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Les soukouk, de gré ou de force

Gilane Magdi, Mardi, 28 mai 2013

La Banque Centrale d'Egypte (BCE) vient de limiter la participation des banques publiques et islamiques aux fonds d'investissement à 2 % du capital bancaire. Une mesure qui vise à rediriger les capitaux vers les formes à venir de finance islamique.

Sokouk
Le gouvernement prépare le terrain aux banques pour investir dans les soukouk. (Photo: Mohamad Abdo)

La semaine dernière, 7 banques ont annoncé leur intention de créer des fonds d’investissement dans les soukouk gouvernementaux qui seront lancés par le ministère des Finances au troisième trimestre de cette année. La liste comprend 3 banques publiques (la banque nationale d’Egypte, la banque Misr et la banque du Caire) et 4 banques islamiques (Faysal Al-Islami, Al-Baraka, Al-Masraf Al-Mottahed et NSGB récemment acquise par Qatar National Bank).

Selon la chaîne Al-Arabiya, la participation des banques au capital des fonds variera entre 70 % et 80 % dans la première phase. Le reste sera financé par des particuliers.

Cette annonce fait suite à une récente mesure de la Banque Centrale d’Egypte (BCE) limitant la participation des banques aux fonds d’investissement publics. Désormais, les banques ne pourront plus investir que 2 % de leur capital dans ces fonds, contre 5 % auparavant.

Un prétexte pour inciter à l’achat de soukouk

Mais pourquoi cette mesure de la BCE ? La Banque Centrale a affirmé qu’elle voulait simplement garder le contrôle sur les banques. Or, les fonds d’investissement échappent au contrôle de la BCE. « Le volume d’investissement de certaines banques dans ces fonds est équivalent à leur portefeuille de crédit. C’est une situation inquiétante pour la Banque Centrale qui ne possède aucun contrôle sur ces fonds », estime un responsable au sein de la BCE à l’agence britannique Reuters.

Le montant des investissements bancaires dans ces fonds s’élève à 70 milliards de L.E., soit presque le dixième du montant des investissements bancaires dans les bons du Trésor et les obligations gouvernementales (606 milliards de L.E. en janvier 2013, selon le dernier rapport de la BCE).

En réalité, la Banque Centrale veut rediriger les capitaux bancaires vers les soukouk. « Maintenant qu’elles ne peuvent plus investir dans les fonds d’investissement, les banques vont se tourner vers les soukouk, surtout qu’elles disposent de grandes liquidités. Certaines banques ont commencé à organiser des stages sur les soukouk à l’adresse de leurs employés », estime un responsable au sein d’une banque publique qui a requis l’anonymat.

Réticences

Le problème est que les banques sont réticentes à l’idée d’investir dans les soukouk. « Les soukouk sont un investissement à long terme qui ne plaît pas beaucoup aux banques. De plus, c’est un système nouveau et jusqu’à présent, aucune étude n’a été faite sur les mécanismes de fonctionnement des soukouk. Pour les banques, c’est un grand problème », avertit le responsable de la banque publique.

Cette ambiguïté a incité les banques privées à rester à l’écart des soukouk. « J’ai demandé aux responsables de banques privées comme CIB et HSBC, ils ont dit qu’ils refusaient de financer les soukouk », assure à l’Hebdo Sara Boutros qui estime qu’elles préfèrent investir dans l’immobilier.

Le responsable pense que les banques publiques vont baisser leurs taux d’intérêt sur les dépôts en livre égyptienne au cours de la prochaine période, car le gouvernement s’apprête à lancer les soukouk de manière attractive et il souhaite rediriger les capitaux vers ceux-ci.

La limitation des investissements bancaires dans les fonds d’investis­sement à 2 % du capital bancaire va créer un surplus de liquidités au sein des banques. Pour régler ce pro­blème, la BCE a adopté un nouveau système le 2 avril dernier où elle organise chaque semaine une offre d’achat à l’adresse des banques pour les inciter à déposer leurs surplus de liquidités au sein de la BCE avec un taux d’intérêt de 10,25 %.

Deux mois après l’application de ce système, la BCE a récupéré 76 milliards de L.E. selon le site de la BCE. Une mesure qui reste insuffi­sante pour les banques qui cherchent à tout prix à survivre et à réaliser des gains.

Les soukouk, un outil de finance islamique

Les soukouk sont des certificats d’investissement conformes aux recommandations religieuses du Coran qui interdisent aux fidèles le prêt à intérêt (réba). Par la possession des soukouk, l’investisseur pos­sède les mêmes droits qu’un actionnaire classique en termes de pro­priété du projet. L’investisseur reçoit aussi une part annuelle des profits.

Après l’arrivée du courant islamique au pouvoir en juin 2012, le gou­vernement a accéléré les démarches pour introduire cet outil d’inves­tissement devant servir à financer des projets gouvernementaux sans gonfler le déficit budgétaire qui a atteint 176 milliards de L.E. lors des 9 premiers mois de l’année financière 2012/2013. Les soukouk diffèrent des autres moyens, tels que les bons du Trésor et les obligations par la durée de remboursement. Elle est souvent d’une dizaine d’années contre un an pour les bons du Trésor.

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