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Accueillis par la Sainte Vierge

Hanaa Al-Mekkawi, Lundi, 26 août 2019

Des milliers de fidèles se rendent chaque année, en août, au monastère de la Sainte Vierge à Dronka, en Haute-Egypte, pour des célébrations en l’honneur de la Vierge Marie. Pendant les deux semaines de jeûne, qui s’achèvent par une fête, l’endroit s’emplit d’une ambiance spirituelle que les visiteurs estiment être sans pareil.

Accueillis par la Sainte Vierge
(Photo : Hanaa Mekkaw)

C’est sur cette terre que la Vierge Marie s’est reposée avec son bébé et qu’ils se sont sentis en sécurité. C’est pourquoi cet endroit porte un secret spirituel et une bénédiction exceptionnels et éternels », dit Oum Guirguis. Elle assiste chaque jour, depuis deux semaines, avec sa famille, au « mouled » (fête) de la Vierge au monastère de Dronka, situé au coeur de la montagne, à l’ouest du gouvernorat d’Assiout, en Haute-Egypte.

Oum Guérguès et sa famille font partie des milliers de fidèles qui viennent chaque année des quatre coins de l’Egypte, et aussi de l’étranger, pour assister à la Fête de la Vierge du 7 au 22 août. Pour atteindre le monastère, il faut monter dans un véhicule et rouler sur la distance de 10 kilomètres qui séparent la ville d’Assiout du monastère. La route monte vers la montagne, on passe près de cimetières chrétiens et musulmans, puis au milieu de champs. Les points de contrôle sont nombreux. Des policiers et des jeunes scouts des 2 sexes se chargent de vérifier l’identité de chaque visiteur et de fouiller ses affaires. Montrer une croix tatouée sur le poignet de la main est suffisant pour passer tout de suite. Sinon, il faut montrer sa carte d’identité.

Accueillis par la Sainte Vierge
(Photo : Hanaa Mekkaw)

On arrive enfin dans la cour du monastère. Celui-ci est toutefois encore loin d’un kilomètre et pour l’atteindre, on peut faire le chemin à pied au milieu de la foule ou monter dans un des véhicules mis à disposition. « J’offre gratuitement ce service pour l’amour de la Vierge », dit Mamdouh, chauffeur, originaire du gouvernorat de Minya, et qui, depuis trois ans, transporte bénévolement avec son microbus les visiteurs du monastère de la cour jusqu’en haut de la montagne. Tous les services présentés pendant la fête sont assumés par des bénévoles, dont aussi des musulmans. Tous veulent être au service de la Vierge pour obtenir sa bénédiction. « Je suis musulman et j’avais fait un voeu que je dois à la Sainte Vierge qui m’a aidé dans un grand problème de ma vie. Alors chaque année, je laisse mon travail et ma famille et je me mets au service des visiteurs », dit Awad Hamid, paysan.

Retrouvailles de toute la famille

Accueillis par la Sainte Vierge
Des bougies allumées portent vers la Vierge les demandes des fidèles. (Photo : Hanaa Mekkaw)

Les visites commencent chaque jour à 6h du matin, heure de la première prière, et durent jusqu’à 23h. Les prières se déroulent dans les différentes églises du monastère et ceux qui n’arrivent pas à atteindre les églises à cause de la foule peuvent suivre les prières et tout autre événement via les micros et les grands écrans dispersés dans tous les coins du monastère. Il y a aussi des visiteurs qui résident au monastère et ne sont donc pas obligés de partir chaque soir et de revenir le lendemain. Le monastère regorge de bâtiments, dont certains comptent jusqu’à 5 étages, avec de grandes salles pour les services religieux et sociaux et des chambres d’hôtes. Alors, certains louent ces chambres, équipées pour accueillir les visiteurs. « Cet appartement est réservé au nom de notre famille depuis plus de 40 ans. On vient l’habiter pendant les semaines de la fête », explique Magued Sabet, ancien employé d’hôtel.

L’appartement est composé d’une seule chambre à coucher avec 2 lits, d’une salle de bain, d’une cuisinette et d’une terrasse. C’est aux visiteurs d’amener tout le reste dont ils ont besoin. Après la fête, les résidents reprennent leurs affaires et quittent les appartements, qui peuvent être loués tout au long de l’année par d’autres visiteurs. Selon Sabet, la période que les gens passent au monastère est une occasion qu’ils attendent chaque année pour que toute la famille se rassemble et pour rencontrer des amis et des voisins dans une ambiance exceptionnelle. « On fait nos prières quotidiennes ensemble ici, dans cet endroit unique, et on rencontre tous les membres de la famille, qui viennent de différents gouvernorats et aussi de l’étranger. On passe un moment vraiment agréable », explique-il.

Accueillis par la Sainte Vierge
Le cortège d'Al-Dora fait le tour du monastère. (Photo : Hanaa Mekkaw)

De temps à autre, on entend des youyous et des cris de joie qui annoncent le baptême d’un bébé ou l’arrivée de nouveaux mariés venus obtenir la bénédiction. « Nombreux sont ceux qui attendent la Fête de la Vierge pour baptiser leurs enfants, alors on compte près de 1500 baptêmes chaque année», déclare père Louca. Dans l’Evangile de Luc, l’ange est apparu à Joseph et lui a dit : « Lève-toi, prends l’enfant et sa mère et fuis en Egypte ». La fuite en Egypte a duré trois ans et dix mois, au cours desquels ils sont passés par 29 sites. Dronka constitue leur dernière station en Egypte, en août, avant le retour en Palestine. Le chemin de la Sainte Famille s’est donc terminé à Gabal Dronka, où une grotte existait dans la montagne. Raison pour laquelle les fidèles font le jeûne de la Vierge en août, du 7 au 21, et que des célébrations religieuses sont organisées par le monastère.

