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Grandes inquiétudes pour la mer Rouge

Rasha Hanafy, Lundi, 23 décembre 2013

Le projet n'est pas nouveau, mais l’annonce d’un accord tripartite visant, par la construction d'une canalisation, à dessaler l’eau de la mer Rouge et sauver la mer Morte, suscite la colère des spécialistes.

Eau du Jourdain
Israéliens, Jordaniens, Libanais et Syriens détournent massivement l’eau du Jourdain, la source principale d’alimentation en eau de la mer Morte. (Photo : NASA)

C’est un signal d’alarme. Tel est le premier commentaire des spécialistes de l’environnement en Egypte et des chercheurs concernant l’accord signé, la semaine dernière, entre Israël, la Jordanie et l’Autorité palestinienne. Il s’agit de pomper et dessaler l’eau de la mer Rouge du côté du golfe d'Aqaba en Jordanie, pour ensuite tenter de sauver la mer Morte grâce à l’eau salée qui resterait du processus de dessalement, et qui serait achemi­née par un canal de 180 km de long.

Les écologistes mettent en garde contre les déséquilibres d’écosys­tème dans les deux mers et contre la disparition de plusieurs espèces. Mais les auteurs du projet qui tra­vaillent depuis plus de 10 ans avancent de bonnes raisons aussi : ils veulent en premier lieu résoudre des problèmes environ­nementaux dont souffre la popula­tion des trois pays concernés, à savoir : le manque d’eau potable, notamment en Jordanie et dans les territoires occupés, et l’épuise­ment des nappes phréatiques. Ils aspirent également à redonner la vie à une mer morte totalement fermée, dont la concentration en sel augmente au fur et à mesure que son eau s’évapore. Le risque, c’est que cette mer s’assèche com­plètement d’ici 2050. « Personne ne peut être contre les centrales de dessalement de l’eau pour assurer de l’eau potable aux populations qui souffrent d’une pénurie chro­nique (150-300 m3/personne/an). Le danger réside dans le pompage de grandes quantités d’eau de la mer Rouge. Cela créera des cou­rants d’eau qui pourraient mena­cer l’écosystème déjà fragile de la mer Rouge. Aussi, le jet d’eau salée qui résulte du processus du dessalement dans la mer Morte, pourrait causer la mort de plu­sieurs micro-organismes dans cette mer ayant un écosystème très fragile à cause de son taux de salinité élevé », explique Wafaa Amer, professeur de botanique à la faculté des sciences de l’Uni­versité du Caire et spécialiste de la biodiversité.

Outre la construction d’une usine de dessalement, les pro­chaines étapes du projet consistent à construire des centrales hydrau­liques qui pourraient exploiter la dénivellation entre les deux mers pour faire fonctionner des turbines produisant entre 150 et 250 mégawatts. Avec cette nouvelle source d’énergie, il serait possible de produire près de 850 millions de m3 d’eau dessalée et de stabili­ser le niveau de la mer Morte. Selon Amer, avec l’annonce de la signature de cet accord, les déci­deurs d’Egypte doivent donner le feu vert aux chercheurs pour étu­dier les effets négatifs d’un tel projet sur les côtes égyptiennes qui donnent sur le golfe d'Aqaba.

« Cette région est sismique »

C’est en réalité depuis 2010 que les spécialistes égyptiens travaillent sur la question. On compte plusieurs disciplines penchées sur le sujet, comme la géologie, l’environnement, le génie civil et hydrique, la biodi­versité, les sciences marines, ainsi que les responsables de nombreuses instances comme les administrations du dévelop­pement durable et du respect des conventions relevant du minis­tère des Affaires étrangères, et de l’Autorité du Canal de Suez, entre autres. Ils ont soumis un rapport au gouvernement à l’époque présidé par Ahmad Nazif. « C’était un important rapport d’une centaine de pages réalisé par les chercheurs qui ont travaillé sur le terrain en Jordanie. Je dois préciser que cette région est sismique et donc il est dangereux de penser à des canalisations pour acheminer de l’eau ou autre. De plus, une infiltration de l’eau salée de ces canalisations polluera certaine­ment les eaux phréatiques situées à l’est et au centre du Sinaï. Le pompage cause ce genre d’infiltration », assure Mohamad Ibrahim, ancien res­ponsable du dossier au sein de l’Agence Egyptienne pour les Affaires de l’Environnement (AEAE), qui explique que le financement pour une telle étude scientifique n’était pas prêt à l’époque, et elle n’a pas encore vu le jour. Selon lui, il existait un ancien projet de canal reliant la baie de Haïfa (mer Méditerranée) à la vallée du Jourdain, mais il a été abandonné.

Les responsables des réserves naturelles au sein de l’AEAE pré­viennent donc : « Nous examinons actuellement tout ce qui a été rédigé sur ce projet avec les direc­teurs des réserves naturelles du golfe de Aqaba ainsi que les spé­cialistes de la biodiversité. Un rapport sera soumis au ministre d’Etat pour les Affaires de l’envi­ronnement. Les dernières évolu­tions du dossier seront examinées par les hauts responsables de l’Etat », indique Tareq Qanawaty, directeur de la coordination au sein du secteur de la protection de la nature à l’AEAE. Il incite les plus hauts responsables à prendre la décision de mener une étude qui formera une base de données servant tous les domaines du développement durable dans cette zone d’Egypte.

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