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Bébés nageurs, le bonheur est dans la piscine

Chahinaz Gheith, Mardi, 31 juillet 2018

Proposés par certaines piscines, les cours de natation pour nourrissons connaissent un grand succès. Particulièrement adaptés aux plus petits, ils offrent une multitude de bienfaits.Reportage.

Bébés nageurs, le bonheur est dans la piscine
Les cours de natation pour bébés apaisent, détendent et amusent les enfants.

Yeux ouverts, respiration bloquée, bras et jambes qui s’agitent aisément. Le spectacle est beau à voir : des bébés en maillots, très à l’aise au contact de l’eau. Une fois immergés, ces nourrissons présentent tous des réflexes natatoires. Et c’est bien grâce aux neuf mois qu’ils ont passé dans le ventre de leur mère, entourés de liquide amniotique, que les bébés se sentent à l’aise dans le milieu aquatique. De petits « splash », de grands cris, des rires, de la joie et de l’envie de revenir.

Voilà à quoi ressemble une séance de bébés nageurs au Baby Swimming Egypt. Une école qui propose des cours de natation aux bébés dont l’âge va de deux mois jusqu’à 4 ans. « Apprendre à nager n’a pas d’âge. Ces cours permettent au nouveau-né de découvrir le milieu aquatique par le jeu, tout en étant dans les bras de ses parents pour se sentir en confiance et augmenter progressivement son autonomie jusqu’à nager de façon instinctive », explique Mohamad Abdel-Maqsoud, maître-nageur et fondateur de Baby Swimming Egypt, tout en ajoutant que rien de telle que l’eau pour éveiller de nouvelles sensations psychoaffectives et développer les activités motrices et sensorielles du bébé.

Les quatre grands thèmes de cette activité sont : découvrir l’eau, flotter, barboter, plonger sous l’eau. Cependant, il n’y a pas d’exercice forcé. Les maîtres-nageurs donnent des conseils aux parents, leur proposent des situations nouvelles : laisser leur enfant vivre un léger risque, comme la chute ou l’immersion qui sont très formatrices. Mettre son bébé dans l’eau est une démarche éducative. Jeux, toboggans, tapis sont à disposition des nourrissons pour leur permettre de ressentir de nouvelles sensations et d’explorer ce nouvel environnement dans un bien-être maximum. Ainsi, ils travaillent sans le savoir. Ils abordent l’eau avec confiance et envie. « C’est exactement le but de Baby Swimming, c’est-à-dire faire en sorte que les enfants soient à l’aise, capables de faire des roulades, de barboter sans bouées ni brassards », précise-t-il.

Agée de six mois, Bianca Bichoy suit des cours de natation, environ 30 minutes par séance, deux jours par semaine pour 2 000 L.E. par mois. Nageant sur le dos, dans la piscine de l’école Remas dans le quartier de Moqattam, au départ, cette petite fille était un peu effrayée, puis, elle s’est vite habituée à l’eau. « La première fois, j’ai eu très peur quand l’entraîneur l’a jetée dans la piscine. Elle est descendue jusqu’au fond et je me demandais si elle allait pouvoir remonter », relate la mère qui avait une seule envie à ce moment-là : sauter dans le bassin pour récupérer sa fille. « Ces cours de natation ont contribué à tonifier les muscles de ma fille. Je me souviens que, lors du premier cours, son corps était rigide et ses jambes étaient toujours proches de son torse, à présent, elle parvient à étirer ses jambes et n’a plus peur de l’eau », poursuit la mère.

Quant à Omar, 20 mois, il a fait des prouesses. Il est capable de nager sous l’eau en battant des pieds et retourner son corps pour respirer de l’air tout en faisant la planche. Et le tout avec un joli sourire. « La première fois, il n’a pas cessé de crier jusqu’à ce que je le sorte de la piscine. A présent, il pleure quand je l’éloigne de l’eau », confie Rania, la maman du garçon. Quant à Abdel-Rahman, deux ans, il est maintenant capable de faire des plongeons en se jetant du haut de la piscine.

« Cela demande beaucoup d’attention, mais cela vaut la peine, car s’il lui arrivait de tomber dans l’eau, il serait capable d’émerger tout seul et nager sans difficulté », affirme Dalia, la mère, tout en racontant que lorsqu’elle était petite, elle a failli se noyer dans une piscine et qu’un maîtrenageur est venu la sauver. Pour elle, c’est donc important que son fils apprenne à nager. C’est également un bon sport qui fait travailler tous les muscles du corps.

Une histoire d’instinct

Bébés nageurs, le bonheur est dans la piscine
Avec leurs mères, les bébés vivent des moments privilégiés.

Bien que cette école de natation ait vu le jour depuis un an seulement, les cours de Abdel- Maqsoud sont devenus populaires et le bassin d’entraînement est parsemé de parents qui suivent leurs bébés à l’intérieur et à l’extérieur de l’eau. Tout a commencé quand cet instructeur de plongée et de natation, de retour de Russie, a voulu mettre en application ce qu’il a appris, en créant une académie de natation en Egypte réservée aux nouveau-nés. Il a publié une vidéo sur les réseaux sociaux qui a été visionnée par plus d’un million de personnes. Depuis, de nombreuses personnes désirent connaître l’adresse de son école. Alors, il a commencé à chercher un endroit bien équipé pour accueillir les petits bouts de choux.

