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Tourisme  : Les effets de la crise en Russie

Dalia Farouq, Mardi, 23 décembre 2014

La chute du rouble face au dollar a un impact négatif sur le mouvement touristique en Egypte. Touchés par la crise, les Russes annulent leur voyage : une situation qui s'ajoute à un secteur déjà mal en point.

Tourisme 

Les agences de tourisme égyptiennes ont déjà annulé entre 40 et 50% des voyages de touristes russes dans le pays. Ce ne sont que les répercussions de la crise économique actuelle en Russie en raison des sanctions économiques décrétées par l’Occident et la chute des cours du pétrole qui plombent l’économie russe, stimulent l’inflation et font s’effondrer le rouble, qui a perdu près de 50% de sa valeur face au dollar.

« C’est une catastrophe pour le tourisme en Egypte, puisque plus de 25% du mouvement touristique provient de Russie. La chute de la demande russe de 50% signifie qu’il y aura une perte de 12 à 15% des revenus touristiques », explique Tamer Naguib, tour-opérateur. Il ajoute que 4 des plus grandes agences de voyages en Russie ont déclaré faillite, ce qui complique davantage l’affaire.

La Russie est la première source de touristes en Egypte, avec près de 3 millions de touristes cette année, selon l’Association des tour-opérateurs de Russie, citant les données du service fédéral russe des statistiques (Rosstat), soit une hausse d’environ 10% en comparaison à l’année précédente.

Cette situation ne concerne pas uniquement l’Egypte: selon la porte-parole de l’Association du tourisme russe, Irina Turina, la demande pour les voyages hors de Russie a chuté de 30% à 50% pour toutes les destinations. « Les gens n’achètent pas, ou annulent leur voyage même à l’intérieur de la Russie. On sent qu’ils comptent beaucoup plus leur argent », assure-t-elle. En outre, la plupart des agences d’aviation russes ont diminué leurs vols vers toutes les différentes destinations de par le monde. D’autres ont eu recours à de fortes réductions du prix des billets d’avion pour éviter les annulations.

La ville d’Hurghada, sur la mer Rouge en Egypte, est la destination balnéaire la plus touchée par la crise russe. Les chiffres témoignent d’une forte baisse de fréquentation avec, au mois d’octobre dernier, 200 000 touristes russes contre 166 000 en novembre. « Si cette baisse se poursuit et que les Russes continuent à renoncer au voyage, on risque de rater la saison de Noël et du Nouvel An. Vraiment, on comptait sur les Russes à Hurghada en cette fin d’année », se lamente Ahmad Moustapha Al-Doa, directeur du bureau de la promotion touristique en mer Rouge.

Selon Moustapha Khalil, membre de la Chambre des agences de voyages, la chute des arrivées touristiques russes en Egypte pourrait atteindre jusqu’à 70% si le gouvernement ne prend pas de mesures sérieuses pour sauver la situation. Les agences de voyages russes ont présenté cette semaine une proposition à la Chambre des agences de voyages égyptienne. Elle est basée sur l’utilisation de la L.E. et du rouble, sans devise intermédiaire, pendant une durée limitée. Cette solution a été aussi proposée par le président Al-Sissi, selon qui cet échange était appliqué du temps du président Nasser, toujours avec la Russie, lors de la construction du Haut-Barrage.

Selon Moustapha Khalil, il existe un important échange commercial entre l’Egypte et la Russie, et l’équilibre commercial est en faveur de la Russie: l’Egypte importe des denrées stratégiques, comme le blé, et des armes. Ainsi, le rouble des touristes pourrait être utilisé pour acheter des denrées à Moscou. « Ce système limitera la chute des touristes russes en Egypte tout en préservant la valeur du produit touristique égyptien, puisqu’on ne baissera pas les prix, qui sont déjà très bas », dit-il.

Mais Adla Ragab, conseillère économique du ministre du Tourisme, assure qu’une telle proposition doit être étudiée avec précaution, surtout que cela a rapport avec la politique financière du pays, qui lie la L.E. au dollar. « C’est la Banque Centrale qui doit prendre cette décision après des discussions avec le côté russe et une révision des traités commerciaux ratifiés entre les deux pays, afin que la Russie accepte qu’on achète avec des roubles et non des dollars », indique-t-elle.

Quant à Sameh Nouh, directeur d’une agence de voyages sur le marché russe, il estime que le ministère du Tourisme doit trouver des solutions aussi rapides qu’applicables pour cette crise. Il évoque par exemple la ré-application du système des subventions des vols charter et une réduction des frais d’atterrissage dans les aéroports égyptiens... avant une grande campagne de promotion du tourisme égyptien en Russie. Car l’Egypte doit rester le premier choix des Russes, même après la fin de la crise actuelle.

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