Le monastère, situé à une altitude de 100 m, comprend 11 églises, dont la plus ancienne est celle de la grotte. Il y a aussi celle de Manara, de Mar-Youhanna, d’Al-Milad, d’Al-Negma et d’Al-Salib. Le monastère est une des destinations religieuses les plus importantes pour tous les chrétiens, non seulement d’Egypte, mais du monde entier. Pendant toute la journée, les va-et-vient ne s’arrêtent pas. L’ambiance est intense, remplie de détails qui reflètent un état spirituel et social unique.

Gaieté et spiritualité

Accueillis par la Sainte Vierge
En dehors du monastère, on trouve un souk instable exprès pour le mouled. (Photo : Hanaa Mekkaw)

Partout, on entend des chants et des prières, de temps en temps, on diffuse des annonces concernant des choses ou des enfants perdus. L’odeur des falafels, des légumes frits et du kochari — les mets les plus consommés pendant le jeûne— enveloppe l’endroit. Des enfants tirent leurs parents par la main vers les magasins de jouets, des hommes et des femmes sont occupés à faire des colliers avec des billets d’argent pour les offrir à la Sainte Vierge, des jeunes gens et des jeunes filles passent entre les visiteurs pour leurs offrir des fruits ou des cacahuètes, tandis que certains fidèles restent assis par terre ou appuyés contre un mur à répéter les chants qui rendent hommage à la Sainte Vierge.

« Ya oum al-nour ya adra, echfini be chafaëtek » (oh, Sainte Vierge apporte-moi la guérison), répète à haute voix un homme, tout en posant les mains sur les murs du monastère. Les demandes et les supplications sont sans fin, chacun exprime son voeu, étant sûr que la Sainte Vierge l’entendra. Les espoirs sont forts, surtout en voyant ceux qui viennent remercier la Vierge après que leurs souhaits ont été réalisés, comme avoir un enfant, guérir un proche, marier une fille ou autre. Les voeux présentés et les histoires racontées sur les miracles de la Vierge sont, pour les fidèles présents, la preuve qu’elle est là pour tout le monde, surtout les gens simples qui n’ont d’autres possibilités que de recourir à elle. « Je laisse mon travail et je viens avec ma famille chaque année passer la période du jeûne ici, au monastère, pour assister aux prières et supplier la Vierge de nous protéger », dit Samir Talaat, employé, qui fait des économies tout au long de l’année pour pouvoir passer quelques semaines au couvent. Il affirme qu’il n’a pas les moyens de passer ses vacances autrement, comme aller à la mer ou même au Caire. Alors, il assiste au mouled comme une sorte de divertissement et aussi pour obtenir la bénédiction.

Hanaa, 23 ans, la fille de Samir, raconte que ce qui lui plaît le plus pendant cette fête, c’est qu’elle y rencontre beaucoup de prêtres et qu’elle peut les saluer et discuter avec eux loin des formalités traditionnelles de la rencontre d’un prêtre.

On distingue aussi facilement les pèlerins qui viennent d’Erythrée et d’Ethiopie, où les églises suivent l’Eglise égyptienne.

Quant aux habitants du village de Dronka, ils considèrent ces deux semaines de l’année comme leur saison de prospérité, car ils profitent du grand nombre de visiteurs pour leur vendre leurs produits, leur présenter des services de transport, dessiner des tatous ou autres. « Après le mouled, commence chez nous la saison des mariages, car on gagne de bonnes sommes grâce à la bénédiction de la Vierge », dit Hadi Gamil, paysan et qui travaille comme chauffeur pendant les jours de la fête.

Accueillis par la Sainte Vierge
Les pèlerins africains se déplacent en groupes, en répétant les chants pour la Vierge au rythme des tambours. (Photo : Hanaa Mekkaw)

Chaque jour, vers 17h, un état d’alerte domine l’endroit, qui se prépare pour l’événement le plus attendu de la journée : Al-Dora, ou la tournée. Le gens se posent à droite et à gauche de la route, s’assoient au bas des murs ou sortent aux balcons pour voir défiler le cortège des diacres et des prêtres. Ceux-ci défilent en répétant des chants et en portant des tableaux de la Vierge et des croix. La foule les accueille par des sifflets et des youyous et les arrose de friandises et de fleurs. Ils sont suivis par un autre cortège, celui du père Youännas, le nouveau chef du monastère et qui parraine la fête. Les cortèges font le tour du monastère en libérant des pigeons comme symboles de paix. Ensuite, les fidèles se dirigent vers l’église de la grotte pour assister à la dernière prière du jour et passer quelque temps dans cet endroit sacré.

Partout, on voit des gens qui prient, allument des bougies ou font des voeux. On ne quitte pas la grotte avant d’avoir visité le mausolée du père Mikhaïl, l’ex-chef du monastère et à qui on doit la renaissance du monastère. Chaque jour avant minuit, les visiteurs doivent quitter le monastère et revenir le lendemain, sauf le dernier jour, où ils peuvent passer la nuit et rester jusqu’au matin, car c’est la fête et la fin du jeûne. Ce jour-là, après la prière et le petit-déjeuner, les fidèles se dirigent vers l’abattoir, situé à l’intérieur du monastère. Ils y amènent des animaux, qui sont abattus et dont la viande est offerte aux pauvres. C’est ainsi que le mouled se termine. Les visiteurs échangent des voeux et se disent au revoir en s’assurant que très vite l’année s’écoulera et qu’ils reviendront. « La Vierge va nous rassembler bientôt », répètent les gens, avant de quitter le monastère pour rentrer chez eux, l’âme remplie d’énergie spirituelle et de bénédiction .

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