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Une anneé Positive en Perspective

Marwa Hussein et Amani Gamal El Din, Dimanche, 30 décembre 2018

Les économistes envisagent une amélioration de plusieurs indicateurs économiques, surtout une hausse de la croissance, une baisse de l'inflation et une hausse des exportations pétrolières.

Une anneé Positive en  Perspective
(Photo:Mohamad Abdou)

Inflation : Vers une légère baisse
L’inflation devrait baisser en 2019 par rapport à 2018. Le taux d’in­flation moyen sera de deux chiffres. Il sera alimenté par la baisse des subventions à l’énergie attendue au cours du premier trimestre de l’année. Il s’agit de la quatrième réduction des subventions à l’énergie depuis 2017. La banque d’investissement Beltone prévoit un taux d’infla­tion moyen de 17,8% pour l’exercice 2018-2019, contre des prévisions initiales de 13,8%. Beltone estime que ce quatrième cycle de réduction des subventions entraînera une hausse des prix de l’énergie moins élevée (20,6% en moyenne) que le cycle précédent. « Nous nous attendons à une hausse de l’inflation comprise entre 2,5% et 3,5% en raison de l’appli­cation du système d’indexation des prix des carburants au cours du pre­mier trimestre de 2019 », souligne un rapport de Beltone. Bien que le gouvernement n’ait pas encore confirmé l’application probable du nou­veau mécanisme, les économistes auprès de Beltone suggèrent que le moment sera propice étant donné la baisse des cours internationaux de pétrole, car la hausse des prix des carburants sur le marché local ne sera pas considérable.

Le nouveau mécanisme de fixation des prix des carburants devait être introduit en décembre 2018, selon le Fonds Monétaire International (FMI). Initialement, ce système était prévu en décembre 2017. « Bien que les prix du pétrole soient tombés sous leur niveau le plus élevé de 80,5 dollars pour le baril en moyenne en octobre 2018, nous pensons que les prix du pétrole maintiendront leur tendance à la hausse avec la réduction de 1,2 million de b/j décidée par les pays de l’Opep au début du mois de décembre 2018 et qui sera maintenue jusqu’en juin 2019, afin de réduire les craintes d’une offre excédentaire sur le marché. Nous prévoyons un prix moyen pour le baril de Brent à 69 dollars pour 2018-2019, contre une moyenne de 64 dollars un an plus tôt », explique le rapport de Beltone. Le FMI prévoit que l’inflation en Egypte baissera à 20,9% en 2018, contre 23,5% en 2017, et devrait atteindre 14% en 2019 et 7% en 2023.

En raison des risques inflationnistes dus à la hausse prévisible des prix des carburants, Beltone estime que la Banque Centrale ne procédera pas à une réduction des taux d’intérêt directeurs avant le quatrième trimestre de 2019 où les économistes prévoient une réduction de 100 points de base. Lors de sa dernière réunion en novembre 2018, le comité des politiques monétaires de la Banque Centrale a décidé de maintenir les taux de dépôt et de prêt à 16,75% et 17,75% respectivement, pour le cinquième tri­mestre consécutif, justifiant cette décision par le taux d’inflation annuel en septembre et octobre de 16% et 17,7% respectivement .

Croissance : La hausse se poursuit
Selon le budget de l’Etat 2019-2020, le gouvernement entend porter le taux de croissance économique à 6,5% en 2018-2019 contre 5,3% pour l’exercice 2017-2018, pour atteindre un produit intérieur de 6 200 milliards de livres égyptiennes. Le taux de croissance a été de 4 % au cours des deux années précédentes. Des prévisions qui vont de pair avec celles de la Banque Mondiale (BM) qui prévoit un taux de décrois­sance de l’économie égyptienne au-dessus de 5% pour 2018-2019, dopée par une consommation locale et des investissements stables en plus d’une hausse des exportations, notamment du gaz naturel. Le ministre des Finances table sur une croissance de 7% en 2022.

Dans son rapport sur les perspectives de 2019, la banque d’investisse­ment Beltone prévoit également un taux de croissance de 5,5% en 2018-2019 encouragé par les investissements dans les grands projets, ceci bien que la hausse des taux d’intérêt et de l’inflation freine la consommation des ménages. « Les méga-projets ont alimenté la croissance du Produit Intérieur Brut (PIB), une situation qui se maintiendra au cours de l’exer­cice 2018-2019 », déclare Beltone, soulignant que les Investissements Directs Etrangers (IDE) ne sont toujours pas en mesure de dépasser la croissance des méga-projets à ce jour. « Les économistes prévoient que les IDE seront toujours menés par le secteur pétrolier et gazier dont les inves­tissements ont généré un flux net de 7,6 milliards de dollars en 2017-2018, contre 7,9 milliards de dollars l’année précédente », souligne Beltone. La banque d’investissement attribue cela à une tendance mondiale qui a entraîné une réduction des entrées d’IDE, « les dettes publiques sur les marchés émergents semblant offrir des opportunités d’investissement plus lucratives ».

