Samedi, 20 avril 2024
Enquête > Enquéte >

Tareq Fahmi : La vraie menace, c’est le vide politique

Maha Salem, Mardi, 22 octobre 2019

3 questions à Dr Tareq Fahmi, politologue et professeur de sciences politiques à l’Université du Caire et à l’Université américaine.

Al-Ahram Hebdo : Parties de reven­dications économiques, les manifesta­tions ont vite dégénéré et les manifes­tants se sont tournés contre la classe politique. Que signifie ce ras-le-bol ?

Dr Tareq Fahmi : Certes, l’origine du mouvement est économique, mais on ne peut pas séparer économie et poli­tique. Les manifestants veulent un changement radical dans le système politique, ils réclament la fin de la cor­ruption, mais ils veulent aussi limiter l’influence du Hezbolla. Surtout, nom­breux sont les Libanais qui réclament un changement du système politique basé sur le confessionnalisme. Autrement dit, ils veulent une révision de l’accord de Taëf qui a mis fin à la guerre civile libanaise (1975-1990), un accord basé sur des critères commu­nautaires et confessionnels. Et nombre de Libanais n'en veulent plus. Ils reven­diquent un choix libre et démocrate pour les postes-clés du pays. Or, ceci est difficilement applicable car le com­munautarisme et le confessionnalisme régissent l’ensemble de la vie politique. Par exemple, le ministre de la Défense et son vice-ministre sont des chrétiens, ensuite le troisième poste est occupé par un musulman sunnite. Autre exemple, le ministre de l’Intérieur et son vice-ministre doivent être sunnites. Mais les chiites ne peuvent jamais occuper un poste ni à l’armée ni à la police.

— Les partis politiques tentent cha­cun de récupérer la crise, cela ne peut-il pas attiser les tensions ?

— La démission du gouvernement n’est pas une solution, au contraire, cela ne fera qu’aggraver la situation car le pays fera face à un vide politique et il sera encore une fois difficile de trouver une issue. La crise actuelle résulte notamment de la période de vide politique que le pays a vécu avant les élections de 2018. Ensuite, le premier ministre, Saad Hariri, a passé 8 mois pour pouvoir former son gouvernement. Mais ce dernier est faible. En fait, ce sont les intérêts particuliers et partisans qui prônent et non les intérêts généraux du pays. C’est cela la vraie crise. Et la vraie menace, c’est le vide politique. Déjà, la démission des ministres du parti des Forces Libanaises (FL) de Samir Geagea complique la situation et embarrasse les autres membres du gou­vernement. C’est facile de démissionner mais c’est le pays qui payera le prix.

— Et quels sont les possibles scéna­rios dans la période à venir ?

— D’abord, Saad Hariri a présenté une liste de réformes économiques et poli­tiques, il faut lui donner du temps et les ministres doivent l’aider pour les réaliser. Le Hezbollah, qui refuse la démission d’un gouvernement qui lui garantit ses intérêts, fera tout son possible pour le maintenir, et ce, en soutenant Hariri. Il est aussi possible que le mouvement baisse d’intensité comme ce qui s’est passé en Iraq ou en Algérie. La communauté inter­nationale peut aussi exercer une pression sur les différents partis.

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique