour, les informations sur le barrage du Millénaire en Ethiopie sont insuffisantes. Les réunions des comités tripartites égypto-soudano-éthiopiens visant à étudier les répercussions négatives et positives de ce barrage sur les trois pays sont reportées. La région des Grands Lacs, source naturelle du Nil, demeure un objectif pour nombreux acteurs sur l’échiquier. Ce qui fait que des rencontres comme celle de l’Union arabe pour les jeunes et l’environnement revêtent peu d’importance tant que les jeunes n’ont aucun pouvoir sur le plan pratique. « Nous devons être réalistes, en Egypte. Il doit y exister des programmes sérieux pour arrêter tout gaspillage de l’eau et nous devons entrer rapidement le monde de la technologie de désaliénation de l’eau. Pas moyen de résoudre cette question de l’eau dans le bassin du Nil en organisant ce genre de rencontres. L’affaire concerne les intérêts des pays », indique Samer Al-Mufti, ancien secrétaire général du Centre de recherches sur les déserts. En effet, la question de l’eau et de l’hydroélectrique exige plus d’efforts sur le plan des accords, de la coordination et de la transparence entre les pays concernés.

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