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Le vélo, outil de sensibilisation

Dina Bakr, Mardi, 30 janvier 2018

Concilier cyclisme et action sociale est à la mode. De plus en plus de jeunes adeptes du vélo se retrouvent dans le cadre d'initiatives comme « GO Bike » pour sensibiliser la population à différentes causes, notamment dans le domaine de la santé ou de l’environnement.

Le vélo, outil de sensibilisation
Faire du vélo permet non seulement de garder le moral, mais aussi de défendre une cause.

Vendredi, 6h du matin, rue Salah Salem : un groupe d’adeptes du vélo pédale tranquillement. D’autres, craignant d’arriver en retard, ont préféré venir en taxi avec leurs vélos chargés. Cette fois, le point de rencontre a été fixé à l’hô­pital psychiatrique de Abbassiya. Plus on s’ap­proche de l’établissement hospitalier, plus l’at­mosphère est conviviale et chaleureuse avec l’arrivée en masse des cyclistes. « Nous avons dépassé nos prévisions en termes de chiffres. On s’attendait à une quarantaine de cyclistes, il y en a 110. Tous sont venus participer à la campagne de sensibilisation à la dépression », lance Dalia Al-Sayed, coordinatrice des campagnes de sen­sibilisation au secrétariat général de la santé psychique, qui dépend du ministère de la Santé. L’objectif de la rencontre est de combattre le stigmate lié aux maladies mentales.

Participer à des rencontres en vélo est devenu l’un des outils pour sensibiliser les gens et leur faire comprendre que les personnes souffrant de troubles psychiques sont, au final, des personnes comme tout le monde. En effet, beaucoup de gens ressentent une crainte en s’approchant des murs de l’hôpital et s’attendent par exemple à ce qu’un malade leur fasse du mal. « A l’annonce que le point de rencontre allait être l’hôpital, les cyclistes n’ont pas hésité à braver les idées reçues pour combattre les préjugés et modifier les attitudes négatives à l’égard des malades souffrant de troubles psychiques », déclare Mannan Abdel-Maqsoud, secrétaire général de la santé psychique.

Après une balade à vélo à laquelle se sont joints quelques médecins, les cyclistes revien­nent dans le jardin de l’hôpital pour assister à une présentation sur les troubles psychiques et la dépression. A son issue, tout le monde se sent plus détendu. Certains cyclistes confient même que, de temps en temps, ils ressentent des symp­tômes de dépression. Mais faire du sport les aide à garder le moral et à gérer le stress du quotidien. Les interactions avec les patients de l’hôpital ont elles aussi été une expérience enrichissante pour les participants. « Les patients de Abbassiya avaient les yeux remplis de joie lorsque nous sommes arrivés à vélo. Ils ont senti que nous nous intéressions à eux et que nous étions là pour les aider », se réjouit Magued, étudiant à la faculté de droit et membre de l’initiative de cyclistes GO Bike. Cette initiative a été lancée en 2010 pour promouvoir une nouvelle culture, celle de rouler à vélo dans les rues d’Egypte.

Rouler pour une cause

C’est suite à un événement organisé il y a 4 ans par l’Institut suédois d’Egypte que le cyclisme est devenu un moyen pour défendre une cause. « Plus de 50 % de la population égyptienne sont des jeunes. Nous avons voulu inciter cette tranche de la population à trans­mettre des messages positifs, en plus d’instaurer un climat de respect mutuel à travers un sport respectueux de l’environnement », affirme Walid Mansour, responsable des programmes à l’Insti­tut suédois. Cet Institut a été le premier, en 2014, à organiser un tour à vélo dans le quartier de Zamalek au Caire, pour défendre le droit des femmes de circuler en toute sécurité dans la rue et dénoncer le harcèlement sexuel.

Le vélo, outil de sensibilisation
Le cyclisme est devenu un nouvel outil de sensibilisation à différentes causes en Egypte.

Mohamad Sami, fonctionnaire dans une socié­té pétrolière et fondateur de GO Bike, explique que les événements qui ont pour objectif de défendre une cause sont communiqués sur les réseaux sociaux. Les vidéos et photos prises durant la journée par les cyclistes sont elles aussi publiées sur la page Facebook de GO Bike, ce qui permet d’informer des milliers de personnes sur les différentes activités des cyclistes qui s’engagent pour une cause. « Avec son action, l’Institut suédois a attiré l’attention des ONG et d’autres organisations sur l’importance d’inté­grer dans leurs campagnes de sensibilisation l’usage du vélo », déclare Sami. Il indique qu’après la réussite de cet événement et l’inte­raction des participants, GO Bike est devenue l’initiative des cyclistes la plus apte à défendre n’importe quelle cause. « Le vendredi est la journée idéale pour rassembler les adeptes du deux-roues, qui sont tous prêts à apporter leur contribution à la société et alléger les maux d’autrui », ajoute Sami.