La consommation privée, historiquement un pilier de la croissance en Egypte, s’était ralentie au cours des dernières années, surtout avec la hausse de l’inflation ayant suivi le flottement de la livre égyptienne en 2016. La croissance de la consommation privée a atteint une baisse record pour se situer à 1,1% en 2017-2018 contre 4,2% l’année précédente. Beltone prévoit une hausse de la consommation de 2 et 2,7% en 2018-2019 et 2019-2010 respectivement. Bien que le pire soit passé pour la hausse des prix, Beltone note que « les taux d’intérêt élevés en 2019 limi­teront la possibilité d’une augmentation salariale qui contribuerait à réduire l’écart entre les revenus et les hausses de prix qui s’est creusé depuis 2017 ».

En outre, la Banque mondiale prévoit une baisse du taux de chômage à 9,9% en 2019 par rapport à 10,9% et 12,2% en 2018 et 2017 respective­ment. Quant au déficit budgétaire, la BM estime sa baisse à 9,8% en 2018-2019, légèrement supérieure à ses prévisions antérieures, et ce, en raison des taux d’intérêt sur la dette, la hausse des prix internationaux du pétrole et la hausse des taux de change.

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(Photo: AP)

Dette extérieure : Un contrôle plus accru
Le ministre des Finances, Mohamad Maeit, a annoncé récemment que le gouvernement avait l’intention de diversifier et de restructu­rer les sources de financement externes sous forme de prêts et d’obligations à échéance de 5 à 7 ans, afin de réduire la dette publique à courte échéance, trop coûteuse. La dette extérieure a atteint 92,6 milliards de dollars au cours de l’année financière 2017-2018. Le gouvernement prévoit qu’elle atteindra 98,86 puis 102,86 milliards de dollars en 2018-2019 et 2019-2020 respectivement, alors que les prévisions de Beltone Financial la chiffrent à 107 et 111 milliards de dollars respectivement.

Beltone Financial indique que ces chiffres incluent un nombre de prêts que l’Egypte a perçus des institutions financières régionales et internatio­nales : un prêt de l’Allemagne à hauteur de 4,3 milliards de dollars, un autre de France, de 1,05 milliard de dollars, ainsi qu’un total de 17,4 mil­liards de dollars de l’Arabie saoudite, du Koweït et des Emirats arabes unis. La Banque mondiale a, elle, approuvé l’accord d’un prêt d’1 milliard de dollars, outre les deux milliards qui seront fournis par le FMI.

Mohamad Maeit a par ailleurs déclaré que la stratégie du gouvernement visait à contrôler la dette extérieure et domestique. Et ce, en réduisant le plafond de l’emprunt de la dette extérieure à 16,7 milliards de dollars pour l’année financière 2018-2019 et à 14,3 milliards de dollars en 2019-2020 et en limitant le ratio de la dette domestique-PIB, de 91,1% du PIB en 2016-2017, à 83,3% du PIB en 2017-2018, ciblant 72-75% du PIB d’ici 2021-2022.

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Bourse : Vers une hausse probable
Une tendance à la baisse a dominé les échanges boursiers en 2018. La Bourse égyptienne a ainsi clôturé l’année sur une baisse de son indice principal EGX30 (rassemblant les 30 actions les plus actives de la Bourse) de 13,75%, soit à 12953 points, le 30 décembre 2018. Ce recul est principalement une conséquence de la crise des marchés émergents en Argentine et en Turquie: les pertes subies par les investisseurs sur les autres marchés émergents les ont inci­tés à réduire leur portefeuille d’investisse­ment en Egypte. « Au cours des quatre premiers mois de l’année, la Bourse avait connu une hausse d’environ 20%, avant que la chute ne commence. Les investis­seurs étrangers craignaient les marchés émergents suite à la crise », explique Amr Al-Alfy, directeur des recherches auprès de la banque d’investissement émiratie Shuaa Capital.