Bien entendu, la qualité de l’eau est un critère très important. Abdel-Maqsoud a évité les piscines qui contenaient trop de chlore. « Une eau chaude à 32°, des jeux en quantité, le tout est prévu pour le bien-être et l’amusement des bébés. Notre formation et les méthodes que nous utilisons les aident à devenir plus souples et polyvalents. Cela permet aux bébés de commencer à s’asseoir, se mettre debout et se déplacer avant d’autres bébés qui ont le même âge. En outre, cette initiative est excellente pour les enfants souffrant d’un handicap », souligne-t-il. Selon lui, les nourrissons n’ont pas peur de l’eau et savent nager d’instinct.

Autrement dit, cette crainte n’arrive que plus tard. De plus, les nouveaux-nés sont dotés d’une excellente motricité dans l’eau : c’est ce qu’on appelle les « réflexes natatoires », réflexes qui gagnent à être stimulés. C’est pourquoi il faut offrir à l’enfant un contact avec l’eau le plus tôt possible. Abdel-Maqsoud n’hésite pas à évoquer d’autres avantages de son programme. « Si nous tenons par les bras un bébé en utilisant la mauvaise technique, il risquerait de développer une malformation qui pourrait l’affecter tout le reste de sa vie », assure-t-il.

Tout en douceur

S’éclater dans l’eau, découvrir de nouvelles sensations, développer les activités motrices, ces séances de natation sont de plus en plus plébiscitées par les parents. Et plusieurs mamans n’ont pas hésité à inscrire leurs enfants malgré leur bas âge. Et si ces mamans, qui ne lâchent pas leurs petits bouts de choux d’une semelle, ont choisi de prendre ce risque, c’est parce qu’elles sont prévenantes, et leurs bébés s’en sortent très bien. C’est aussi un enjeu sécuritaire : ne pas savoir nager, c’est se mettre en danger ! Un enfant doit être capable de nager en piscine, dans un lac ou à la mer. Il doit aussi être en mesure d’évaluer ses compétences et savoir renoncer s’il juge ne pas être en mesure d’approcher l’eau.

Or, il faut éviter la confusion. L’activité du bébé nageur ne vise pas à apprendre la natation au nourrisson, mais à l’initier au plaisir de l’eau. Ces cours apaisent, détendent et amusent les enfants. Ils offrent aussi de grands moments de complicité, de tendresse et de joies partagés avec les mamans ou les papas qui accompagnent leurs enfants à la piscine. C’est l’objectif principal des cours de natation à Blue Bubbles Academy qui se déroulent à Qattamiya Heights. « Le but n’est pas ici de faire de ces enfants des champions précoces de natation, mais plutôt de développer leur aisance en milieu aquatique et d’acquérir les bons réflexes.

Le bébé apprend à se familiariser avec l’eau, à pouvoir s’en sortir s’il tombe accidentellement. Ce n’est que vers cinq ou six ans, lorsque l’enfant saura bien coordonner les mouvements de la nage et gérer son équilibre à la surface de l’eau qu’il pourra apprendre à nager et devenir peutêtre un véritable petit champion », explique Samir Farag, coach et instructeur, entraîneur à Blue Bubbles, une académie de natation et de plongée sous-marine qui offre des cours de natation pour bébés à partir de six mois et jusqu’à deux ans. Elle est la première au Moyen-Orient et la deuxième dans le monde entier certifiée en tant que centre d’entraînement en natation 5 étoiles.

« Et contrairement à ce que certaines personnes croient, on ne lance jamais le bébé dans l’eau à la première séance comme si on voulait lui dire : Débrouille-toi !, ce qu’on appelle Infant Swimming Resource. Non : la prise de contact avec l’eau doit se faire tout en douceur, dans les bras des parents. Ainsi, on ne force jamais un enfant récalcitrant à entrer dans l’eau. Bébé évolue à son rythme, au fil de séances dirigées par un maître-nageur », souligne-t-il. D’après lui, le deuxième point important des cours de natation pour bébés est la possibilité de resserrer les liens entre parent et enfant. L’entraîneur donne les instructions à la mère ou au père et leur enseigne comment gérer leurs enfants dans l’eau. A mesure que l’enfant fait des progrès, ses parents doivent le féliciter. Il apprend donc à se dépasser dans un cadre aimant, ce qui, à plus long terme, favorise l’estime de soi.

Des risques, tout de même

Cependant, si l’apprentissage de la natation est indispensable pour les enfants, certains pédiatres mettent en garde les parents à propos des bébés. Gamal Taha, pneumo-pédiatre, souligne que les études publiées ces dernières années montrent que l’exposition à de fortes concentrations de chlore augmenterait la sensibilité aux allergènes aériens, favorisant une hyperréactivité bronchique. « Plus que le chlore, la piscine étant un lieu de promiscuité, elle peut favoriser les bronchiolites. Et la crise asthmatique est quatre fois plus importante chez les enfants qui ont eu une bronchiolite. Un risque proportionnel au temps passé en piscine avant l’âge de 2 ans », explique-t-il, avant de conclure : « Si le chlore est utilisé pour désinfecter l’eau, les piscines restent propices à la circulation de certains virus. On observe ainsi chez les habitués des verrues qui se développent en terrain chaud et humide, et des molluscums ou petites excroissances de peau très contagieuses, mais sans gravité ».

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