Nombreuses sont les causes qui font partie de l’agenda des cyclistes : santé, environnement, droits de l’homme, etc. A l’exemple de l’initia­tive Habdaa Bénafsi (commencer par soi-même), qui a choisi le cyclisme comme solution pour sensibiliser la population aux problèmes du trafic. « Lorsqu’une personne roule seule en voiture, elle devient encombrante et rend le tra­fic plus dense, puisque la voiture exige un cer­tain espace. Rouler à vélo est une solution par­faite pour régler le problème des embouteillages en Egypte », déclare Mohamad Soliman, ingé­nieur et cofondateur de l’initiative. Le fait d’or­ganiser des tours de sensibilisation à vélo a porté ses fruits, puisque les responsables politiques ont décidé de concevoir des aménagements facili­tant l’usage du vélo dans les gouvernorats d’Al-Ménoufiya et d’Al-Fayoum. « Notre rêve est de répéter ce genre d’initiative, afin de dénoncer le problème du trafic dans la capitale et revendi­quer des pistes cyclables au Caire et à Guiza », précise Soliman.

En plus de servir une bonne cause, rouler à bicyclette contribue au bien-être physique et psychique. « C’est le moyen idéal pour se res­sourcer, car lorsqu’on circule à vélo, on se sent comme dans un autre monde. Rouler à bicy­clette nourrit les sentiments positifs qui se répercutent sur l’attitude des cyclistes », explique Héba Khaïri, directrice dans une socié­té de décoration et membre de GO Bike. Et les cyclistes des différentes initiatives se sentent d’autant plus motivés qu’ils sentent que leur action est appréciée. « Lorsque nous nous sommes rendus dans les hôpitaux d’Aboul-Rich et de 57357 pour rendre visite aux enfants malades, nous avons rencontré des cas désespé­rés de malades qui subissaient des traitements lourds », se souvient Magued, lui aussi membre de GO Bike. Et d’ajouter : « Les cyclistes étaient là pour écouter les enfants et leur remonter le moral. En plus, ils ont mis de l’am­biance en leur faisant écouter de la musique et en leur racontant des histoires drôles. A la fin de la journée, les cyclistes avaient dessiné un sourire sur les visages de ces enfants malades. En un mot, ils ont boosté leur moral. Je me souviens des mamans qui pleuraient de joie en constatant que leurs enfants avaient un meilleur moral », raconte Magued.

Au Gabon en vélo

Le vélo, outil de sensibilisation
Le cyclisme est devenu un nouvel outil de sensibilisation à différentes causes en Egypte.

Utiliser le cyclisme comme outil de communi­cation, c’est aussi l’option choisie par certaines organisations internationales, notamment l’Or­ganisation des Nations-Unies pour l’alimenta­tion et l’agriculture, Food and Agriculture Organization (FAO). « C’est un moyen de tou­cher notre public. En effet, les personnes direc­tement concernées par nos programmes, on ne les rencontre pas dans les salles de conférence », affirme Rawya Al-Dabi, experte en communica­tion au sein du FAO en Egypte. Ce dernier va fêter ses 40 ans de présence en Egypte en 2018 et pense recourir au cyclisme pour aller à la rencontre des gens ordinaires et les informer sur les objectifs et activités de cette branche des Nations-Unies.

Si les cyclistes qui défendent des causes par le biais d’initiatives comme GO Bike passent une ou deux heures par semaine à rouler à vélo, le voyageur Mohamad Nofal, 23 ans et cycliste de renom, a choisi, l’année dernière, de se rendre au Gabon à vélo. Son voyage a duré 70 jours. « Si mon but avait été uniquement d’encourager l’équipe nationale égyptienne (lors de la finale de 2017 de la CAN, qui a eu lieu au Gabon, ndlr), j’aurais pris l’avion tout simplement, mais je voulais transmettre un message important, dire que la jeunesse égyptienne est capable de surmonter toutes les difficultés pour atteindre son but. Sur un autre plan, je voulais ajouter un nom arabe à la liste des voyageurs et aventu­riers, car la presse scientifique internationale ne parle que des autres nationalités », raconte Nofal avec enthousiasme.

Il assure qu’il ne manquera pas l’occasion d’aller encourager l’équipe nationale égyptienne lors de la Coupe du monde de football en Russie. Mais à sa manière, c’est-à-dire à vélo. Il a prévu son départ au mois de février 2018. Nofal a annoncé qu’il ne serait pas seul, puisqu’un groupe de cyclistes l’accompagnerait jusqu’en Jordanie. « Je suis en cours de négociation avec des sponsors pour ce voyage, mais c’est difficile de les convaincre de la présence d’autres per­sonnes pour m’accompagner jusqu’en Russie », signale-t-il. Bien que diplômé de la faculté de commerce, il espère qu’il pourra faire du cyclisme son métier et servir bien d’autres causes encore.

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