En conséquence de cette baisse, le Haut Comité pour la gestion du programme d’introduction en Bourse des entreprises publiques a reporté, en octobre, la mise en oeuvre de la première phase du programme. « Le marché n’est actuellement pas appro­prié pour les émissions gouvernementales. Nous n’allons pas introduire ces entre­prises tant que la situation ne sera pas propice à cette étape. L’objectif est d’éviter les obstacles liés à la baisse du prix d’échange des actions des entreprises », avait déclaré le ministre du Secteur public des affaires, Hesham Tawfik, sans indiquer une nouvelle date pour le lancement des entreprises en Bourse. C’est en mars dernier que le ministère des Finances avait annoncé le programme ambi­tieux, qui consiste à émettre des parts de 15% à 30% de 23 sociétés sur une durée de 24 à 30 mois, soit sous forme d’augmentation de capital pour les sociétés déjà cotées en Bourse, soit sous forme de souscription publique pour celles qui sont cotées pour la première fois. Il est prévu que la valeur totale des actions qui seront émises en Bourse dans le cadre de ce programme s’élève à 80 milliards de L.E. (environ 4,5 milliards de dollars). Cinq entreprises auraient dû être introduites en Bourse avant fin 2018.

« Il est difficile de prévoir la perfor­mance de la Bourse en 2019, vu que diffé­rents facteurs, dont des facteurs interna­tionaux, affectent la Bourse égyptienne », note Amr Al-Alfy. Selon Beltone Financial, les introductions en Bourse pourraient augmenter de 1 à 6% la capi­talisation boursière en 2019. L’introduction probable en Bourse du groupe Hassan Allam holding, l’une des plus grandes entreprises privées égyptiennes spéciali­sées dans l’ingénierie, les achats, la construction, les matériaux de construc­tion et les services publics et qui envisage d’introduire 30 à 35% de son capital en Bourse au premier semestre de 2019, pourrait aussi rafraîchir le marché .

Dette intérieure : Restructuration en perspective
Concernant l’exercice financier 2018-2019, le gouvernement a annoncé que l’un des défis majeurs était de faire baisser le déficit budgétaire, de 438 mil­liards de L.E. en 2017-2018, soit 9,89% du PIB, à 380 milliards, soit 8,4% du PIB, et de réduire le service de la dette publique, qui représente 38% des dépenses publiques.

Un objectif qui s’est avéré problématique tout au long des troisième et quatrième tri­mestres de l’année fiscale 2018, à cause de plusieurs facteurs, dont la hausse des cours du brut, qui ont frôlé, en juin, les 80 dollars le baril, et le recul des investissements étran­gers dans les bons du Trésor. Jusqu’à mi-2018, la demande relative aux bons du Trésor égyptiens était haute en comparaison avec les autres marchés émergents, et ce, en raison des taux d’intérêt élevés. En octobre dernier, la demande a chuté à 16%, contre 31,8% en février 2018, provoquant une sortie de 9,8 milliards de dollars. Noamane Khaled, économiste auprès de CI Capital, estime que le cas de l’Egypte n’est pas indissociable des marchés émergents, qui ont connu des turbulences, mais fait remarquer que l’Egypte a néanmoins su attirer le plus de demandes, soit 15%, contre 5% dans ces marchés. Selon les estimations de Beltone Financial, avec 20% de taux d’intérêt sur les titres financiers et une note de crédit positive, l’Egypte continuera de se positionner au premier rang des pays émergents, capable de susciter l’appétit des investisseurs étrangers, afin de soutenir les réserves et le surplus de la balance des paiements.

Toujours selon les estimations de Beltone Financial, l’investissement dans les bons du Trésor publics connaîtra une tendance à la hausse au premier trimestre 2019 si le gouvernement finalise l’accord fiscal sur les revenus des titres financiers. Ceci alour­dirait toutefois le fardeau des intérêts accumulés en provenance des titres publics, qui sont estimés à 630 milliards de L.E. pour l’année financière 2018-2019, soit un écart de 192 milliards de L.E. par rapport aux 541 milliards de L.E. budgétés .

Dollar: La livre se stabilise face au billet vert en 2019
Le pire est derrière pour la livre égyptienne, qui maintiendra ses niveaux actuels pendant l’année financière 2018-2019. Le billet vert s’échangera en moyenne à 17,9 L.E. C’est ce qu’affirme le récent rapport de la banque d’investissement Beltone Financial sur les indicateurs macroéconomiques 2019 pour l’Egypte. Alyaa Mamdouh, analyste économiste en chef auprès de Beltone Financial, a déclaré à Bloomberg que les pressions sur la monnaie locale semblaient être contenues et que les fluctuations susceptibles de la regagner seraient limitées en 2019, atteignant la barre des 18,2 L.E. au plus. « Les reve­nus émanant du tourisme, frôlant les 11 milliards de dollars, l’amélio­ration de la balance pétrolière et l’arrêt des importations de gaz prévu en 2019 contribueront à réduire le déficit de la balance courante à 2,6% du PIB en 2018-2019, contre 6% en 2016-2017. Cela allègera le fardeau sur la monnaie locale », a-t-elle affirmé.

