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Urgence dans la mer Rouge

Rasha Hanafy, Lundi, 14 avril 2014

Pour lutter contre la surpêche et la détérioration biologique de certaines espèces, les spécialistes de la richesse piscicole plaident pour un engagement prononcé en faveur de la pisciculture dans la mer Rouge.

Urgence dans la mer Rouge

C’est en raison de la dégradation rapide de la flore et de la faune dans la mer Rouge que chercheurs et responsables ont décidé de se réunir. Les chiffres de l’Organisme de la richesse piscicole sont la preuve de cette dégradation. Le poisson empereur a disparu à 95% et 92% pour le mulet rouge. Quant aux concombres de mer, ils ont complètement disparu. Il s’agit pourtant des espèces les plus connues dans cet environnement. Des chiffres considérés comme inquiétants par les instances scientifiques de la richesse marine et des pêcheries en Egypte. Ils ont été obtenus après des observations par les chercheurs d’instituts, comme celui des sciences marines et des pêcheries à Alexandrie et à Suez. Des observations des espèces marines qui ont duré plus d’une décennie depuis 2002.

En se basant sur ces statistiques, et pour lutter contre la dégradation des espèces marines de la mer Rouge en Egypte, des universitaires et chercheurs spécialisés dans le domaine de la biologie marine ont donc récemment tenu un atelier.

Pour eux, la pisciculture dans cette zone est une solution en raison de l’absence totale d’alevins des espèces marines de la mer Rouge. Cela est le résultat direct de la surpêche. « La pisciculture dans la mer Rouge est difficile à cause de la surpêche, notamment peu avant la reproduction. Afin de réussir la pisciculture, il faut des alevins des mêmes espèces qui vivent dans le milieu et les conditions de la mer Rouge. Si on ne trouve pas les alevins, on ne peut pas en apporter d’autres espèces pour les élever », explique Mahmoud Hanafy, professeur de biologie marine à l’Université du Canal de Suez et conseiller scientifique auprès de l’ONG HEPCA, qui travaille sur la biodiversité dans la zone de la mer Rouge. Et de préciser: « L’une des raisons de la tenue d’un tel atelier est d’expliquer que le fait d’élever d’autres espèces dans les eaux de la mer Rouge n’aboutit pas. En outre, cela va à l’encontre des lois et conventions internationales signées par l’Egypte. Je dis cela parce qu’il y a un mois, l’Organisme de la richesse piscicole, relevant du ministère de l’Agriculture, ainsi que des responsables de l’Agence Egyptienne pour les Affaires de l’Environnement (AEAE) ont essayé d’élever la dorade et le loup de mer, qui sont des poissons de la Méditerranée. Et l’expérience a bien sûr échoué ».

Il y a un mois, cette expérience a eu lieu à côté de la ville d’Al-Tor, au sud de la péninsule du Sinaï. Le ministère de l’Agriculture et celui de l’Environnement ont financé l’élevage. Il faut mentionner que les fermes piscicoles dans la zone de la mer Rouge en Egypte ne sont que des digues construites par les pisciculteurs dans la zone du golfe de Suez. « Nous avons donc pris la décision que les pêcheurs doivent changer de saisons de pêche. Au lieu des mois d’avril, mai et juin, il faut s’habituer à pêcher en juillet et août. Et ce, pour éviter d’interrompre la saison de reproduction », assure Tareq Al-Qanawati, directeur du bureau technique auprès du secteur de la protection de la nature au sein de l’AEAE.

Interdiction de la pêche

De leur côté, les chercheurs estiment que cette solution n’est pas suffisante. Ils soulignent l’importance de la recherche scientifique pour accroître les quantités des poissons et préserver la biodiversité. « Les recommandations de l’atelier ont souligné l’importance de l’interdiction totale de la pêche des poissons ayant des alevins, la nécessité de la construction d’un laboratoire d’alevinage à des fins de reproduction des espèces de la mer Rouge, ainsi que de l’interdiction des déchets des fermes piscicoles terrestres dans les eaux pour les protéger contre la pollution », assure Hanafy. Pour conserver les récifs coralliens, les participants ont insisté sur le fait que l’élevage en cage doit se faire dans le golfe de Suez, loin des coraux, puisque l’engraissement mène à la fertilité qui aide au développement des algues. Celles-ci couvrent les récifs coralliens et causent leur mort. Pour les spécialistes de la biologie marine, la recherche scientifique à fin de pisciculture pourrait rééquilibrer l’écosystème du stock naturel des poissons qui ne cesse de se détériorer dans la mer Rouge. La décision prise par les responsables de l’AEAE pour faire cesser complètement la pêche aux mois d’avril, mai et juin, est en cours d’exécution en coopération avec les garde-côtes et les ministères concernés. Les quelques prochains mois témoigneront des résultats.

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