Le rapport de Beltone Financial a par ailleurs évoqué plus en détail d’autres raisons qui assurent la stabilité du taux de change. « Le taux élevé des actifs nets de la Banque Centrale d’Egypte (BCE) est de 16 milliards de dollars. Le niveau des réserves en dollars a atteint 44,5 milliards de dollars et peut couvrir la facture des importations durant 8 mois et assumer les dépenses-clés pendant un an. Les réserves qui seront soutenues par des obligations internationales sont estimées à 5 milliards de dollars en 2019. Ajoutons à cela la diminution de l’écart d’inflation avec les Etats-Unis », indique le rapport

Dans la nuit du 2 novembre 2016, l’Egypte avait pris la décision historique de libéraliser son taux de change en guise de mesure struc­turelle pour mettre fin à la pénurie du billet vert et au marché noir et attirer les investissements étrangers. Dès lors, les cours du dollar ont fluctué entre 17,5 et 18 L.E., à part quelques exceptions, avec une légère baisse le ramenant à 17 L.E. en juillet 2017 et une hausse au niveau le plus élevé (19 L.E.) le 12 décembre, avant un repli à 18 L.E. en février 2018. La délégation du Fonds Monétaire International (FMI), dans son rapport trimestriel publié en juillet 2018, avait félicité les autorités égyptiennes pour avoir maintenu un taux de change flot­tant dans le but d’amortir d’éventuels chocs externes. Selon les rédac­teurs du rapport, bien que la BCE ne soit pas intervenue pour fixer les taux de change, la livre égyptienne a maintenu sa stabilité avec de modestes dépréciations associées aux volatilités des flux des capitaux vers les marchés émergents. « La politique de la BCE de préserver dans le futur un taux de change flexible est cruciale pour maintenir les acquis macroéconomiques. Les analystes estiment que la fin du méca­nisme de répartition renforcera la flexibilité des cours. Cette flexibilité absorbera éventuellement les chocs de la volatilité des marchés finan­ciers », conclut le rapport. Un avis partagé par Beltone Financial, qui estime qu’une monnaie locale stable est essentielle pour maintenir la compétitivité de l’Egypte sur les marchés émergents des titres à revenu fixe. Ce qui servira également à compléter les politiques monétaires qui visent à décélérer l’inflation .

Balance commerciale : Réduction du déficit
La réduction du déficit de la facture pétrolière et gazière, qui a passé de -3,7 milliards de dollars en 2017-2018 à -1,8 milliard de dollars en 2018-2019 (avec un surplus projeté pour 2020-2021), ainsi que le ralentissement des importations permettront de réduire le déficit de la balance commerciale. De quoi soulager le compte courant, selon les projections de la BCE. Selon les estimations de Beltone Financial et le rapport du FMI, la hausse des cours du pétrole dynamisera les exportations pétrolières et gazières, qui devraient passer de 29,3% en 2017-2018 à 33% en 2018-2019. La valeur des exportations demarchandises atteindra, elle, 30 milliards de dollars, ce qui représente une croissance de 16,3%. « Les exportations non pétrolières ont connu un recul, passant de 16,2% en 2016-2017 à 12,7% en 2017-2018. La baisse de la production du secteur industriel pèsera certes sur la performance des exportations non pétrolières. Pour contrer cette menace, le gouvernement allouera 4 milliards de L.E. en 2018-2019 au versement de subventions à l’exportation », indique le rapport de Beltone Financial.

Le recul du volume des importations, qui devrait être de 8,2% selon Beltone Financial, au cours des deux prochaines années, réduira les pressions sur la balance commerciale. Il sera essentiellement dû à la suspension des importations de gaz naturel à partir de janvier 2019 grâce à la croissance de la production du gisement de Zohr, qui était de 2 milliards de pieds cubes en septembre 2018 et qui devrait atteindre 3 milliards de pieds cubes au premier semestre 2019.

Le gouvernement égyptien a en outre pris une série de mesures pour redynamiser les exportations égyp­tiennes, comme la restructuration de l’Organisme de développement des exportations (Export Development Authority, EDA) et l’adoption d’un plan visant à doubler le volume des exportations d’ici 2023. Et ce, en plus de la libéralisation du dollar douanier sur certains produits importés, afin de booster la fabrication nationale. A cet égard, Hani Farahat, économiste auprès de la maison de courtage CI Capital, note que c’est la baisse du volume des importations qui est derrière l’amélioration de la balance commerciale et non pas la croissance des exportations. Les exportations doivent être boostées davantage, car leur niveau actuel n’est pas suffisant. Il faut, selon lui, une stratégie plus structurée et plus détaillée de l’Etat impliquant tous les secteurs.

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